mardi 28 février 2017

Les hommes semblent plus enclins que les femmes à éprouver de la joie "malsaine"

[Dans une expérience], nous avons évalué les réponses cérébrales des participants occupés à observer un joueur sympathique et honnête auquel on infligeait une douleur, et ensuite leurs réponses lorsqu'ils regardaient un joueur désagréable et malhonnête recevant les mêmes stimuli douloureux.
Cette expérience montre une différence dans les schémas de réponses empathiques entre les hommes et les femmes. On observe chez les hommes une réponse empathique à la souffrance d'une personne qui joue honnêtement. Mais lorsqu'ils observent une personne malhonnête en train de recevoir des stimuli douloureux, un signal est activé dans une partie spécifique de leur cerveau appelé le noyau accumbens, qui est associé aux sentiments de récompense et de plaisir (cette partie du cerveau est aussi activée lorsque vous vous apprêtez à manger un délicieux morceau de chocolat). Nous avons également distribué des questionnaires aux participants. Plus le désir de revanche exprimé dans ce questionnaire était fort, plus le signal de récompense était élevé chez les hommes lorsqu'ils voyaient la personne malhonnête souffrir.
En revanche, on a observé chez les femmes des réponses cérébrales empathiques aussi bien lorsqu'elles observaient des joueurs honnêtes ou malhonnêtes en train de recevoir des stimuli douloureux. Bien qu'elles aient exprimé dans le questionnaire une antipathie à l'égard des joueurs malhonnêtes, on ne décelait pas chez ces dernières la même intensité du signal de récompense associé aux sentiments de revanche et de malveillance, ou Schadenfreude. Chez la plupart des femmes, l'intensité du signal de récompense associé aux sentiments de revanche et de joie malveillante était beaucoup moins forte.

(RICARD Matthieu et SINGER Tania, « Vers une société altruiste », Conversations sur l’altruisme et la compassion réunissant sa Sainteté le Dalaï-lama, des scientifiques et des économistes [Conférence Mind and Life du 9-11 avril 2010 à Zurich] (2015), p. 50-52)

Épines de cactus, Jardin Majorelle (Marrakech, Maroc)

samedi 25 février 2017

La notion de "souffrance" dans les enseignements bouddhistes

En tant qu'êtres humains, nous souffrons aussi de ne pas avoir ce que nous voulons et de ne pas garder ce que nous avons.
KALOU RINPOTCHÉ
La première des quatre nobles vérités [du Bouddhisme] est la vérité de la souffrance. Au fil des siècles, on a traduit de bien des façons les soûtras relatifs à ces enseignements. Suivant la traduction que vous lisez, ce principe fondamental de l'expérience peut s'énoncer comme : « II y a de la souffrance », ou même plus simplement : « La souffrance est. »
Au premier abord, la première des quatre nobles vérités peut sembler assez déprimante. En la découvrant, beaucoup de gens ont tendance à rejeter le bouddhisme comme quelque chose de particulièrement pessimiste. « Oh, ces bouddhistes sont toujours en train de se plaindre en disant que la vie est dure ! La seule façon d'être heureux, c'est de renoncer au monde et de se retirer quelque part dans les montagnes pour méditer toute la journée. Quel ennui ! Je ne suis pas malheureux. J'ai une vie merveilleuse !
Il est important de noter, en premier lieu, que les enseignements bouddhistes ne prétendent pas que, pour trouver la vraie liberté, les gens doivent renoncer à leur maison, leur travail, leur voiture, ni à aucun de leurs biens matériels. Comme le montre l'histoire de sa vie, le Bouddha lui-même s'était essayé à une vie d'austérité extrême sans trouver la paix qu'il recherchait. Par ailleurs, il est indéniable que, pour certains, les circonstances peuvent momentanément être telles qu'ils se disent que la vie ne pourrait être plus parfaite. J'ai rencontré des tas de gens qui semblent plutôt satisfaits de leur vie. Si je leur demande comment ils vont, ils répondent : « Bien », ou « Super! » Jusqu'au moment, bien sûr, où ils tombent malades, perdent leur emploi, ou bien encore que leurs enfants atteignent l'adolescence et, du jour au lendemain, passent de l'état de boute-en-train à celui d'étrangers maussades et agités qui ne veulent plus rien à voir avec leurs parents. Si je leur demande alors comment ils vont, leur réponse change un peu : « Je vais bien, mais... », ou : « Tout est super, mais... »
Le message essentiel de la première des quatre nobles vérités est peut-être celui-ci : la vie présente une certaine façon d'interrompre les choses en cours, qui offre des surprises capitales même aux plus satisfaits d'entre nous. On peut voir dans toutes ces surprises — de même que les expériences plus subtiles et moins évidentes comme les maux et les douleurs qui viennent avec l'âge, la frustration de faire la queue au supermarché, ou simplement le fait d'être en retard à un rendez-vous — des manifestations de la souffrance.
Je comprends pourquoi ce point de vue d'ensemble peut être dur à saisir. La « souffrance » — terme qui apparaît le plus souvent dans les traductions — est un mot chargé. Quand on l'entend ou le lit pour la première fois, on a tendance à croire qu'il fait uniquement référence à une douleur extrême ou à une affection chronique.
Mais le mot dukkha, tel qu'il est employé dans les soûtras, a en fait un sens plus proche de celui de mots courants comme « maladie », « malaise », « gêne » et « insatisfaction ». Certains textes bouddhistes l'expliquent à l'aide de l'analogie saisissante de la roue du potier qui, frottant contre quelque chose en tournant, produit une espèce de crissement. On trouve dans certains commentaires l'image d'un homme qui se déplace dans un chariot dont une roue est légèrement cassée : chaque fois que l'endroit cassé de la roue touche le sol, il y a une secousse.
Donc, si le mot souffrance — ou dukkha — renvoie pour nous à des conditions extrêmes, dans la bouche du Bouddha, puis dans celle des maîtres de philosophie et de pratique bouddhistes, il fait plutôt référence au sentiment général qu'il y a quelque chose qui ne va pas tout à fait : que la vie serait meilleure si les circonstances n'étaient pas les mêmes ; que nous serions plus heureux si nous étions plus jeunes, plus maigres ou plus riches, que nous ayons une liaison ou que nous n'en n'ayons pas. La liste de nos misères n'a pas de fin. Dukkha couvre donc le spectre tout entier de ces désagréments qui vont de choses aussi simples qu'une démangeaison à des expériences plus traumatisantes de douleurs chroniques ou de maladie mortelle. Peut-être qu'un de ces jours, on acceptera le mot dukkha dans beaucoup de langues et de cultures différentes, comme c'est le cas pour le mot sanskrit karma – ce qui élargira notre compréhension de ce que souvent, on traduit para souffrance ».
De même que, en permettant à un médecin d'identifier les symptômes d'une maladie, on fait un premier  pas dans le traitement, comprendre que dukkha est la condition fondamentale de la vie, c'est le premier pas dans la libération de l'inconfort et du malaise. Pour certains, cependant, le simple fait d'entendre la première noble vérité peut déjà être une expérience libératrice.

