mardi 31 décembre 2013

Le Nouvel An

Au lieu de célébrer le Nouvel An et de souhaiter aux gens une « Bonne Année », Patrul Rinpoché avait coutume de pleurer. Lorsqu'on lui en demandait la raison, il expliquait qu'une année venait encore de s'écouler et qu'un grand nombre de gens s'étaient rapprochés de la mort sans pour autant y être préparés.
Songeons à ce qui a dû arriver à la plupart d'entre nous, un jour ou l'autre. Nous flânons dans la rue, nous suivons des pensées inspirantes, réfléchissons à des questions importantes ou écoutons simplement notre walkman, quand, soudain, une voiture débouchant à vive allure nous frôle, manquant de justesse de nous écraser.
Allumez la télévision ou jetez un coup d'œil à un quotidien : vous verrez la mort partout. Les victimes de ces accidents d'avion ou de voiture s'attendaient-elles à mourir ? Comme nous, elles considéraient la vie comme allant de soi. Combien de fois avons-nous entendu parler de personnes de notre connaissance, ou même d'amis, qui sont morts subitement ? Nous pouvons mourir sans même être malades : notre corps peut soudain tomber en panne et se détraquer, tout comme notre voiture. Il se peut qu'un jour nous allions très bien et que, le lendemain, nous tombions malades et mourions. Milarépa chantait :
Quand vous êtes fort et en bonne santé,
Vous ne pensez pas à la maladie qui peut survenir
Mais elle vous frappe
Avec la force soudaine de l'éclair.
Engagé dans les affaires du monde,
Vous ne pensez pas à l'approche de la mort ;
Rapide, elle surgit, comme l'orage
Qui éclate sur votre tête.
...
Ceux qui comprennent combien la vie est fragile savent, souvent mieux que quiconque, à quel point elle est précieuse. …
Prendre la vie au sérieux ne signifie pas se consacrer entièrement à la méditation comme si nous vivions dans les montagnes himalayennes, ou jadis au Tibet. Dans le monde contemporain, il nous faut certes travailler pour gagner notre vie. Pourtant, ce n'est pas une raison pour nous laisser enchaîner à une existence routinière, sans aucune perspective du sens profond de la vie. Notre tâche est de trouver un équilibre, une voie du juste milieu. Apprenons à ne pas nous surcharger d'activités et de préoccupations superflues mais, au contraire, à simplifier notre vie toujours davantage. La clé nous permettant de trouver un juste équilibre dans notre vie moderne est la simplicité.
(SOGYAL Rinpoché, « Le livre tibétain de la vie et de la mort » (1992, révisée en 2001), Éditions de la Table Ronde 2003, p.49-51 ; Livre de Poche n°30 024, p.62-65)

Rivière Trishuli (Népal)

samedi 28 décembre 2013

Bouddha et Prasanjit

Quand Bouddha entra dans la capitale du roi Prasanjit, le roi en personne sortit l’accueillir. Il avait été ami du père de Bouddha et avait entendu parler du renoncement du jeune homme. Aussi tenta-t-il de persuader Bouddha d’abandonner sa vie de mendiant vagabond et de revenir au palais, pensant que par là il rendait service à son vieil ami.
Bouddha regarda Prasanjit droit dans les yeux. Et dit : « Répondez-moi franchement : avec toutes vos réjouissances extérieures, votre royaume vous a-t-il apporté un seul jour de bonheur ? »
Prasanjit baissa les yeux et se tut.
Il n y a pas de plus grande joie que de n’avoir aucune cause de souci ; pas de plus grande richesse que la satisfaction de ce qu’on a.
(Anthony de Mello, s.j., « Histoires d’humour et de sagesse » [1987], Éd. Albin Michel poche 2011 n°172, p.93)

