lundi 20 avril 2015

Le vagabondage de l'esprit : la plus puissante des distractions

« La faculté de ramener volontairement une attention vagabonde, encore et encore, est à la source même du jugement, du caractère et de la volonté », a observé le père fondateur de la psychologie américaine, William James [1842-1910].
Mais, on l'a vu, si on demande aux gens : « Êtes-vous en train de penser à autre chose que ce que vous faites ? », on a une chance sur deux de tomber sur un esprit qui vagabondait.
Cette probabilité varie considérablement selon la nature précise de l'activité concernée. Une enquête aléatoire réalisée auprès de plusieurs milliers de sujets a constaté de façon prévisible qu'ils n'accédaient jamais autant à l'ici et maintenant que lorsqu'ils étaient en train de faire l'amour (même s'ils ont reçu à ce moment précis l'appel importun de l'application pour smartphone des enquêteurs). En deuxième position, loin derrière, venait l'exercice physique, puis une bonne conversation et enfin le jeu. À l'opposé, le vagabondage de l'esprit était plus fréquent au travail (employeurs, notez-le bien), devant l'ordinateur domestique ou dans les transports.
En moyenne, l'humeur des sujets pendant le vagabondage avait généralement une tonalité désagréable ; même les pensées apparemment neutres étaient imprégnées d'une teinte émotionnelle négative. Bien souvent, l'errance de l'esprit semblait constituer en elle-même une source d'infélicité.
Où donc s'égarent nos pensées quand on ne réfléchit à rien de particulier ? Le plus souvent, il n'y est question que de « moi ». Le « moi », selon William James, tisse la notion de soi en racontant notre histoire – en assemblant des fragments de vie aléatoires sous forme de narration cohérente. Ce récit dont on est le personnage principal tisse un sentiment de continuité derrière le perpétuel passage d'un moment au suivant qui constitue notre expérience.
« Moi » est l'activité de la région par défaut, cet agitateur d'un esprit qui se perd dans les lacets de pensées qui n'ont que peu de rapport, voire aucun, avec la situation présente et beaucoup avec... moi. Cette habitude mentale prend le dessus aussitôt qu'on accorde à l'esprit un moment de repos après une activité focalisée.
Quand il ne procède pas à des associations créatives, le vagabondage de l'esprit tend à se centrer sur moi et mes préoccupations : toutes les choses que j’ai à faire aujourd'hui ; ce que je n’aurais pas dû dire à untel ; ce que j’aurais bien fait de dire à la place. Il arrive à l'esprit de se perdre dans des pensées ou des fantaisies plaisantes, mais il gravite quand même plus souvent autour de la rumination et de l'inquiétude.
Lorsque le dialogue intérieur et la rumination génèrent un fond d'anxiété de basse intensité, le cortex préfrontal médian s'active. Mais lorsqu'on est pleinement concentré, une région voisine, le cortex préfrontal latéral, inhibe cette région médiane. L'attention sélective désélectionne ces circuits de la préoccupation émotionnelle, qui constituent la plus puissante des distractions. La réaction aux événements qui surviennent, ou tout type de focalisation active, éteint le « moi », alors que la focalisation passive nous ramène au bourbier confortable de la rumination.
La plus puissante des distractions n'est pas la conversation des voisins de table, mais celle qui se tient dans notre esprit. La vraie concentration exige d'imposer le silence à ces voix intérieures. Entreprenez de retrancher de sept en sept à partir de cent et, si vous restez concentré sur la tâche, votre zone de bavardage va finir par se taire.
(GOLEMAN Daniel, « Focus, Attention et concentration : les clefs de la réussite » (2013), Éditions Robert Laffont, p.58-60)


Peintures rupestres, Erg Mehedjebat (Algérie)

vendredi 17 avril 2015

La prison du nombrilisme

Le nombrilisme, parce qu'il nous fige, clôt notre identité à quelques descriptions limitées de nous-même, nous enferme, nous coupe des apprentissages que nous pourrions vivre et nous prive des expériences qui entreraient en contradiction avec cette conceptualisation. Cela revient à nous accrocher à l'histoire que nous nous racontons sur nous, envers et contre tout. Nous nous chosifions, nous collons à ce masque, ce costume que l'on (nous) a fait endosser au fil des années. C'est ce à quoi fait référence Lorenzaccio dans la pièce éponyme de Musset, piégé par le rôle qu'il s'est donné : « Le vice a été pour moi un vêtement ; maintenant il est collé à ma peau... ».
Que cette histoire soit liée au groupe auquel nous nous identifions, à notre caractère ou à notre personnalité, elle finit de toute manière par nous emprisonner. Cette identification nous fait aussi perdre de vue que nous sommes liés aux autres et à la nature. Elle nous fait croire à une entité stable, autonome, séparée du reste du monde. Cette perception nourrit nos comportements égoïstes et compétitifs qui en fin de compte se retournent contre nous. « Quand le bonheur égoïste est le seul but de la vie, la vie est bientôt sans but », écrivait avec sagesse Romain Rolland.
(KOTSOU Ilios, « Éloge de la lucidité », Éditions Robert Laffont, 2014, Préface de Christophe ANDRÉ, Postface de Matthieu RICARD, p.119-120)