(Yongey Mingyour Rinpotché, « Bonheur de la sagesse », préfacé par Matthieu Ricard, Le livre de poche n°32 372, 2011,  p.57-60)

Vallée du Drâa (Maroc)

mercredi 22 février 2017

Entrainement de l'esprit et action

Aiguiser sa hache
Un jeune homme à la recherche de travail arriva un soir dans un camp de bûcherons. Le premier jour, il travailla extrêmement dur et coupa beaucoup d’arbres. Le deuxième jour, il travailla avec autant d’entrain que la veille mais n’arriva qu’à la moitié de sa performance. Très embêté, il décida, pour corriger la situation, d’abattre davantage d'arbres le lendemain. Il se mit à la tâche très tôt et s’attaqua furieusement aux arbres avec sa hache, en vain : il en coupa encore moins. Honteux et découragé, il alla voir celui qui l’avait engagé : « Je suis désolé de vous avoir déçu, je fais de mon mieux pour honorer la confiance que vous avez placée en moi, mais mes résultats sont médiocres : je ne comprends pas ce qui m’arrive. » Après l’avoir écouté, le patron demanda au jeune homme avec douceur : « Quand as-tu aiguisé ta hache pour la dernière fois ? » « Je n’ai pas eu le temps de le faire, répondit le jeune apprenti, j’étais trop occupé à couper les arbres. »
(Ilios KOTSOU, Caroline LESIRE, Pierre RABHI et Matthieu RICARD, in « Se changer, changer le monde » (2013), Éd. J’ai Lu n°11074, 2015, p.21-23)

Arbres sur la côte de la Bretagne (France)

jeudi 16 février 2017

Méditation et vie moderne

Autour du feu
Dans les temps anciens, à la tombée de la nuit, la seule source de lumière disponible, mise à part la clarté de la pleine lune et des étoiles, était le feu. Pendant des millions d’années, dans l’obscurité et le froid, les humains se sont assis autour des feux, en contemplant les braises. Peut-être, la méditation traditionnelle est-elle née à cette époque.
Le feu était d’un grand réconfort – source de lumière, de chaleur et une protection contre les animaux sauvages. S’asseoir autour d’un feu détendait les gens à la fin de la journée. À sa lueur vacillante, nos ancêtres racontaient des histoires sur ce qui leur était arrivé pendant une journée de chasse. D’autres hommes, assis en silence, voyaient dans les flammes changeantes la réflexion d’un paysage magique et imaginaire. Le feu rendait supportable l’obscurité de la nuit et donnait une sensation de sécurité. Il était vivifiant, chaleureux, apaisant, incitant à la réflexion, et indispensable à la survie de l’homme.
Aujourd’hui, cette nécessité a disparu de notre vie quotidienne et avec elle, presque toutes les occasions de rester dans le calme. Dans le monde actuel, le feu est peu pratique, un luxe occasionnel, symbole d’une certaine atmosphère d’intimité. Quand le jour baisse au dehors, nous n’avons qu’à appuyer sur l’interrupteur. Un flot de lumière inonde notre intérieur, remplissant d’activité notre journée jusque tard dans la nuit si nous le désirons. La vie moderne ne nous laisse que peu de temps pour « être » à moins de prendre ce temps délibérément. Nous ne sommes plus forcés de nous interrompre dans ce que nous faisions, à cause du déclin du jour… Cette interruption qui intervenait chaque soir, nous obligeant à changer de vitesse, à lâcher les activités de la journée, nous manque. L’esprit a peu l’occasion, aujourd’hui, de se concentrer dans la quiétude, au coin du feu.
À la place, nous regardons à la fin de la journée la télévision, un feu électronique dont l’énergie est pâle en comparaison. Nous sommes soumis à un bombardement incessant de sons et d’images qui proviennent de cerveaux étrangers, qui nous bourrent le crâne d’informations tronquées, de fadaises crétinisantes, des aventures et des désirs des autres. Regarder la télé laisse encore moins de place pour expérimenter le calme. Dévorant le temps, l’espace et le silence, elle induit en nous une sorte de passivité soporifique. « Du bubble-gum pour les yeux », disait Steve Allen en parlant de la télévision. Les journaux et les magazines en font presque autant car ils nous volent des moments précieux que nous pourrions vivre plus pleinement.
Nous n’avons pas vraiment besoin de succomber à la dépendance que créent ces divertissements extérieurs et ces distractions multiples. Nous sommes capables de développer d’autres habitudes qui nous ramènent à ce désir primordial de chaleur, de tranquillité et de paix intérieure. Quand nous sommes assis en nous concentrant sur notre souffle, par exemple, cela ressemble beaucoup à s’asseoir auprès d’un feu. En examinant la respiration en profondeur, nous pouvons imaginer, autant que nos ancêtres rêvaient sur les flammes et les braises, les reflets dansants de notre esprit.
La méditation peut générer aussi une certaine chaleur. Et si nous n’essayons pas d’arriver quelque part mais que nous demeurions seulement dans le moment présent, il peut arriver que nous ayons la chance de tomber sur une quiétude ancienne – derrière et en deçà de nos pensées conscientes – que les hommes trouvaient, assis autour du feu, en des temps primitifs et plus simples.

(Dr Jon KABAT-ZINN, « Où tu vas, tu es », 1994, J’ai Lu n°7 516, 2009, p.183-185) 
Jon Kabat-Zinn est l’inventeur d’une méditation accessible à tous : la « méditation en pleine conscience ». À ce jour [en 2012], plus de 550 centres, hôpitaux ou cliniques utilisent la MBSR aux États-Unis, et plus de 700 à travers le monde, l’utilisent comme outil de soin.

Feu de camp et cuisson du pain, Erg Mehedjebat (Algérie)

jeudi 9 février 2017

Pourquoi les zèbres ne font pas d'ulcères ?

« Pourquoi les zèbres ne font pas d'ulcères ? », nous demande un livre qui fut il y a quelques années un grand succès aux États-Unis. La question est plus importante qu'elle n'en a l'air : imaginez un instant que vous soyez transformé en zèbre... Votre vie serait très souvent menacée, car, dans la savane où vous vivriez, vous représenteriez un des gibiers favoris des grands carnassiers. Régulièrement, des lions vous prendraient en chasse. Le plus souvent, vous en réchapperiez, mais tout de même ! Il est probable que vous auriez en mémoire des tas de souvenirs terrifiants, des cauchemars de poursuites où vous auriez été à deux doigts d'y passer vous réveilleraient toutes les nuits. Et vous ressentiriez des tas d'angoisses pour le prochain moment où vous devriez aller boire au point d'eau : et si des lions (ou plutôt des lionnes, puisque ce sont elles qui font le boulot) étaient en embuscade dans le coin ?
Bref, si les zèbres avaient le même cerveau que nous, ils auraient probablement beaucoup d'ulcères : car ils ne seraient pas seulement stressés lors des poursuites par les lions, mais aussi avant et après ces poursuites. C'est-à-dire toute leur vie. Heureusement pour eux, leurs cerveaux ne fonctionnent pas comme les nôtres et les zèbres n'ont pas d'ulcères parce qu'ils vivent dans l'instant présent. Quand ils sont en danger, ils stressent à fond. Puis, le danger passé, ils ne stressent plus et savourent ce qu'il y a à savourer. Nous aurions intérêt à être un peu plus souvent zèbres...