Stupa de Bodnath (Népal)

jeudi 26 décembre 2013

Sans filtre

On ne peut faire l'expérience d'un endroit qu'à condition d'être présent sans ses filtres habituels. Autrement, on ne peut être que dans le concept ou l'idée que l'on se fait de l'endroit en question – qu'il s'agisse de chez soi, de son lieu de travail ou d'une destination de vacances exotique. ...
(KABAT-ZINN Jon, « Méditer, 108 leçons de pleine conscience » (2009) + CD de 12 méditations guidées avec la voix de Bernard Giraudeau, Éditions Marabout, 2011, p. 100)
Jon Kabat-Zinn est l’inventeur d’une méditation accessible à tous : la « méditation en pleine conscience ». À ce jour [en 2012], plus de 550 centres, hôpitaux ou cliniques utilisent la MBSR aux États-Unis, et plus de 700 à travers le monde, l’utilisent comme outil de soin.

Au bord de la rivière Trishuli (Népal)

lundi 23 décembre 2013

En présupposant un égoïsme naturel, nous cherchons à justifier certains de nos comportements

Admettre l'idée que l'altruisme et la bonté font partie de la nature humaine est aussi un encouragement à exprimer pleinement ce potentiel dans nos pensées et dans nos actes. En présupposant un égoïsme naturel, nous cherchons à justifier certains de nos comportements anti-sociaux et sapons toute volonté de remédier à nos défauts. Combien de fois n'entendons-nous pas dire à propos de l'égoïsme : « De toute façon, c'est dans la nature humaine. » ...
Notre opinion sur l'existence de l'altruisme véritable n'est donc pas seulement une question théorique puisqu'elle peut considérablement influencer notre manière de penser et d'agir. Comme le disait Martin Luther King : « C'est à chaque homme de décider s'il marchera dans la lumière de l'altruisme créatif ou dans les ténèbres de l'égoïsme destructeur. »
(Matthieu RICARD, « Plaidoyer pour l’altruisme, la force de la bienveillance » (2013), Éditions NiL, p. 166)


Autour du Stupa de Bodnath (Népal)

mercredi 18 décembre 2013

L’énergie du groupe

« Tous les maîtres affirment que le trésor spirituel est une découverte solitaire. Alors, pourquoi sommes-nous ensemble ? demanda un disciple à son maître.
– Vous êtes ensemble parce que la forêt est toujours plus forte qu’un arbre isolé, répondit celui-ci. La forêt conserve l’humidité, résiste mieux à l’ouragan et contribue à la fertilité du sol. Mais ce qui fait la force de l’arbre, c’est sa racine. Et la racine d’une plante ne peut pas aider une autre plante à pousser.
(Paulo COELHO, « Maktub », 1994, Éditions Anne Carrière, 2004, p.51  ; J'ai Lu n°9651, 2011, p.46)

Quand vous pratiquez avec un groupe, une sangha, c’est-à-dire une communauté, il faut profiter de l’énergie du groupe. Tout le monde respire en Pleine Conscience, tout le monde marche en Pleine Conscience. Fiez-vous à la sangha. Si vous êtes nouveau dans cette pratique, apprenez-la bien vite. Vous devez regarder la sangha comme une barque, un bateau.
(Thich Nhat Hanh, « Toucher la vie », J’ai Lu n°9255, 2010, p.35)


Autour du temple de Gokarna Mahadev
Vallée de Katmandou (Népal)

dimanche 15 décembre 2013

S'imprégner de ce qui est bon

Je suis plus vaste, meilleur que je ne le pensais. J’ignorai qu'il y avait tant de bonnes choses en moi.
Walt WHITMAN, « Chant de la grand-route »