Exposition Folon, parc de La Hulpe [2008] (Belgique)

mercredi 15 avril 2015

Aider les autres pour se sentir bien

Dans une autre étude, on a demandé à des personnes de poser, pendant une semaine, cinq gestes de gentillesse et de bienveillance. Ils pouvaient effectuer ces cinq actes de gentillesse sur différents jours de la semaine, soit les concentrer dans la même journée. L’exercice s'est poursuivi pendant un mois, puis on a évalué le niveau de bien-être des participants. On s'est aperçu que faire les cinq gestes dans la même journée engendrait de beaucoup plus grandes satisfactions à long terme. Il semble donc que si l'on n'accomplit qu'un seul acte par jour, finalement, il va être dilué dans le reste de nos activités, tandis que faire cinq gestes de bienveillance dans la même journée change notre attitude d'une manière plus durable. Cela fait donc non seulement du bien aux autres, ce qui est le but principal, mais nous confère également un plus grand sentiment de plénitude.
Par ailleurs, dans une autre expérience, Barbara Fredrickson, l'une des pionnières des études scientifiques sur la psychologie positive, demandait aux participants de cultiver la bienveillance, l'amour altruiste et la compassion pendant huit semaines à raison de 20 minutes de méditation par jour. Les résultats furent très clairs : ce groupe, qui n'était constitué pourtant que de novices en matière de méditation, avait appris à calmer son esprit et, plus encore, à développer remarquablement sa capacité d'amour et de bienveillance. Comparés aux personnes du groupe témoin (à qui l'on offrit de participer au même entraînement une fois l'expérience terminée), les sujets qui avaient pratiqué la méditation éprouvaient davantage d'amour, d’engagement dans leurs activités quotidiennes, de sérénité, de joie, et d'autres émotions bienfaisantes.
Au cours de l'entraînement, Fredrickson remarqua également que les effets positifs de la méditation sur l’amour altruiste persistaient durant la journée, en dehors de la séance de méditation, et que, jour après jour, l’on observait un effet cumulatif. Les mesures de la condition physique des participants montrèrent aussi que leur état de santé s'était nettement amélioré. Même leur tonus vagal avait augmenté.
(Christophe ANDRÉ/Jon KABAT-ZINN/Pierre RABHI/Matthieu RICARD, « Se changer, changer le monde » [2013], Éd. J’ai Lu, 2015, Matthieu RICARD p.94-98)

Calao (Mali)

dimanche 12 avril 2015

Apprendre à relativiser les choses...

Le serviteur dans la tempête
Un maharaja naviguait au large lorsque survint une grosse tempête. Un de ses serviteurs qui étaient à bord se mit à pleurer et à geindre de peur, car il ne s’était jamais trouvé sur un bateau auparavant. Il pleurait si fort et il le fit si longtemps que tout le monde sur le bateau commença à être ennuyé, et le maharaja émit l’avis qu’il fallait l’assommer. Mais son principal conseiller, qui était un homme sage, lui dit : « Non, laissez-moi m’occuper de cet homme : je pense que je peux le guérir. »
Là-dessus, il ordonna à quelques-uns des matelots de lancer l’homme à la mer. À l’instant où il se retrouva dans la mer, le pauvre serviteur se mit à crier de peur et à se débattre follement. Quelques secondes après, le sage ordonna qu’on le ramenât à bord.
De retour sur le bateau, le serviteur se tint dans un coin, dans un silence absolu. Au maharaja qui demandait à son conseiller la raison de cette nouvelle attitude, celui-ci dit : « On ne se rend pas compte de son bonheur, tant que la situation n’empire pas. »
(Anthony de Mello, s.j., « Histoires d’humour et de sagesse » [1987], Éd. Albin Michel poche 2011 n°172, p.195-196)

Désert de Libye

jeudi 9 avril 2015

Les dangers de la pression du temps

L'énorme pression du temps que notre mode de vie nous impose est un sujet peut-être plus troublant encore. La pléthore des choses à faire pendant les week-ends, les vacances, durant nos heures de loisirs, nous submerge. ...
Une étude expérimentale déjà assez ancienne montre comment un petit détail comme le sentiment d'urgence peut bousculer nos valeurs et modifier nos comportements. Cette observation portait sur des étudiants en théologie au profil identique. Les chercheurs leur demandaient de préparer une homélie sur la parabole du Bon Samaritain. Cette parabole, tirée du Nouveau Testament, raconte comment un voyageur passant dans une région un peu dangereuse est attaqué par des brigands qui le frappent, le dévalisent puis le laissent pour mort au bord du chemin. Un premier voyageur passe, puis un autre, mais ils ne s'arrêtent pas, probablement parce qu'ils ont peur. …
On donne aux étudiants la consigne suivante : « Vous allez étudier ce texte avec attention et préparer un sermon que vous enregistrerez dans un studio situé dans le quartier voisin. » Une fois les étudiants sensibilisés, grâce au texte, à l'altruisme et à l'aide à apporter aux inconnus, ils sont envoyés pour enregistrer leur homélie dans un studio proche. À la moitié de ces étudiants on dit : « Vous avez le temps, ne trainez pas trop en route, mais ça va aller... » Et à l’autre moitié : « Dépêchez-vous, vous êtes en retard, allez-y vite sinon votre tour va passer et vous ne pourrez plus enregistrer !» Sur le chemin, un comparse a pour mission de s'allonger par terre et de geindre, comme le voyageur qui a été agressé. Les chercheurs voulaient voir si les traits de caractère, de personnalité, la qualité du texte qu'ils avaient étudié avaient une influence sur l'aide apportée. La pression du temps que l'on avait fait peser sur les épaules des étudiants s'avéra être la variable la plus influente. Les deux tiers des étudiants sur lesquels on n'avait pas fait peser la pression du temps s'arrêtaient pour aider la personne qu'il fallait secourir, et seulement un tiers ne s'arrêtait pas (ils devaient être stressés par la perspective de leur enregistrement !). En revanche, la pression du temps exercée sur l'autre groupe faisait qu'ils n'étaient plus que 10 % à s'arrêter ! Un sur dix ! Alors que ces étudiants en théologie venaient de travailler sur une parabole parlant d'altruisme !
Cela encore doit nous inciter à beaucoup de modestie. La facilité avec laquelle nos bonnes intentions et nos valeurs peuvent être bousculées par un simple sentiment de fausse urgence est déconcertante, vexante, humiliante, déprimante... mais bien réelle ! Nos dispositions naturelles ou nos valeurs sont constamment entravées par de petits détails comme ceux-ci. Il faut débusquer inlassablement les façons dont, dans nos vies, l'impression d'être bousculé par le temps, par la masse des choses à taire, peut progressivement dénaturer nos capacités à être de bons humains.
(Christophe ANDRÉ/Jon KABAT-ZINN/Pierre RABHI/Matthieu RICARD, « Se changer, changer le monde » [2013], Éd. J’ai Lu, 2015, Christophe ANDRÉ p.50-53)