(ANDRÉ Christophe, « Et n’oublie pas d’être heureux », Éd. Odile Jacob, 2014, p.372-373)

Zèbres, parc d'Etosha (Namibie)

lundi 30 janvier 2017

Se changer, changer le monde

Comment l’idée des chaussures est née

Un grand roi se plaignait que la dureté du sol lui blessait les pieds :
il ordonna donc qu’on recouvrît le pays tout entier d’un tapis en cuir de vache.
Le fou du palais se mit à rire, quand le roi lui fit savoir son ordre.
.« Quelle idée absolument incongrue, Majesté, s’écria-t-il.
Pourquoi toute cette dépense inutile ?
Découpez seulement deux petites pièces de cuir pour protéger vos pieds ! »
Ce que fit le roi.
Et c’est ainsi qu’est née l’idée des chaussures.

…Pour faire du monde un endroit sans douleur, il faut changer son cœur – pas le monde.

(Anthony de Mello, s.j., « Histoires d’humour et de sagesse » [1987], Éd. Albin Michel poche 2011 n°172, p.194-195)

Dans les souks de Tripoli (Libye)
 

vendredi 27 janvier 2017

La méditation sur la respiration

La respiration, l'ancre de votre attention
 Il existe de nombreuses formes de méditation et toutes ne visent pas principalement à apaiser l'esprit et à développer l'attention. Pour celles dont c'est l'objectif, de multiples objets ont servi à focaliser l'attention au fil des siècles — par exemple, la flamme vacillante d'une bougie, un disque coloré, un galet, un son ou un mantra répété en silence. Dans le cadre du programme de MBSR, on commence par porter la conscience sur la respiration. On laisse simplement l'attention se poser sur les sensations qui accompagnent chaque inspiration et chaque expiration en suivant le souffle qui entre et qui sort. Quand l'esprit part ailleurs, ce qui arrive inévitablement, on note où il est allé, puis on le ramène sur la respiration avec douceur et bienveillance.
Il y a beaucoup d'avantages à se servir ainsi du souffle. Pour commencer, il est toujours là. Vous ne pouvez pas l'oublier à la maison le matin. C'est aussi une sorte de baromètre subtil qui vous permet d'évaluer votre état physique et émotionnel. Quand vous êtes tendu ou apeuré, vous avez tendance à retenir votre souffle. Quand vous êtes détendu et à l'aise, il circule plus librement. La conscience de la respiration peut générer une meilleure intégration de l'esprit, du corps et des émotions. En vous focalisant intentionnellement sur un objet unique, vous pouvez stabiliser votre esprit. Vous activez les réseaux cérébraux qui correspondent à l'objet de l'attention choisi et vous inhibez ceux qui correspondent aux demandes d'attention concurrentes — sans brusquer les choses.
C'est comme si le cerveau « éclairait » l'objet sélectionné tout en « assombrissant » celui qui ne l'est pas. Vous ne pouvez pas forcer l'esprit à se poser mais, pour profiter de sa capacité à se poser dans certaines conditions, vous devez bel et bien faire un effort. Vous devez revenir, encore et encore, à votre intention initiale de poser l'esprit sur l'objet choisi. Ce qui importe ici, c'est la qualité de l'intention que vous nourrissez. Elle doit être douce.
En braquant le projecteur de votre attention sur la respiration, vous constaterez probablement qu'elle se fixe quelques instants avant de se remettre à vagabonder. Si c'est le cas, vous la refocalisez en la ramenant encore et encore sur le solde chaque fois que vous notez qu'elle est partie ailleurs. La tendance de l'esprit à vagabonder n'est ni une erreur ni une faute. C'est sa nature — c'est ce qu'il fait —, et chaque fois que vous notez que le vôtre est parti ailleurs, vous le ramenez délicatement, encore et encore. Il ne s'agit en aucun cas de chercher à forcer l'esprit à se fixer quelque part — en chassant les pensées ou en dressant des barrières contre des émotions ou des sensations corporelles non désirées —, mais plutôt de fournir un effort doux, chaleureux et bienveillant. L’esprit part, et vous le ramenez. Il part, et vous le ramenez. S'il part une centaine de fois, vous le ramenez simplement une centaine de fois. Chaque fois que vous le ramenez, vous renforcez les réseaux neuronaux associés à l'attention soutenue.

(CHASKALSON Michael, « Méditer au travail pour concilier sérénité et efficacité » (2011), Préface de Christophe ANDRÉ (2013), CD audio d’exercices conçus et lus par Christophe ANDRÉ (2013), Éditions des Arènes 2013, p.61-63)

Basilique Saint-Nazaire, Carcassonne (France)

lundi 16 janvier 2017

La nature de la réalité : l’interdépendance des phénomènes

On trouve dans les textes bouddhiques l'histoire de deux aveugles qui voulaient qu'on leur explique les couleurs. À l'un d'eux on répondit : « Le blanc, c'est la couleur de la neige. » L'aveugle prit une poignée de neige et conclut que le blanc était « froid ». A l'autre on raconta que le blanc était la couleur des cygnes, et il écouta le bruissement des ailes d'un cygne qui volait, pour conclure que le blanc faisait « frou-frou »...
Lorsque nous percevons un phénomène, nous sommes conscients que nombre de ses attributs sont liés à la perception que nous en avons, car le même objet ou la même personne peuvent être perçus comme étant agréables ou désagréables, beaux ou laids. Nous pensons néanmoins que certains caractères spécifiques de l'objet existent en eux-mêmes et définissent sa vraie nature, telle qu'elle existe derrière le voile auquel s'arrêtent nos sens. Or, aucun de ces caractères ne résiste à une analyse critique ni ne permet de définir la réalité ultime d'un phénomène.
L'électron, par exemple, peut être considéré comme une onde ou comme une particule, deux entités parfaitement antinomiques. On peut aussi le décrire par des quantités chiffrées fournies par des appareils de détection ou des calculs mathématiques sa masse, sa charge, sa vitesse, son spin, etc. De ces différents caractères ou paramètres, on ne peut raisonnablement en considérer aucun comme décrivant la nature ultime de ce qu'on appelle « électron ». Ces caractères ne se révèlent qu'en dépendance avec d'autres facteurs, tels que les méthodes et les instruments d'observation, sans parler de l'observateur lui-même. La nature ultime de la réalité, si tant est que cette abstraction existe, nous est, pour reprendre Henri Poincaré, « à jamais inaccessible ». Les lois mathématiques ne peuvent que définir des propriétés dépendant elles-mêmes des postulats sur lesquels reposent ces lois.
Il n'est pas question de nier la réalité observable telle que nous la voyons, ni de prétendre qu'elle n'existe pas en dehors de l'esprit. Ce que nous voulons dire, c'est qu'il n'y a pas de réalité « en soi ». S'il est un mot clé pour décrire la réalité, c'est bien celui d'interdépendance. Les phénomènes existent uniquement en dépendance avec d'autres phénomènes. Cela est vrai des particules atomiques comme des instants de conscience. La « vacuité » du bouddhisme, qui fit reculer les beaux esprits du siècle dernier saisis par la crainte du néant, n'est pas l'absence ou l'inexistence des phénomènes, mais les phénomènes eux-mêmes. Ce dont ils sont vides, ce n'est pas d'une réalité relative, conventionnelle, mais d'une existence propre, permanente et autonome.