Ce que nous vivons bâtit notre esprit comme ce que nous, mangeons bâtit notre corps. En sculptant peu à peu le cerveau, le flux des expériences façonne l'esprit. Certains résultats prennent la forme de souvenirs explicites : Voilà ce que j'ai fait l'été dernier ; voilà ce que j'ai ressenti quand j'étais amoureuse. Mais l'essentiel de ce modelage demeure à jamais inconscient. C'est ce que l'on appelle la « mémoire implicite », qui englobe nos attentes, nos schémas de relation, nos tendances émotionnelles et notre vision générale du monde. La mémoire implicite dessine le paysage intérieur de notre esprit – la sensation d'être « nous » – à l'aide des résidus lentement accumulés de notre vécu.
En un sens, ces résidus peuvent être classés en deux catégories : ceux qui sont bénéfiques (pour soi-même et les autres) et ceux qui sont nuisibles. Pour paraphraser la section de l'Effort Juste du Noble Octuple Sentier bouddhiste, il faut créer, préserver et accroître les souvenirs implicites bénéfiques, et limiter, éliminer ou décroître leurs pendants nuisibles.

LE PENCHANT NÉGATIF DE LA MÉMOIRE
Mais il y a un problème : notre cerveau scanne, enregistre, stocke et se rappelle de préférence les expériences désagréables. Comme nous l'avons vu, il agit comme du Velcro sur les expériences négatives et comme du Téflon sur les expériences positives. Par conséquent, même lorsque ces dernières sont plus nombreuses, la pile de souvenirs implicites négatifs grossit naturellement plus vite et vous incline à tort à la morosité et au pessimisme.
Bien entendu, les expériences négatives ont leur intérêt : la perte ouvre le cœur, le remords tend une boussole morale, l'anxiété met en garde contre les dangers, et la colère souligne les torts qui doivent être redressés. Mais ne pensez-vous que vous avez déjà suffisamment d'expériences négatives ? La douleur émotionnelle qui ne profite ni aux autres ni à soi-même n'est que vaine souffrance. Et la douleur d'aujourd'hui engendre celle de demain. Par exemple, un seul épisode dépressif majeur peut remodeler les circuits cérébraux et faciliter de futures rechutes.
La solution n'est pas d'éliminer les expériences négatives : lorsqu'elles se produisent, elles se produisent, ni plus ni moins. Mais plutôt d'encourager les expériences positives — et, en particulier, de nous en imprégner afin qu’elles fassent partie intégrante de nous-mêmes.

INTÉRIORISER LE POSITIF
Suivez les trois étapes suivantes :
1. Transformez les faits positifs en expériences positives. Il y a plein de choses positives autour de nous, mais la plupart du temps nous ne les remarquons pas – ou nous les ressentons à peine. Quelqu'un se montre agréable envers nous, une fleur s'ouvre, nous venons à bout d'un projet difficile, nous percevons une qualité admirable en nous – tout passe sans vraiment nous atteindre. Cherchez activement les bonnes nouvelles, en particulier les petits riens de la vie quotidienne : le visage des enfants, l'odeur d'une orange, le souvenir de vacances heureuses, un modeste succès au travail, etc. Quels que soient les faits positifs qui vous viennent à l'esprit, portez-leur une attention consciente – ouvrez-vous et laissez-les vous toucher. Imaginez-vous face à un banquet : ne vous contentez pas de regarder – allez-y, piochez !
2. Savourez l'expérience. Elle est délicieuse ! Faites-la durer en l'appréciant pendant cinq, dix, voire vingt secondes. Ne laissez pas votre attention s'envoler vers autre chose. Plus vous maintiendrez cette expérience dans la conscience, plus elle sera stimulante sur le plan émotionnel, plus vos neurones déchargeront et se raccorderont ensemble, et plus elle laissera une trace profonde dans votre mémoire. Focalisez-vous sur vos émotions et sur vos sensations corporelles, puisqu’elles sont l'essence de la mémoire implicite. Laissez l'expérience emplir votre corps et s'intensifier autant que possible. Par exemple, si quelqu'un se montre bon envers vous, laissez cette sensation réchauffer toute votre poitrine. Soyez en particulier attentif aux aspects gratifiants de l'expérience – par exemple l’effet d’une longue étreinte prodiguée par un être que vous aimez. En se focalisant sur ces gratifications, on augmente la libération de dopamine, qui facilite l'attention portée à l'expérience et renforce ses associations neuronales dans la mémoire implicite. Il ne s'agit pas de s'agripper aux récompenses – ce qui n'aurait pour effet que d'entraîner la souffrance – mais plutôt de les intérioriser afin de les porter en soi et de ne pas avoir à les rechercher dans le monde extérieur. Vous pouvez aussi intensifier un événement en l'enrichissant délibérément. Par exemple, si vous savourez, l'expérience d'une relation, vous pouvez invoquer d'autres sensations identiques, ce qui contribuera à stimuler l'ocytocine – « l’hormone de l'attachement » – et à approfondir votre sentiment de connexion. Ou, après avoir achevé un projet exigeant, vous pouvez renforcer votre sentiment de satisfaction en repensant aux défis que vous avez dû relever.
3. Imaginez ou sentez l’expérience pénétrer dans votre esprit et dans votre corps, comme la chaleur du soleil dans un T-shirt, de l’eau dans une éponge, ou un bijou dans un coffre au trésor logé dans votre cœur. Faites-le sans cesser de détendre votre corps et d'absorber les émotions, les sensations et les pensées liées à l'expérience.
(HANSON Rick et MENDIUS Richard, « Le cerveau de Bouddha : Bonheur, amour et sagesse au temps des neurosciences » (2009), Pocket n°15 216, 2013, Préface de Christophe André, p.107-111)