Goutte de rosée

lundi 6 avril 2015

L'importance de la pratique de la pleine conscience pour les patients... et les instructeurs

Les participants au programme MBSR apprennent de deux manières : par leur propre pratique et lorsque l'instructeur lui-même peut la vivre dans la manière d'aborder les questions soulevées pendant la classe. C’était différent de notre première conception de la pleine conscience comme technique à laquelle les patients peuvent être entraînés par un thérapeute qui n'était pas nécessairement conscient lui-même. Si les thérapeutes eux-mêmes ne sont pas conscients lorsqu'ils enseignent, les participants pourront acquérir cette pleine conscience de manière limitée. Comme en escalade, ceux qui apprennent doivent sentir que l'instructeur a l'habileté et l'expérience pour aborder les situations difficiles qui vont se présenter. De la même manière, l'entraînement à la « pleine conscience » implique que l'instructeur participe aux côtés des patients, et ne se contente pas de donner des instructions comme s'il restait au pied du rocher. Le défi pour nous, cliniciens et scientifiques, était de participer à cette pratique et de l'expérimenter de l'intérieur. Nous nous sommes engagés à développer une pratique régulière de méditation de pleine conscience.
S'engager à faire quelque chose est une chose ; le faire en est une autre. Nous avons rencontré beaucoup de résistances à faire cette « simple » chose que nous avions demandé de faire à nos patients. Trouver le temps dans un programme chargé, ou peut-être se lever trois quarts d'heure plus tôt que d'habitude, était difficile. Nous avons découvert l'incroyable éventail d'excuses imaginables pour interrompre un jour la pratique quotidienne. Venait ensuite la question de savoir combien de ceci nous pouvions dévoiler à nos collègues (en fait une question sans importance, nous le verrions plus tard ; nous sommes constamment surpris de découvrir le nombre de nos collègues qui pratiquent la méditation sans en avoir parlé). Nous nous souvenions de ce que nous avions entendu dire par les instructeurs MBSR à leurs patients : qu'il est stressant de suivre une classe de réduction du stress. Nous savions maintenant ce qu'ils voulaient dire. Sans parler du reste, nous trouvions que notre respect pour nos patients grandissait fortement ; plus encore peut être pour ceux dont le combat se rejouait de semaine en semaine devant la classe.
Au fil du temps, nous avons pu intégrer l'expérience d'une pratique de pleine conscience avec nos lectures supplémentaires, nos discussions et les rencontres avec les enseignants de la Clinique de Réduction du Stress lors de nos visites subséquentes. Notre difficulté à mettre en œuvre l'entraînement au contrôle attentionnel nous avait appris quelque chose de très important. Nous avions réalisé que l'approche que nous avions développée pour réduire les rechutes chez les patients dépressifs devait être révisée et nous nous sentions maintenant prêts à la retravailler en ce sens. Nous avions radicalement changé d'avis sur ce que les patients devaient apprendre en classe et au cours de leurs travaux à domicile. Nous étions plus confiants dans le fait que les patients portaient déjà en eux les ressources nécessaires pour avancer dans la gestion de leurs problèmes. Nous nous demandions comment leur permettre de faire cela au mieux, et ceci allait nous demander de modifier à la fois notre théorie et notre pratique.
(SEGAL Zindel, WILLIAMS Mark, TEASDALE John, « La thérapie cognitive basée sur la pleine conscience pour la dépression : Une nouvelle approche pour prévenir la rechute », Éditions De Boeck 2006, p.79-81)

Paysage impressioniste du Lac Skadar (Monténégro)

vendredi 3 avril 2015

Tout ce que nous consommons agit sur nous

La nourriture essentielle
Rien ne peut survivre sans nourriture. Tout ce que nous consommons agit sur nous, soit en nous guérissant, soit en nous empoisonnant. Nous avons tendance à penser que la nourriture se limite à ce que nous ingérons par la bouche, mais ce que nous consommons avec nos yeux, nos oreilles, notre nez, notre langue et notre corps est aussi de la nourriture. Les conversations qui ont lieu autour de nous, comme celles auxquelles nous participons, sont aussi de la nourriture. Confectionnons-nous et absorbons-nous le type de nourriture qui est sain pour notre corps et notre esprit, celui qui nous aide à grandir et à nous épanouir ?
Quand nous prononçons des paroles qui nous enrichissent et qui aident notre entourage à mieux vivre, nous nourrissons l'amour et la compassion. Quand, au contraire, nos paroles et nos actes apportent tension et colère, nous alimentons la violence et la souffrance.
Nous absorbons souvent des informations toxiques provenant de ceux qui nous entourent, tout comme de ce que nous regardons et lisons. Est-ce que ce que nous consommons cultive la compréhension et la compassion en nous ? Si tel est le cas, il s'agit de bonne nourriture. Souvent, nous consommons des communications qui provoquent en nous un sentiment de mal-être, d'insécurité ou qui nous amènent à juger ou à nous sentir supérieurs aux autres. C'est la raison pour laquelle nous devons penser à toute communication en termes de nourriture et de consommation. lnternet, par exemple, est un bien de consommation plein de nutriments qui peuvent aussi bien être toxiques que salutaires. Quelques minutes en ligne suffisent pour nous fournir le pire et le meilleur. Cela ne veut pas dire que nous devons supprimer lnternet de notre vie, mais que nous devons être pleinement conscients de ce que nous lisons ou regardons. Autrement dit, de ce que nous laissons entrer en nous.
Quand vous travaillez sur l'ordinateur pendant trois ou quatre heures d'affilée, vous vous perdez complètement. C'est comme manger des frites: vous ne devriez pas manger des frites toute la journée, tout comme vous ne devriez pas être sur l'ordinateur toute la journée. Quelques frites, et quelques heures devant l'écran, sont sans doute la limite maximale de ce dont nous avons besoin.
Ce que vous lisez et écrivez peut vous aider à guérir, alors soyez attentif à votre consommation. Quand vous écrivez une lettre ou un e-mail plein de compréhension et de compassion, vous vous nourrissez vous-même tout en l'écrivant. Même s'il ne s'agit que d'un petit mot, tout ce que vous écrivez peut vous nourrir et nourrir celui à qui vous l'écrivez.
(Thich Nhat Hanh, « L’art de communiquer en pleine conscience »(2013), Le courrier du Livre 2014, p.9-10)