(WALLACE Alan B., « Science et Bouddhisme » (1989), Éditions Calmann-Lévy (1998), Préface de Matthieu RICARD, p. 11-12)

Dans la chaîne de l'Akakus (Libye)

mercredi 11 janvier 2017

L'énergie de la pleine conscience

Pratiquer la méditation sert à nous guérir et à nous transformer. La méditation telle qu'elle est conçue dans la tradition bouddhiste qui est la mienne, nous aide à ne faire qu'un, à regarder en nous-mêmes et autour de nous afin de nous rendre compte de ce qui est vraiment là. L'énergie utilisée en méditation est la pleine conscience ; regarder profondément, c'est utiliser la pleine conscience pour éclairer les recoins de notre esprit, ou pour regarder au cœur des choses afin d'en voir leur nature véritable. Quand la pleine conscience est présente, la méditation est présente. La pleine conscience nous aide à comprendre l'essence véritable de l'objet de notre méditation (que ce soit une perception, une émotion, une action, une réaction, la présence d'une personne ou d'un objet).
En regardant profondément, celui qui pratique la méditation obtient une compréhension intime qu'on appelle prajna ou sagesse. Cette compréhension a le pouvoir de nous libérer de notre propre souffrance et de notre asservissement. Au cours de la méditation, les entraves se défont, les amas intérieurs de souffrance que sont la peur, la colère, le désespoir ou la haine se transforment, les relations avec les autres et avec la nature deviennent plus faciles, la liberté et la joie nous pénètrent. Nous prenons conscience de ce qu'il y a en nous et autour de nous ; nous nous sentons rafraîchis, plus vivants dans notre quotidien. Comme nous devenons de plus en plus libres et heureux, nous cessons de nous comporter de telle sorte que les autres en souffrent, nous sommes capables d'amener le changement autour de nous et d'aider les autres à se libérer.
L'énergie de la pleine conscience est sans arrêt produite, nourrie et renforcée pendant la méditation. Celui qui pratique la méditation est comme une fleur de lotus en train de s'épanouir.

(Thich Nhat Hanh, « Un lotus s'épanouit » (« The Blooming of a Lotus », 1993), Éditions Dzambala, 1998, p. 5)

vendredi 6 janvier 2017

Accepterais-je de rester assis(e), debout ou couché(e), sans rien faire ?

La première des quatre Nobles Vérités du bouddhisme est celle de l’universalité de la souffrance : tout être humain connaîtra nécessairement la souffrance au cours de sa vie. En entendant cela, bien des habitants des pays industrialisés se disent : « Cette vérité sur la souffrance ne me concerne pas. Je ne vis pas dans un pays en guerre, je ne connais ni la torture ni la faim. » Mais la souffrance dont parlait Bouddha est souvent beaucoup plus subtile qu’une douleur franche. C’est un sentiment d’insatisfaction, une impression persistante que les choses ne sont pas comme elles devraient être. C’est une sensation désagréable et irritante qui nous pousse à bouger, à faire n’importe quoi pour nous distraire, à manger ou à boire quelque chose, à nous empiffrer ou à vomir; tout pour faire disparaître ce sentiment de mal-être.
Le fait de bouger ou de se distraire ne soulage que momentanément cette impression que quelque chose ne va pas. Or cette impression se fonde sur une vérité, une vérité à laquelle il faut prêter attention. Manger, boire, prendre de la drogue ou de l’alcool, jouer avec le danger ou accumuler les conquêtes amoureuses, voilà tous les remèdes « en vente libre» que nous utilisons pour soulager temporairement ce mal-être fondamental, cette intuition que les choses ne vont pas comme elles pourraient ou devraient aller. Mais, comme la véritable source de cette insatisfaction est spirituelle, son seul vrai remède ne peut être que spirituel.
La question qui se pose maintenant est donc : « Accepterais-je de me sentir vide sur le plan spirituel ? » Tout d’abord, il faut admettre qu’effectivement nous sommes vides, que nous le voulions ou non. Chaque atome de notre corps se compose avant tout de vide (à plus de quatre-vingt-dix-neuf pour cent), un vide parcouru par d’infimes particules d’énergie fulgurante (qui comptent pour moins de un pour cent). Mis à part ce vide bien physique qui nous habite, nous sommes aussi vides d’une autre manière: nous sommes vides d’une existence autonome. Nous ne pourrions exister sans l’existence de tous les autres êtres. Certes, il nous arrive parfois d’être submergés par la multitude de tous ces « autres » et de souhaiter que tout le reste de l’univers disparaisse, mais, si cela devait se produire, nous disparaîtrions nous aussi. Fondamentalement, nous ne sommes rien d’autre que nos interactions avec tous les autres êtres. Chacun de nous est comme une bulle de savon au milieu d’un immense amas de bulles de savon. Nous ne sommes que du vide, avec des liens et des interactions avec les autres êtres, qui sont vides, eux aussi.
Accepter de se sentir vide signifie donc intégrer une vérité fondamentale de notre existence.
En regardant les choses un peu autrement, nous pourrions reformuler ainsi la question sur le vide : « Accepterais-je de ne rien faire ? Accepterais-je de rester assis(e), debout ou couché(e), sans rien faire ? »

(CHOZEN BAYS Jan Dr, « Manger en pleine conscience : La méthode des sensations et des émotions » (2009), Postface de Jon Kabat-Zinn, Éditions Les Arènes, 2013, p.231-233)

Bougies (Monastère de Guéghard, Arménie)

jeudi 29 décembre 2016

Pour nombre de personnes, se retrouver seul avec ses pensées peut être une forme de torture...