Machapuchare (6 993 m) (Népal)

jeudi 12 décembre 2013

Le livre est un outil de changement

… Une réticence existe parfois quant à l'aide que peut apporter un simple livre, fût-il écrit par des experts : des conseils dans un livre ne peuvent remplacer une psychothérapie. Là encore, ce n'est pas si simple : de nombreux travaux ont souligné et démontré l'intérêt de l'aide reçue par les livres, cela porte dans notre jargon le nom de « bibliothérapie » (le soin par les livres).
Personnellement, je me suis beaucoup soigné par les livres ! Un de mes grands plaisirs, lorsque j'étais enfant, était de passer de longues heures à bouquiner au hasard dans la grande quantité de livres dont mon père, autodidacte privé d'études, remplissait la maison familiale. C'est d'ailleurs comme ça que je suis devenu psychiatre, après avoir lu (presque) … tous les volumes d'une encyclopédie de psychologie dont je me rappelle encore aujourd'hui les couvertures en skaï marron, et le nom de l'éditeur (qui m'impressionnait beaucoup à l'époque) : le « Centre d'études et de promotion de la lecture ». Bref, j'ai toujours considéré que le livre comptait parmi les moyens les plus intelligents et les plus économiques (quel rapport qualité-prix incomparable !) pour transmettre du savoir et de l'expérience. Alors, inutile de vous dire que je suis aujourd'hui un convaincu des effets du livre sur l'humain. Les courriers de lecteurs que je reçois, comme tous les auteurs de cet ouvrage, ont renforcé encore plus cette conviction. La relation que nous pouvons entretenir avec un livre est à la fois utile, nous l'avons vu, et aussi agréable. Le savoir psychologique, l'accès aux grilles de lecture sur l'intime, est passionnant. Et sentir que l'on change l'est également. Nous ne sommes pas parfaits, nous savons que nous ne pouvons l'être. Mais nous sommes perfectibles, et avons plaisir à nous sentir progresser. En psychothérapie, les patients qui progressent ne trouvent jamais le temps long. Et une existence où l'on se sent progresser, s'enrichir en expérience et en lucidité, n'est damais ennuyeuse.
(« Conseils de psys, ce qu’il faut savoir pour aller mieux » (2008) sous la direction de Christophe André, Éditions Odile Jacob (2008) [2013 pour l’édition Poches, n°353], Introduction de Christophe André p.11-12)