Fritillaire pintade (Lot-et-Garonne, France)

mardi 31 mars 2015

Pleine conscience, empathie, et monde du travail

Dans un article paru en 2009, Krasner et ses collègues ont dévoilé les résultats d'un programme de pleine conscience auquel avaient pris part soixante-dix médecins généralistes de Rochester. Comme l'ont montré d'autres études similaires, l'entraînement à la pleine conscience a permis de soulager sensiblement la détresse psychologique et l'épuisement auxquels sont sujets beaucoup de praticiens et d'améliorer leur bien-être. Mais aussi de développer leur capacité à communiquer avec les patients et de recentrer les soins sur ces derniers. En aidant les médecins à expérimenter pleinement la rencontre clinique – dans ses aspects agréables et désagréables, sans jugement et avec un esprit de curiosité et d'aventure –, le programme de pleine conscience a eu des répercussions profondes sur le stress et l'épuisement. Il a aussi renforcé leur aptitude à se connecter à chaque patient en le considérant comme un être singulier et à focaliser leurs soins sur cette singularité.
... Plus nous sommes conscients, plus nous développons notre empathie, qui est la condition sine qua non de l'efficacité sociale au travail.
(CHASKALSON Michael, « Méditer au travail pour concilier sérénité et efficacité » (2011), Préface de Christophe ANDRÉ (2013), CD audio d’exercices conçus et lus par Christophe ANDRÉ (2013), Éditions des Arènes 2013, p.162-164)

Mont Guillaume, Embrun (France)

samedi 28 mars 2015

La conscience n’est pas la pensée

 Méditation et pensée positive
C’est notre faculté de penser qui nous différencie d’une façon si radicale des autres espèces. Mais si nous n’y prenons pas garde, cette faculté peut évincer d’autres facettes tout aussi précieuses de notre personnalité. Souvent, la faculté d’éveil en est la première victime.
La conscience n’est pas la pensée. La conscience est dans une autre dimension, au-delà de la pensée, tout en l’utilisant et en reconnaissant sa valeur et son pouvoir. La conscience ressemble à un plat qui contiendrait nos pensées, en nous aidant à les considérer comme des pensées et non comme la réalité.
L’esprit pensant peut être sévèrement fragmenté à certains moments. La plupart du temps, d’ailleurs. C’est la nature de la pensée. Mais la conscience peut nous aider à percevoir que notre nature fondamentale est déjà intégrée et entière. ...
La méditation n’implique pas que nous changions notre manière de penser en pensant davantage. Elle propose seulement que nous observions le processus de notre pensée. Par l’observation, nous contenons en quelque sorte nos pensées. En les observant sans être entraînés dans leur flux, nous sommes en mesure d’apprendre quelque chose de libérateur au sujet de la pensée même. Nous échappons ainsi aux modèles habituels de raisonnement – qui nous dominent si fortement – et qui sont la plupart du temps étroits, inexacts, narcissiques et faux.
Une autre manière de considérer la méditation est de visualiser le processus de raisonner comme une cascade, une cataracte de pensées sans fin. En cultivant la pleine conscience nous nous plaçons au-delà ou en deçà de nos pensées, un peu comme si nous observions la cascade à l’abri d’une grotte. Nous entendons et nous voyons l’eau qui déferle mais nous ne sommes pas emportés par le courant du torrent.
En pratiquant de cette façon, nos habitudes de pensée se transforment insensiblement en intégrant dans nos vies la compréhension et la compassion. C’est en percevant la nature de notre faculté de raisonner en tant que pensées, qu’elles nous servent plutôt que nous soyons asservis par elles.
Lorsque nous nous efforçons de penser « positif », cela peut être utile mais il ne s’agit pas de méditation. Il s’agit simplement de plus de pensée. Nous risquons autant d’être prisonniers de la « pensée positive » que des pensées négatives. Elle aussi peut être réductrice, fragmentée, inexacte, illusoire, et fausse. La transformation de nos vies, au-delà des limites de la pensée, exige un élément autre que « penser positif ».
(Dr Jon KABAT-ZINN, « Où tu vas, tu es », 1994, J’ai Lu n°7 516, 2009, p.106-108)
Jon Kabat-Zinn est l’inventeur d’une méditation accessible à tous : la « méditation en pleine conscience ». À ce jour [en 2012], plus de 550 centres, hôpitaux ou cliniques utilisent la MBSR aux États-Unis, et plus de 700 à travers le monde, l’utilisent comme outil de soin.