Pour nombre de personnes, se retrouver seul avec ses pensées est une forme de torture. Les insomniaques qui souffrent le martyre en restant éveillés nuit après nuit apprennent rapidement qu’il vaut mieux, et de loin, se lever et faire quelque chose, n’importe quoi, plutôt que de tourner et se retourner dans son lit avec son esprit agité pour seule compagnie, dans le vain espoir de finir par s'endormir. Quand on est seul la nuit dans le noir, les émotions négatives telles que la culpabilité, le manque de confiance en soi et l’anxiété se déchaînent. L'aube et sa promesse de tâches quotidiennes et d’interactions sociales renvoient habituellement dans leurs cavernes ces monstres de notre imagination, mais ils peuvent resurgir chaque fois qu'aucune distraction extérieure ne vient occuper notre esprit. Certaines personnes se donnent beaucoup de mal pour empêcher que cela n'arrive, ainsi que l'a montré une série d'expériences réalisées en 2014 par des psychologues de Harvard et de l'université de Virginie.
On demanda à des étudiants de rester assis, isolément, durant quinze minutes, dans une pièce nue simplement munie d'une chaise, et de « se laisser distraire par leurs pensées ». Ils pouvaient penser à ce qu'ils voulaient, la seule règle étant qu'ils devaient rester sur leur siège et éveillés. Avant d'entrer dans la salle, ils devaient déposer tout matériel susceptible de les distraire — téléphones portables, livres, papier, stylos, etc. À la fin, on leur demanda d'évaluer divers aspects de l'expérience. Comme on pouvait s'y attendre, une majorité d'entre entre eux dirent avoir eu de la peine à se concentrer, que leurs esprits n'avaient cessé de vagabonder, et la moitié environ d'entre eux affirmèrent ne pas avoir apprécié l'expérience.
Une expérience ultérieure révéla toutefois que nombre d'entre eux trouvèrent qu'être laissés seul dans une pièce vide sans rien pour occuper son esprit était si désagréable (c'est après tout ce qui fait de l'isolement cellulaire une punition si sévère) qu'ils seraient allés jusqu'à se donner des chocs électriques pour se distraire. Dans la première partie de cette expérience, on demanda aux volontaires d'évaluer le caractère désagréable d'un choc délivré par des électrodes fixées à leurs chevilles et de dire s'ils accepteraient de payer une petite somme d'argent pour s’éviter un nouveau choc. Dans la seconde partie, durant laquelle ils furent laissés seuls avec leurs pensées pendant quinze minutes, on leur offrit de nouveau la possibilité de s’électrocuter. Curieusement, parmi ceux qui s'étaient dits prêts à payer pour s’éviter cela, 67 pour cent des hommes (12 sur 18) et 25 pour cent des femmes (6 sur 24) choisirent au moins une fois de se donner un choc électrique. Une des femmes se donna neuf chocs. L'un des hommes se donna pas moins de 190 chocs, mais fut considéré comme sujet exceptionnel — une aberration statistique — et ses résultats furent exclus de l'analyse finale.
Dans leur article pour la revue Science, les chercheurs écrivent : « Ce qui est frappant, c'est qu'être simplement seuls face à leurs propres pensées pendant 15 minutes était apparemment si atroce que cela poussa nombre de participants à s'administrer un choc électrique dont ils avaient dit auparavant qu'ils paieraient pour l'éviter ». Cela explique en grande partie pourquoi de nombreuses personnes trouvent au début si difficile de méditer : rester tranquillement assis les yeux fermés est en effet une invitation au vagabondage de l'esprit. En un sens, c'est là tout l'objet de la méditation : apprendre simplement à remarquer quand cela est arrivé. Dès lors, la prise de conscience frustrante que vos pensées vagabondent — une fois de plus — est en fait le signe d'un progrès et non d'un échec. C'est seulement en remarquant que les pensées rebondissent à l'intérieur de nos têtes comme des billes dans un flipper que nous pouvons apprendre à les observer sans émotion et à les laisser simplement s'arrêter, en résistant à l'envie de tirer sur le lanceur mental pour en injecter davantage. L'un des avantages de la méditation est qu'elle développe la capacité d'apaiser l'esprit à volonté. « Sans une telle formation, concluent flegmatiques les psychologues dans leur article, les gens préfèrent l'action à la pensée, même si ce qu'ils font est si désagréable que normalement ils paieraient pour éviter de le faire. L'esprit non exercé n'aime pas être seul avec lui-même ».

(KINGSLAND James, « Bouddha au temps des neurosciences : Comment la méditation agit sur notre cerveau », Éditions Dunod, 2016, p.112-113)

Erg Mehedjebat (Algérie)

jeudi 22 décembre 2016

Les cadeaux de Noël rendent-ils heureux ?

– L’argent cristallise tous les fantasmes, toutes les projections, les peurs, les haines, l’envie, la jalousie, les complexes d’infériorité, de supériorité, et bien d’autres choses encore. Cela aurait été très étonnant que l’on n’ait pas à l’aborder ensemble.
– Je ne savais pas qu’un si petit mot cachait tant de choses !

– En fait, c’est cette croyance elle-même qui rend malheureux, puisqu’elle pousse les gens à une course sans fin : on désire un objet, une voiture, un vêtement, ou n’importe quoi d’autre, et l’on se met à croire que la possession de cet objet nous comblerait. On le convoite, on le veut, et finalement, si on en fait l’acquisition, on l’oublie très vite pour jeter son dévolu sur un autre qui, c’est sûr, nous comblera si on l’acquiert. Il n’y a pas de fin à cette quête. Les gens ne savent pas que s’ils roulent en Ferrari, habitaient un appartement hollywoodien et voyageaient en jet privé, ils se convaincraient que c’est la possession du yacht qu’ils n’ont pas encore qui les rendrait heureux. Bien sûr, ceux qui sont loin de pouvoir rouler en Ferrari s’en offusquent et se disent qu’ils se contenteraient d’être juste un peu plus riches qu’ils ne sont. Ils ne demandent pas un appartement hollywoodien, non, mais seulement un appartement un petit peu plus grand, et ils sont convaincus qu’ils s’en satisferaient et n’auraient ensuite plus envie de rien. C’est là qu’ils se trompent : quel que soit le niveau matériel auquel on aspire, on désire plus dès qu’on l’a atteint. C’est vraiment une course sans fin.
Ses paroles avaient un écho particulier en moi, car elles me rappelaient les Noëls de mon enfance. J’étais tout excité en préparant ma lettre au père Noël, avec la liste des jouets que j’espérais. Pendant des semaines j’y pensais, attendant impatiemment le jour où je les posséderais enfin. Mon excitation atteignait son paroxysme le soir du réveillon : mes yeux ne quittaient plus le sapin au pied duquel j’imaginais déjà mon bonheur du lendemain. J’allai me coucher en percevant la nuit à venir comme interminable, et c’est reconnaissant que je découvrais l’heure sur mon réveil au petit matin. Le grand jour était enfin arrivé ! Lorsque je poussais la porte du salon et découvrais les paquets-cadeaux multicolores sous le sapin illuminé, j’étais empli d’une joie intense. Je déballais tout, haletant d’excitation, puis passais le plus clair de la journée à jouer avec ce que j’avais reçu, m’arrangeant toujours pour m’échapper de l’interminable repas familial, et laisser les adultes à leurs conversations ennuyeuses. Mais je me souviens que, le soir approchant, le soleil déclinant à l’horizon, ma joie se tarissait progressivement. Mes nouveaux jouets ne généraient déjà plus en moi le même élan de gaieté. J’en arrivais à envier mon excitation de la veille. J’aurais voulu la revivre. Je me rappelle m’être dit, une année, que mes rêves de jouets me rendaient finalement plus heureux que les jouets eux-mêmes. L’attente était plus jouissive que son dénouement.
J’en fis part au sage, qui me dit en souriant :
- Le plus grand mensonge des parents à leurs enfants ne porte pas sur l’existence du père Noël, mais sur la promesse tacite que ses cadeaux les rendront heureux.

(GOUNELLE Laurent, « L’homme qui voulait être heureux », Pocket n°13 841, 2010, p.131-132)


dimanche 18 décembre 2016

Ne pas parler trop vite...

Combien de fois sommes-nous ... réduits au rôle de spectateurs de nos propres actions ? Prenez l'exemple de la parole. Si vous jetez un jour un coup d'œil sur un chronomètre en écoutant quelqu'un parler, vous constaterez que le débit normal d'un locuteur est de l'ordre de 200 mots par minute, soit trois mots par seconde, comme le nombre déplacements du regard lors de l'exploration visuelle.
A ce rythme, il est impossible que chaque mot soit choisi de façon consciente et délibérée. Quand nous parlons, les mots s'enchaînent les uns aux autres, et nous écoutons bien sagement. Décidons-nous seulement du contenu de chaque phrase ? De sa prosodie ? Des expressions faciales que nous leur associons ? Rien n'est moins sûr. Nous sommes le plus souvent les auditeurs attentifs et fascinés de nos propres paroles, tout comme nous sommes les spectateurs des déplacements de notre regard. La seule chose que nous puissions faire, c’est réaliser après coup que nous sommes globalement d’accord avec ce que nous venons de dire ; ou nous excuser platement en cas de maladresse, ou de lapsus...

(LACHAUX Jean-Philippe, « Le cerveau attentif ; Contrôle, maîtrise et lâcher-prise » (2011), Éditions Odile Jacob Poche n°328, 2013, p.297)

Exposition Folon, parc du Château de la Hulpe (Belgique)

samedi 10 décembre 2016

La méditation du raisin sec - Regarder les aliments en profondeur

Pour réaliser cet exercice, vous aurez besoin d’un raisin sec.
Posez le raisin dans le creux de votre main. Regardez-le avec vos yeux. Observez-en les couleurs, la forme, la texture de surface, tes zones d’ombre et de lumière.
Imaginez maintenant que vous pouvez regarder à l’intérieur du raisin et voir son histoire, comme si vous regardiez une vidéo racontant la vie du raisin, mais que la vidéo jouerait à rebours, en commençant par la fin.
Vous voyez donc comment le raisin sec a été placé dans votre main. Vous voyez d’où il est venu avant d’arriver là, peut-être d’un bol et, avant, d’une boîte. Vous voyez la personne qui a ouvert la boîte et qui l’a secouée pour en faire sortir les raisins. Vous voyez ta personne qui a acheté cette boîte de raisins secs et qui l’a placée sur la tablette du garde-manger. Vous voyez, en remontant encore dans le temps, le magasin d’alimentation et le commis qui a déchargé les caisses de raisins du camion de livraison, qui Les a ouvertes, qui a collé sur chaque boîte l’étiquette avec le prix et qui a aligné ces boîtes sur tes étagères de l’épicerie.
Vous suivez ensuite le camion dans son voyage à rebours jusqu’à l’usine où les raisins ont été séchés et empaquetés. Vous continuez à remonter le temps et vous voyez de votre œil intérieur tous les êtres vivants — les humains, les animaux et les plantes — qui ont transmis leur énergie vitale à ce raisin pour qu’il parvienne jusqu’à votre main. Une fois arrivé à la vigne, demandez-vous d’où cette vigne est venue et continuez de faire voyager votre regard dans le temps. Remontez aussi loin que vous pouvez, jusqu’aux premières vignes cultivées dans les pays de vos ancêtres.
Posez-vous ensuite les questions suivantes.
  • Combien de personnes ont contribué à faire parvenir ce raisin sec jusqu’à vous?
  • En comptant tous les animaux, toutes les plantes, tous les insectes, les vers et les micro-organismes, combien d’êtres vivants ont pu jouer un rôle dans la vie de ce raisin?
  • Jusqu’où pouvez-vous faire remonter dans le temps la vie de ce raisin? Quelle est l’origine du carbone, de l’hydrogène et du fer qu’il renferme? Quel âge pouvez-vous alors donner à ce raisin ?
  • Prenez maintenant conscience de l’énergie vitale de tous les êtres qui ont contribué à la vie de ce raisin et donc à votre propre vie si vous le mangez.
  • Comment payer en retour tous ces êtres ? Avant de poursuivre votre lecture, prenez le temps de bien réfléchir à cette question, et, si vous faites partie d’un groupe, de bien en discuter avec les autres participants.
L’alimentation en pleine conscience est une des réponses à cette question. Lorsque nous regardons en profondeur les aliments que nous mangeons, notre cœur se connecte aux multiples formes de vie qui sont chaque jour sacrifiées pour nous permettre de vivre dans l’abondance. Comment payer en retour ces vies sacrifiées ? Simplement en étant présents à ces êtres et à la nourriture qu’ils nous ont fournie. En leur adressant notre énergie de bienveillance. En regardant nos aliments en profondeur et en laissant émerger notre gratitude, naturellement.

(CHOZEN BAYS Jan Dr, « Manger en pleine conscience : La méthode des sensations et des émotions » (2009), Postface de Jon Kabat-Zinn, Éditions Les Arènes, 2013, p.223-225)


Champs, pays Somba (Bénin)

vendredi 2 décembre 2016

Expérimenter l'inexprimable

LA FORMULE

Le mystique revenait du désert.
« Dites-nous, lui demanda-t-on : à quoi ressemble Dieu ? »
Mais comment pourrait-il jamais enfermer dans des mots
ce qu'il avait expérimenté dans les profondeurs de son cœur ?
Est-il possible d'enfermer la vérité dans des mots ?

Finalement, il leur donna une formule - combien gauche, combien inadéquate -,
dans l'espérance que certains de ceux qui la lui avaient demandée
 puissent être tentés, grâce à cette formule,
d'expérimenter eux-mêmes ce que lui avait expérimenté.

On s'empara de la formule ; on en fit un texte sacré ;
on l'imposa à tout le monde comme une croyance sacrée.
On fit de grands efforts pour diffuser le texte à l'étranger.
Certains donnèrent même leur vie pour cette cause.

Et le mystique fut attristé.
Peut-être eût-il mieux valu qu'il ne parlât pas


L'EXPLORATEUR

L'explorateur était revenu parmi les siens,
qui étaient désireux de tout savoir sur l'Amazone.
Mais comment pouvait-il jamais enfermer dans des mots
le sentiment qui avait envahi son cœur,
quand il avait aperçu des fleurs d'une beauté à vous couper le souffle
et perçu les bruits de la forêt, la nuit ?
Comment communiquer ce qu'il avait ressenti dans son cœur,
quand il avait pressenti le danger des bêtes sauvages
ou poussé son canoë au-dessus des régions traîtresses du fleuve ?

Il dit à ces gens : « Allez trouver par vous-mêmes.
Rien ne remplace le risque personnel et l'expérience personnelle. »
Pour les guider, tout de même, il traça un plan de l'Amazone.

Les gens s'emparèrent du plan, l'encadrèrent et l'affichèrent dans leur hôtel de ville,
s'en firent des copies personnelles et quiconque possédait une de ces copies
se considérait comme un expert de l'Amazone :
ne connaissait-il pas, en effet, tous les détours, toutes les courbes du fleuve ?
ne connaissait-il pas sa largeur et sa profondeur,
la localisation des rapides et celle des chutes ?

L'explorateur ne vécut que pour regretter ce plan.
Peut-être eût-il été préférable qu'il ne traçât rien.


On raconte que Bouddha refusait fermement d'être entraîné à parler de Dieu. Il est à croire qu'il connaissait les dangers de tracer des plans pour d'éventuels savants.