Fontaine du jardin Majorelle, Marrakech (Maroc)

mardi 17 mars 2015

Insula et empathie

La recherche scientifique en imagerie cérébrale (IRMf) a montré que la méditation dynamise le cortex insulaire. Cela est d'une importance capitale, car cette partie du cerveau joue un rôle essentiel dans notre capacité à nouer des liens avec autrui, en favorisant une empathie réelle et viscérale. L'empathie est ce qui permet de voir dans l'âme de l'autre, si l'on peut dire, et nous aide à comprendre ce qu'il éprouve « de l'intérieur ». Elle va de pair avec la vraie compassion et une bienveillance sincèrement aimante. Si vous pouviez observer votre cerveau avec un scanner, vous verriez que cette zone vibre et s’anime lorsque vous ressentez de l'empathie pour quelqu’un. Non seulement la méditation renforce cette zone, mais elle favorise sa croissance et son développement.
Pourquoi est-ce si important ? Outre que l'empathie est bénéfique à la société et à l'humanité dans son ensemble, elle l'est aussi pour celui qui l'éprouve. L'empathie, la compassion sincère et la bienveillance aimante, envers soi-même comme envers les autres, ont des bénéfices considérables sur la santé et le bienêtre. Or plus une personne a pratiqué la méditation, plus son cortex insulaire est développé. Cela dit, même 8 semaines d'entraînement suffisent à produire des changements dans le fonctionnement de cette partie essentielle du cerveau.
(WILLIAMS Mark et PENMAN Danny, « Méditer pour ne plus stresser » (2011), préface de Jon Kabat-Zinn, Éditions Odile Jacob, 2013, p.66-67)

Canyon de la Piva (Monténégro)

samedi 14 mars 2015

L’entraînement de l’esprit

D’où nous vient donc cette tendance étonnante à croire que nous sommes les maîtres de notre esprit ? Et à tenir pour évidentes et acquises nos capacités d’attention et de conscience, sans qu’il soit besoin de les travailler ?
Comme si notre cerveau, à la différence de nos muscles, n’avait pas besoin d’entraînement, et ne pouvait être développé ! Nous acceptons pourtant cette évidence pour notre corps : nous savons que l’exercice physique développe notre souffle et nos muscles, qu’une alimentation adaptée bénéficie à notre santé, etc. Mais nous sommes moins convaincus, ou moins informés peut-être, que l’équivalent existe pour notre psychisme : l’entraînement de l’esprit, ou l’exercice mental, présentent aussi un intérêt majeur. Sur un plan intellectuel, ils nous aident à « muscler » nos capacités de réflexion et de concentration ; sur un plan émotionnel, à entraver nos penchants spontanés vers le stress, l’abattement, la colère et tous les dérapages auxquels nous expose le quotidien. La plupart de nos capacités psychiques obéissent aux règles de l’apprentissage : plus on pratique, plus on progresse.
C’est d’ailleurs ce qui nous arrive spontanément : plus nous nous énervons, plus nous devenons forts en énervement. Plus nous pratiquons le pessimisme ou le négativisme, plus nous devenons de grands experts pour décourager et les autres et nous-mêmes. Plus nous stressons, plus nous devenons des champions du stress...
Souhaitons-nous progresser dans d’autres directions ? Il va alors être nécessaire de travailler. Nous l’acceptons pour apprendre l’anglais, le ski ou la pratique d’un instrument de musique.
(ANDRÉ Christophe, « Méditer, jour après jour », Éd. L’iconoclaste, 2011, p.248-249)

Le retour du printemps

mardi 10 mars 2015

Du velcro sur le négatif

Nous nous demandons de longue date pourquoi nous sommes heureux ou tristes, pourquoi nous nous entraidons ou nous blessons. Des sages et des scientifiques explorent les causes mentales du bonheur et de la souffrance. Aujourd'hui, pour la première fois de notre histoire, nous pouvons nous demander quelles sont les origines neuronales sous-jacentes de ces causes et trouver des réponses dans les structures et les processus de notre cerveau tel qu'il a été façonné par l'évolution.
Le cerveau n'a pas été créé en un clin d'œil. Ses capacités et ses penchants se sont forgés au fil de centaines de millions d'années, mais les facteurs qui ont modelé ce long parcours impersonnel se manifestent encore aujourd'hui dans votre vie sous des aspects très personnels. Imaginons que vous soyez parvenu à accomplir vingt tâches aujourd'hui et que vous ayez commis une seule erreur. Que vous restera-t-il à l'esprit au moment de vous coucher ? Probablement l'erreur, même s'il s'agit d'une infime partie de votre journée. Comme vous le verrez, ce phénomène tient à l'évolution du cerveau. En découvrant comment ce dernier s'est construit au fil du temps, vous vous comprendrez mieux — et vous comprendrez mieux les autres. De plus, vous pourrez utiliser et façonner plus efficacement cette chose extraordinaire cachée dans votre boîte crânienne.
(HANSON Rick, « Le cerveau du bonheur : La joie, le calme et la confiance en soi au temps des neurosciences » (2013), Éditions des Arènes, 2015, p.31-32)

Orgues basaltiques de la vallée de Garni (Arménie)