(Anthony de Mello, s.j., « Comme un chant d’oiseau » [1982], Éd. Desclée de Brouwer/Bellarmin 1984, p.41 - 43)

Stupas à Swayambunath (Katmandu, Népal)

jeudi 24 novembre 2016

Un conte sur l'altruisme

La légende des grandes cuillères

On raconte qu’un voyageur, après avoir parcouru la plupart des contrées de sa connaissance, se trouva un jour face à un embranchement inédit. Il prit la route de droite et se retrouva devant une porte qui n’avait pas de nom.
S’approchant, il entendit des cris de souffrance et d’horribles gémissements. Il ouvrit la porte et entra dans une vaste pièce où tout était préparé pour un extraordinaire festin. Au centre était dressée une grande table, et sur cette table, un plat contenait des mets délicieux dont les effluves le faisaient saliver. Cependant, les convives assis autour de la table hurlaient de faim : les cuillères, deux fois plus longues que leurs bras, étaient fixées à leurs mains de telle manière qu’ils pouvaient se servir mais qu’aucun n’arrivait à porter la nourriture à sa bouche.
Effrayé, le voyageur rebroussa chemin et choisit l’autre embranchement. Le lieu où il parvint semblait en tous points identiques, mais en s’approchant, il n’entendit résonner que des éclats de rire et de bonne humeur. Les convives étaient soumis au même défi, mais une seule chose avait changé : au lieu de tenter désespérément de porter la nourriture à leur bouche, ils se nourrissaient les uns les autres.

(Christophe ANDRÉ/Jon KABAT-ZINN/Pierre RABHI/Matthieu RICARD, « Se changer, changer le monde » (2013), Éd. J’ai Lu n°11074, 2015, p.159

 
À l'entrée du monastère de Geghard (Arménie)

samedi 19 novembre 2016

Pourquoi il est bon de s'imprégner de ce qui est bon

Compte tenu du penchant négatif du cerveau, intérioriser les expériences positives et se guérir de leurs pendants négatifs réclame un effort actif. En réalité, lorsque vous vous penchez vers ce qui est positif, vous rétablissez un déséquilibre neurologique. Et vous vous accordez aujourd’hui l'affection et les encouragements dont vous auriez dû bénéficier enfant, mais dont vous avez peut-être été en partie privé.
Se focaliser sur ce qui est sain puis s’en imprégner augmente naturellement les émotions positives qui traversent votre esprit chaque jour. Les émotions ont un effet global puisqu'elles organisent l’ensemble du cerveau. Par conséquent, les sentiments positifs ont des répercussions considérables, dont un système immunitaire renforcé et un système cardio-vasculaire moins réactif au stress. Ils améliorent l'humeur, favorisent l'optimisme, la résilience et l'ingéniosité, et contribuent à contrebalancer les effets des expériences douloureuses, y compris traumatiques. C'est un cercle vertueux : les sentiments agréables d'aujourd'hui accroissent les perspectives de sentiments agréables de demain.
Ces bienfaits s'appliquent aussi aux enfants. S'imprégner du positif est particulièrement intéressant pour les plus actifs ou les plus anxieux d'entre eux. En général, les enfants qui débordent d'énergie passent à autre chose avant que les sentiments positifs n'aient le temps de se consolider dans leur cerveau, alors que les plus anxieux ont tendance à ignorer ou à minimiser les bonnes nouvelles. (Et certains sont à la fois anxieux et pleins d'énergie.) Quel que soit leur tempérament, si vous avez des enfants autour de vous, encouragez-les à faire une pause à la fin de la journée (ou à tout autre moment qui semble naturel, comme une minute avant que ne retentisse la sonnerie de l'école). C’est un moyen pour eux de se rappeler ce qui s'est bien passé et de penser à des choses ou à des êtres qui les rendent heureux (par exemple un animal domestique, l’amour de leurs parents, un but marqué au football). Puis laissez-les s’imprégner de ces pensées et de ces sentiments positifs. Dans la pratique spirituelle, absorber le positif permet d'éclairer des états mentaux essentiels, telles la bienveillance et la paix intérieure, pour mieux retrouver leur chemin. C'est une attitude gratifiante car elle contribue à vous maintenir sur la voie de l'éveil, qui s'apparente parfois à une pente raide. Elle développe la foi et la conviction en vous montrant les résultats de vos efforts. Elle entretient la plénitude du cœur en valorisant les émotions positives et sincères – et, lorsqu'on a le cœur plein, on a davantage à offrir aux autres.
S'imprégner du positif ne consiste pas à afficher une mine réjouie en toutes circonstances, ni à se détourner des moments difficiles de la vie. Il s'agit d'entretenir le bien-être, la satisfaction et la paix intérieure, qui sont des refuges d'où l'on peut toujours partir et où l'on peut toujours revenir.

(HANSON Rick et MENDIUS Richard, « Le cerveau de Bouddha : Bonheur, amour et sagesse au temps des neurosciences » (2009), Pocket n°15 216, 2013, Préface de Christophe André, p.117-119)

 
Pyramide d'ours en peluche dans un magasin
(Cracovie, Pologne)

vendredi 11 novembre 2016

Toujours plus

LES SEPT BOCAUX REMPLIS D'OR

Un coiffeur passait sous un arbre hanté,
lorsqu'il entendit une voix qui lui dit :
« Aimeriez-vous avoir les sept bocaux remplis d'or ? »

Il regarda autour de lui et ne vit personne.
Mais son avidité fut éveillée et il s'écria avec impatience :
« Oh ! oui, certainement ! »
« Alors, retournez chez vous tout de suite, dit la voix : vous les trouverez là. »

Le coiffeur retourna chez lui en courant.
Effectivement, les sept bocaux était là — tous remplis d'or,
sauf un qui n'était rempli qu'à moitié.

Alors, le coiffeur n'accepta pas l'idée d'avoir un bocal à moitié rempli ;
il ressentit un besoin impérieux de le remplir, sinon, il ne serait pas heureux.
Il fit fondre et transformer en pièces d'or tous les bijoux de sa famille
et les déposa dans le bocal à moitié plein.
Mais le bocal demeura à moitié plein, tout comme auparavant. C'était exaspérant !
Il épargna, lésina sur tout, se priva et priva sa famille de nourriture, mais en vain :
quelle que fût la quantité d'or qu'il déposât dans le bocal,
celui-ci demeurait toujours à moitié plein.
Alors, un jour, il demanda au roi une augmentation de salaire : on le doubla.
Et la bataille reprit pour remplir le bocal.
L'homme se mit même à mendier.
Mais le bocal dévorait la moindre pièce d'or qu'on lui confiait
et demeurait obstinément à moitié rempli.

Le roi, alors, remarqua l'apparence de misérable et de crève-la-faim qui était celle du coiffeur.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il ;
vous étiez si heureux et si satisfait, quand votre salaire était moindre.
On l'a maintenant doublé et vous êtes tellement usé et abattu.
Serait-ce que vous auriez les sept bocaux d'or chez vous ? »

Le coiffeur s'étonna :
« Qui vous a dit cela, Majesté ? »
Le roi se mit à rire :
« Mais vos symptômes sont manifestement
ceux de la personne à qui le fantôme offre les sept bocaux.
Il me les a offerts à moi, un jour.
J'ai demandé si cet argent pouvait être dépensé ou devait être simplement entassé,
et le fantôme disparut sans mot dire.