samedi 7 mars 2015

Médias et violence

L’influence des médias
Près de 3 500 études scientifiques et tous les travaux de synthèse publiés durant la dernière décennie ont montré que le spectacle de la violence est de fait une incitation à la violence. Pour l’Académie américaine de pédiatrie : « Les preuves sont claires et convaincantes : la violence dans les médias est l’un des facteurs responsables des agressions et de la violence. » Ces effets sont durables et mesurables. Les enfants sont particulièrement vulnérables, mais nous sommes tous concernés.
Ces travaux ont aussi permis de réfuter entièrement l’hypothèse (inspirée en partie par les théories freudiennes) selon laquelle le spectacle de la violence permettrait à l’individu de se purger des pulsions agressives supposées l’habiter. Il a maintenant été établi qu’à l’inverse, ce spectacle aggrave les attitudes et comportements violents946. Cela n’empêche qu’en dépit de ces observations scientifiques, l’idée d’une catharsis libératrice continue à être régulièrement invoquée.
D’après Michel Desmurget, directeur de recherche à l’Inserm au Centre de neurosciences cognitives de Lyon, les images violentes opèrent selon trois mécanismes principaux : elles augmentent la propension à agir avec violence ou agressivité : c’est le mécanisme d’amorçage. Elles élèvent notre seuil de tolérance à la violence : c’est le mécanisme d’habituation. Elles exaspèrent nos sentiments de peur et d’insécurité : c’est le syndrome du monde mauvais. C’est la convergence de ces influences qui, au bout du compte, explique l’impact de la violence audiovisuelle. Il est établi également que les images violentes atténuent les réactions émotionnelles à la violence, abaissent la propension à porter secours à un inconnu victime d’agression et affaiblissent la capacité d’empathie.
Au terme de deux décennies d’études sur l’influence de la télévision, des chercheurs de l’université de Pennsylvanie ont démontré que les téléspectateurs qui regardent constamment des actes négatifs manifestent une tendance accrue à agir de la même façon, et que, plus on regarde la télévision, plus on est enclin à penser que les gens sont égoïstes et qu’ils nous tromperaient à la première occasion. Bien avant l’âge de l’audiovisuel, Cicéron observait déjà : « Si nous sommes contraints, à chaque instant, de contempler ou d’entendre parler d’événements horribles, ce flot ininterrompu d’impressions détestables privera même les plus humains d’entre nous de tout respect pour l’humanité. » À l’opposé, quand les médias prennent la peine de mettre en valeur les aspects généreux de la nature humaine, les spectateurs entrent aisément en résonance avec cette approche positive. Ainsi, la récente série intitulée « Héros de CNN » connaît un franc succès aux États-Unis. Cette émission présente des portraits et des témoignages de personnes, souvent très humbles et inconnues, qui se sont lancées dans des projets sociaux novateurs et bienfaisants ou totalement impliquées dans la défense de causes justes.
Les études les plus révélatrices sont celles qui ont mesuré l’augmentation de la violence suite à l’introduction de la télévision dans des régions où elle n’existait pas. L’une de ces études, réalisée dans des communautés rurales isolées du Canada, incluant quelques villes, a montré que deux ans après l’arrivée du petit écran, les violences verbales (injures et menaces) observées dans des écoles primaires ont été multipliées par deux et les violences physiques par trois. Une autre étude a mis en évidence une augmentation spectaculaire de la violence chez les enfants après l’introduction d’émissions de télévision en langue anglaise (qui contenaient une proportion élevée d’images violentes) en Afrique du Sud. Compte tenu de la magnitude des effets observés, Brandon Centerwall, de l’université de Washington, à Seattle, a évalué qu’il y aurait, rien qu’aux États-Unis, 10 000 homicides, 70 000 viols et 700 000 agressions avec coups et blessures de moins chaque année si la télévision n’existait pas.
(Matthieu RICARD, « Plaidoyer pour l’altruisme, la force de la bienveillance » (2013), Éditions NiL, p.413-415)

La Rijeka Crnojevica, aux sources du Lac Skadar (Monténégro)

mercredi 4 mars 2015

Rien n’est aussi bon que ce qu’il paraissait être avant que nous ne l’obtenions.

Le tailleur de pierre
Il y avait autrefois un tailleur de pierre qui chaque jour se rendait dans les montagnes chercher de la pierre. Et tandis qu’il travaillait, il chantait, parce que, bien qu’il fût pauvre, il ne désirait rien de plus que ce qu’il avait : il n’avait donc aucun souci.
Un jour, il fut appelé à travailler au manoir d’un fortuné propriétaire. Quand il aperçut la magnificence du manoir, pour la première fois de sa vie il ressentit la douleur de l’envie et dit en soupirant : « Si seulement j’étais riche ! Je n’aurais pas à gagner ma vie dans la sueur, comme Je le fais maintenant. »
Imaginez son étonnement quand il entendit une voix lui dire : « Vous souhaiteriez être favorisé. Par conséquent, tout ce que vous désirerez vous sera accordé. » Il ne savait quoi faire de ces paroles, jusqu’à ce qu’il retournât à sa hutte, le soir, et y trouvât, à la place, un manoir aussi splendide que celui auquel il avait travaillé. Alors, le tailleur de pierre cessa de tailler de la pierre et se mit à jouir de la vie des riches.
Un jour, alors que l’après-midi était chaud et humide, il se trouvait par hasard à sa fenêtre et il vit le roi passer avec une large escorte de nobles et de serviteurs. Il pensa : « Comme j’aimerais être roi moi-même, assis dans le frais d’un carrosse royal ! » Son souhait fut promptement réalisé : il se retrouva confortablement assis dans un carrosse royal. Mais il se trouva que le carrosse était plus chaud qu’il ne l’avait imaginé. Il regarda par la fenêtre du carrosse et se mit à admirer la puissance du soleil dont la chaleur pouvait pénétrer les épaisses parois du carrosse. « Que ne suis-je le soleil », se dit-il en lui-même. De nouveau, ce souhait lui fut accordé et il se retrouva en train de répandre des ondes de chaleur à travers le monde.
Et la vie s’écoula un certain temps. Puis, un jour de pluie, il tenta de percer un gros amas de nuages, mais en vain. Il se fit donc changer en nuage et se glorifia de son pouvoir d’écarter le soleil –  jusqu’ ce qu’il devînt pluie et tombât, à son grand déplaisir, sur un énorme rocher qui lui barrait la route, de sorte qu’il dut couler tout autour.
« Eh quoi ! s’écria-t-il. Un simple rocher plus puissant que moi ? Bon, alors, je souhaite être rocher. » Et il se retrouva là, dressé sur un flanc de montagne. Il eut, cependant, à peine l’occasion de jouir de sa belle configuration, car il entendit des bruits qui montaient de ses pieds. Il baissa les yeux et, à sa grande consternation, aperçut un tout petit homme en train de détacher des morceaux de pierre de ses pieds.
« Quoi ! s’écria-t-il. Un tel avorton est plus fort qu’un imposant rocher comme moi. Je désire être un homme ! » Il se retrouva donc tailleur de pierre, escaladant la montagne et taillant de la pierre pour gagner sa vie dans la sueur, mais avec une chanson dans son cœur, parce qu’il était heureux d’être ce qu’il était et de vivre de ce qu’il avait.
Rien n’est aussi bon que ce qu’il paraissait être avant que nous ne l’obtenions.
(Anthony de Mello, s.j., « Histoires d’humour et de sagesse » [1987], Éd. Albin Michel poche 2011 n°172, p.191-193)