Cet argent ne peut être dépensé :
il apporte seulement avec lui
le besoin impérieux de l'entasser.
Allez tout de suite le rendre au fantôme et vous retrouverez le bonheur. »


(Anthony de Mello, s.j., « Comme un chant d’oiseau » [1982], Éd. Desclée de Brouwer/Bellarmin 1984, p.147-148)

Boulier à Murano (Italie)

vendredi 4 novembre 2016

Soigner un trouble obsessionnel compulsif (TOC) grâce à la pleine conscience (II)

La neuroplasticité, le fait que la structure physique et cellulaire du cerveau puisse changer, signifie que notre cerveau s'adapte en réponse au vécu interne et externe. La neuroplasticité autodirigée, formule conçue par le Dr Jeffrey Schwartz, chercheur et psychiatre à UCLA, est le processus par lequel nous pouvons délibérément provoquer ces adaptations en utilisant notre esprit pour changer notre cerveau. Scientifique et clinicien, Schwartz pratique également la pleine conscience et étudie les textes contemplatifs classiques depuis plus de trente ans.
Schwartz est l'un des premiers à avoir appliqué la pleine conscience dans un contexte clinique, de manière authentique et cohérente avec la pratique classique. Partant de la formation initialement destinée aux moines, il a traduit la pleine conscience en un traitement efficace pour les personnes souffrant de troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Son travail de pionnier a aidé d'innombrables victimes des TOC. Les TOC sont causés par un déséquilibre biochimique du cerveau, qui suscite constamment des pensées douloureuses et pousse les patients à adopter des comportements répétitifs et compulsifs pour éviter une catastrophe imaginaire. Ils sont souvent préoccupés par des tâches répétitives (laver, nettoyer, compter, vérifier) qui finissent par perturber leur existence. Grâce à une formation à la pleine conscience, les personnes atteintes de TOC reconnaissent que les messages traitement qui inondent leur esprit peuvent être mensongers, et le traitement de Schwartz leur fournit des outils spécifiques pour mieux gérer ces pensées dérangeantes.
Dans la recherche menée sur le programme de Schwartz, l'imagerie cérébrale a constaté les améliorations signalées par les patients. De plus, Schwartz et ses collègues ont appris par la scintigraphie cérébrale que non seulement le cerveau change en relation avec les améliorations survenues dans le fonctionnement de ses patients, mais aussi qu'une attention soutenue, accordée à quoi que ce soit, crée un état qui déclenche la neuroplasticité autodirigée, pas seulement pour les victimes de TOC mais aussi pour tout adulte. Son travail a montré qu'un effort de volonté peut transformer physiquement le cerveau. L'étude de Schwartz fut la première d'un corpus de recherche aujourd'hui en plein essor qui relie l'intentionnalité aux modifications du fonctionnement et de la structure du cerveau. Mettant l'accent sur l'effort délibéré et non sur le résultat, cette recherche pourrait avoir des applications essentielles pour les enfants, surtout ceux qui souffrent d'un déficit d'attention. Il est important d'initier en douceur les enfants à la pleine conscience, mais imaginez s'il était possible d'aider un enfant à acquérir une faculté stable d'attention rien qu'en l'encourageant, de manière amusante et ludique, à essayer de prêter attention encore et encore.
On peut concevoir le cerveau comme un jeu tridimensionnel de points à relier, chaque point étant un neurone (une cellule du cerveau) et les lignes reliant les points étant une voie neuronale. Les lignes unissant les neurones entre eux sont forgées et renforcées par le vécu. On peut aussi imaginer les voies neuronales comme des muscles et le vécu comme un exercice physique. Tout comme les muscles deviennent plus forts quand on soulève des poids, l'exercice fortifie les voies neuronales.
(GREENLAND Susan, « Un cœur tranquille et sage » (The Mindfull Child, 2010), Éditions Les Arènes (2014), p.129-131)

Pour plus d'informations sur ce sujet, voir le livre « Brain Lock : Free Yourself from Obsessive-Compulsive Behavior » de Jeffrey M. Schwartz. Cet ouvrage n'a malheureusement pas été traduit en français.

A proximité d'Essendilène (Algérie)

dimanche 23 octobre 2016

Ne pas communiquer sous le coup de la colère (2)

Certaines psychothérapies en vogue nous encouragent parfois à exprimer notre colère à travers le corps pour « l'expulser de nous-mêmes » en allant hurler dans un lieu retiré ou en frappant un objet, comme un oreiller par exemple.
Je ne trouve pas cette méthode efficace pour transformer les racines de la colère. Imaginez un poêle à bois : s'il y a un problème, vous pouvez ouvrir les fenêtres de la pièce pour que la fumée sorte, mais s'il est défectueux, la fumée continuera à envahir la pièce. Vous devez donc réparer le poêle à bois. Crier et frapper votre oreiller risque de ressasser et d'alimenter votre colère, sans la faire sortir de vous.
Vous devez entrer réellement en contact avec votre colère pour la guérir. En frappant votre oreiller, vous entrez en contact avec elle, mais pas d'une façon qui vous aide à avoir plus de compréhension. Vous n'êtes même pas en contact avec l'oreiller, parce que si vous l'étiez, vous sauriez que ce n'est rien de plus qu'un oreiller.
Réprimer la colère peut être dangereux. Elle finira par exploser si elle reste ignorée ; à l'instar de toutes les émotions fortes, la colère veut s'exprimer. Mais comment la gérer ? Le mieux est de revenir en nous-mêmes et de prendre soin d'elle. Rappelons-nous le premier mantra, être là pour nous-mêmes et prendre soin de notre colère. Revenons en nous et connectons notre esprit à notre corps. Revenez à votre pratique de la respiration consciente et de la marche en pleine conscience. Être présent signifie être en pleine conscience puis utiliser cette pleine conscience pour reconnaître, embrasser et regarder vos émotions fortes en profondeur.
En général, quand la colère se manifeste, nous voulons nous confronter à la personne que nous croyons être à la source de notre colère. Nous avons plus envie d'aller lui remonter les bretelles que de prendre soin du plus urgent, à savoir notre propre colère. Nous sommes comme quelqu'un dont la maison serait en feu et qui se mettrait à courir après l'incendiaire au lieu de se précipiter chez lui pour éteindre l'incendie. Pendant ce temps, la maison continue de brûler.
Vous pouvez vous exprimer de nombreuses manières pour parler de la souffrance que vous ressentez suite à l'acte d'une personne. Vous pouvez écrire un mot à cette dernière ou lui envoyer un e-mail. Mais, pratiquez avant tout la respiration consciente et prenez soin de votre colère. C'est le moment idéal pour utiliser le quatrième mantra : « Je souffre. Aide-moi, s'il te plaît. » Vous pouvez lui téléphoner une fois que vous avez calmé votre colère, mais seulement quand vous êtes capable de lui dire calmement que vous souffrez et que vous avez besoin de son aide. Vous pouvez lui faire savoir que vous faites de votre mieux pour prendre soin de votre souffrance. Encouragez-la à faire de même. Demander de l’aide quand on est en colère est très difficile, mais cela permet aux autres de voir votre souffrance et non pas juste votre colère. Ils verront que la souffrance est à l’origine de la colère ; vous serez alors sur la voie de la communication et de la guérison. (p.87-90)
(Thich Nhat Hanh, « L’art de communiquer en pleine conscience »(2013), Le courrier du Livre 2014, p.89-90)

Village des pruniers (France)