Paysage de neige (Vaux, Moselle, France)

samedi 28 février 2015

Ne pas nous surcharger d'activités et de préoccupations superflues

Prendre la vie au sérieux ne signifie pas se consacrer entièrement à la méditation comme si nous vivions dans les montagnes himalayennes, ou jadis au Tibet. Dans le monde contemporain, il nous faut certes travailler pour gagner notre vie. Pourtant, ce n'est pas une raison pour nous laisser enchaîner à une existence routinière, sans aucune perspective du sens profond de la vie.
Notre tâche est de trouver un équilibre, une voie du juste milieu. Apprenons à ne pas nous surcharger d'activités et de préoccupations superflues mais, au contraire, à simplifier notre vie toujours davantage. La clé nous permettant de trouver un juste équilibre dans notre vie moderne est la simplicité.
(SOGYAL Rinpoché, « Étincelles d'éveil » (1995), Pocket n°14 913, 2013, pensée du 1er novembre)

Brume et lever de soleil (Embrun, France)

mercredi 25 février 2015

Mon corps veut dormir, mais pas ma tête

Quand ma fille avait 5 ans, elle avait du mal à s'endormir. Elle me demandait souvent : « Quand mon corps est fatigué mais pas ma tête, comment faire pour dormir ? » Parfois, à dix heures du soir, elle n'avait toujours pas trouvé le sommeil. Elle se levait. La fatigue s'accumulait. Toutes sortes d'idées lui trottaient dans la tête. Des histoires effrayantes l'empêchaient de dormir : Tom ne voulait plus jouer avec elle ; son poisson rouge était mort ; quelqu'un était caché sous son lit et voulait la tuer. Nous avons tout essayé : raconter des histoires, prendre un bain chaud, faire des exercices de relaxation, dire sur un ton irrité que cela suffisait et qu'elle devait maintenant dormir comme tout le monde. Rien n'y faisait.
Finalement, j'ai trouvé une solution : il suffisait que ma fille écoute moins les ruminations dans sa tête et qu'elle fasse descendre son attention, lentement, depuis sa tête jusqu'au ventre; elle devait essayer encore et encore, jusqu'à ce qu'elle finisse par se calmer. Dans le ventre, il n'y a pas d'idées. Là se trouve la respiration qui, comme une houle douce, bouge constamment. Un mouvement doux, un mouvement apaisant. Un mouvement qui, lentement, la berçait en l'endormant. Ma fille a maintenant 21 ans et elle utilise encore souvent cet exercice.
Un exercice aussi simple peut aider à quitter la tête pour le ventre, là où les idées ne s'agitent plus, là où tout est calme et silencieux.
Voilà le premier exercice que j'ai fait avec ma fille. ... Beaucoup d'enfants apprécient ce petit travail de conscience de la respiration tout juste avant de dormir.
(SNEL Éline, « Calme et attentif comme une grenouille » (2010), Préface de Christophe ANDRÉ, Éditions des Arènes, 2012, p.17-19)


Horloge astronomique, place Saint-Marc (Venise, Italie)

dimanche 22 février 2015

Quatre étapes pour s'imprégner de ce qui est bon

D'un point de vue technique, s'imprégner de ce qui est bon revient à assimiler délibérément des expériences positives dans la mémoire implicite. Vous y parviendrez en quatre étapes simples :
  1. Activer une expérience positive
  2. L'enrichir
  3. L'absorber
  4. Lier les éléments positifs et négatifs
L'étape 1 consiste à susciter un état mental positif et les étapes 2, 3 et 4 à l'installer dans votre cerveau. En anglais, la première lettre de chaque étape produit l'acronyme HEAL (c'est-à-dire GUÉRIR). Les trois premières phases sont entièrement focalisées sur les expériences positives. La quatrième est optionnelle mais très efficace : elle utilise des pensées et des sensations positives pour apaiser, réduire et remplacer potentiellement leurs pendants négatifs.
(HANSON Rick, « Le cerveau du bonheur : La joie, le calme et la confiance en soi au temps des neurosciences » (2013), Éditions des Arènes, 2015, p.76)

Lac Skadar (Monténégro)

lundi 9 février 2015

Pleine conscience et faim

L’alimentation en pleine conscience commence par le commencement, par la faim. Vous connaissez peut-être la fameuse question zen : « Quel est le son d’une main qui applaudit ? » Dans l’alimentation en pleine conscience, on pourrait demander : « Quel est le son de la faim ? Quel goût à la faim ? Où dans le corps la faim se manifeste-t-elle ? Comment la faim survient-elle ? »
Un autre dicton zen dit : « Quand tu as faim, mange. » Cela semble bien simple, mais, en réalité, ça ne l’est pas. Pourtant, pour la plupart d’entre nous, la chose était effectivement simple quand nous étions enfants. Des études montrent en effet que les nourrissons et les jeunes enfants ont un sens inné de ce qu’ils doivent manger et en quelle quantité. …
Une fois adultes, nous devons souvent nous inviter à quitter la table et nous convaincre de ne pas manger. Tout le processus de l’alimentation est devenu une préoccupation majeure et une espèce de médicament en vente libre pour calmer les nombreuses pressions et l’anxiété générées par notre mode de vie hyperactif. Différentes forces, différentes sortes de faim influencent notre façon de manger.
Qu’est-il arrivé dans ce passage à l’âge adulte qui a transformé notre faim naturelle et notre facilité à trouver la satisfaction en problèmes alimentaires complexes? La réponse à cette question comporte deux volets. Le premier, c’est que notre milieu nous a transmis des habitudes liées à l’alimentation et à la nourriture qui ne nous ont pas aidés. Le second, c’est que notre esprit a pris le dessus sur notre corps. Notre intelligence de jeune enfant a peu à peu cédé aux pressions et à l’anxiété de ceux qui prenaient soin de nous. À mesure que leur affection se transformait en inquiétude à notre égard, notre sagesse alimentaire innée et notre plaisir innocent de manger se sont dégradés. Par amour, ces adultes ont miné notre appétit naturel. …
La pratique de la pleine conscience peut nous libérer nos habitudes réactionnelles. Elle peut nous affranchir des voix intérieures et des émotions indésirables qui dominent notre façon de nous nourrir, altèrent le goût de nos aliments et nous privent de notre droit fondamental à retirer un réel plaisir du simple fait de manger.
(CHOZEN BAYS Jan Dr, « Manger en pleine conscience : La méthode des sensations et des émotions » (2009), Postface de Jon Kabat-Zinn, Éditions Les Arènes, 2013, p.39-42)

Marché, Pays Kasséna (Burkina-Faso)

vendredi 6 février 2015

La résonance empathique, prélude à la compassion

... Mengzi (ou Mencius), un sage chinois du IIIème siècle avant notre ère, écrivait ... : « Tous les hommes ont un esprit, et cet esprit ne supporte pas de voir souffrir les autres. »
Aujourd'hui, les neurosciences confirment la position de Mengzi en fournissant les données qui manquaient pour clore ce débat vieux de plusieurs siècles. Quand nous voyons quelqu'un qui souffre, les circuits correspondants s'activent dans notre cerveau et cette résonance empathique devient le prélude à la compassion. Nous allons automatiquement porter secours à un enfant qui hurle de terreur ; nous avons automatiquement envie de prendre dans nos bras un bébé qui sourit. Ces pulsions émotionnelles irraisonnées provoquent en nous des réactions non préméditées et immédiates. Le fait que ce passage de l'empathie à l'action se produise à une telle rapidité suggère l'existence de circuits consacrés à cette séquence. La sensation de détresse suscite le désir d'aider.
Entendre pousser un cri d'angoisse active en nous les mêmes circuits cérébraux que l'expérience vécue de l'angoisse et active aussi le cortex prémoteur, signe que nous nous préparons à agir. De même, une histoire triste ... active le cortex moteur – siège du mouvement – de celui qui écoute ainsi que l'amygdale et les circuits concernés par la tristesse. Cette empathie signale ensuite à l'aire motrice du cerveau, où s'élabore notre réponse, quelle action entreprendre. Nos perceptions initiales nous préparent à l'action, voire prédisposent à agir.
Les réseaux neuronaux de la perception et de l’action possèdent un code commun dans le langage du cerveau. Ce code permet à tout ce que nous percevons de provoquer presque instantanément la réaction appropriée.
...
Darwin [dans son Traité des émotions publié en  1872] voyait dans chaque émotion une prédisposition à agir de façon spécifique : la peur déterminant la fuite ou le combat ; la joie poussant les êtres à s'embrasser ; etc. L'imagerie cérébrale confirme aujourd'hui qu'il avait raison, et qu'au niveau neuronal, la contagion émotionnelle prépare, elle aussi, le cerveau à réagir de façon appropriée.
La loi de la nature veut qu'un système biologique utilise le moins d'énergie possible. En activant les mêmes neurones pour la perception et pour l'action, le cerveau respecte cette loi. Et cette économie s'étend d'un cerveau à l'autre. Quand nous percevons la détresse d'autrui, le lien perception-action nous pousse naturellement à lui venir en aide. Ressentir avec nous détermine à agir pour.
(GOLEMAN Daniel, « Cultiver l’intelligence relationnelle » (2006), Éditions Pocket, n°14433, 2013, p. 104-105)

Lac noir, Zabljak, Durmitor National Park (Monténégro)

mardi 3 février 2015

Le bonheur... plus tard ?

Quand le roi Pyrrhus sera-t-il content ?
Le roi Pyrrhus d’Épire reçut la visite de son ami Cynéas, qui lui demanda : « Si vous conquérez Rome, que ferez-vous ensuite, sire ? »
Pyrrhus répondit : « La Sicile est notre voisine et elle sera facile à prendre.
– Et après que vous aurez pris la Sicile ?
– Alors, nous nous rendrons en Afrique et saccagerons Carthage.
– Et après Carthage, sire ?
– Ce sera au tour de la Grèce.
– Si je peux me permettre la question, quels seront les fruits de toutes ces conquêtes ?
– Alors, dit Pyrrhus, nous pourrons nous asseoir et passer du bon temps.
– Ne pouvons-nous, dit Cynéas, passer du bon temps maintenant ? »

Les pauvres pensent qu’ils seront heureux lorsqu’ils deviendront riches. Les riches pensent qu’ils seront heureux quand ils seront débarrassés de leurs ulcères.

(Anthony de Mello, s.j., « Histoires d’humour et de sagesse » [1987], Éd. Albin Michel poche 2011 n°172, p.97)

Feuille et neige (Vaux, Moselle, France)