Vitrail, Église de Moncontour (Bretagne, France)

lundi 9 décembre 2013

Permettre à la paix née de la pratique de la méditation de s’infiltrer dans sa vie

Je recommande toujours à mes étudiants de ne pas sortir trop vite d’une séance de méditation. Accordez-vous quelques minutes pour que la paix née de la pratique s’infiltre dans votre vie. « Ne vous levez pas d’un bond, disait mon maître Dudjom Rinpoché, ne partez pas trop vite, mais laissez votre vigilance s’intégrer à votre vie. Soyez comme un homme qui souffre d’une fracture : il demeure toujours attentif à ce que personne ne le heurte ».
(SOGYAL Rinpoché, « Étincelles d’éveil » (1995), Pocket n°14 913, 2013, pensée du 19 mars)



Stupa de Bodnath (Népal)

samedi 7 décembre 2013

La pleine conscience a des effets positifs notables sur la santé, le bien-être et la qualité de vie générale

Le terme « pleine conscience » – en anglais mindfulness –, désigne ... une forme d’attention soutenue dans l’instant présent – à soi-même, aux autres et au monde qui nous entoure. Dans le Mindfulness Report de 2010 de la Fondation pour la santé mentale britannique, la pleine conscience est décrite dans le chapitre clinique comme :
Une approche intégrative basée sur la connexion corps-esprit, qui nous aide à changer notre façon de concevoir et de percevoir notre expérience, en particulier nos expériences stressantes. Elle consiste à porter notre attention sur nos pensées et nos émotions afin d’en être plus conscients, moins prisonniers et de pouvoir mieux les gérer.
Depuis sa création, le programme de huit semaines de MBSR de Jon Kabat-Zinn – comme ses variantes – a fait l'objet d'un nombre considérable d'études. Des milliers d'articles évalués par des pairs évoquent son efficacité dans un vaste champ d'applications. Des travaux comparatifs portant sur certaines publications empiriques primaires ont jugé le programme et ses variantes efficaces. À partir d'une analyse de ces publications, le rapport de la Fondation pour la santé mentale a conclu que la pleine conscience avait des effets positifs notables sur la santé, le bien-être et la qualité de vie générale. Chacun des bienfaits soulignés a d'importantes implications pour la performance des acteurs du monde du travail — qu'il s'agisse de leur niveau de stress et de productivité ou de leurs rapports aux autres, en leur qualité de dirigeants ou de membres d'une équipe. D'après le rapport :
  • Les personnes qui s'entraînent à la pleine conscience sont moins enclines à la détresse psychologique, y compris à la dépression et à l'anxiété. Elles sont moins névrosées, plus extraverties et font état d'une satisfaction générale et d'un bien-être plus grands.
  •  Elles perçoivent, comprennent et acceptent mieux leurs émotions et se remettent plus rapidement d'humeurs négatives.
  • Elles ont moins de pensées négatives et sont plus aptes à les lâcher lorsqu'elles surviennent.
  • Elles ont une estime de soi plus élevée, plus stable et moins tributaire de facteurs extérieurs.
  • Elles entretiennent des relations plus satisfaisantes, communiquent mieux et sont moins perturbés par les conflits, mais également moins disposés à nourrir des pensées négatives sur leurs partenaires après un conflit.
  • La pleine conscience est liée à l'intelligence émotionnelle, elle-même associée à de bonnes compétences sociales, à la capacité à coopérer et à percevoir le point de vue d'autrui.
  • Les êtres conscients sont moins enclins à se mettre sur la défensive ou à réagir de manière agressive lorsqu'ils se sentent menacés. La pleine conscience semble renforcer la conscience de soi et est associée à une plus grande vitalité.
  • Être plus conscient permet d'atteindre avec plus de succès ses objectifs scolaires et personnels.
  • Comme ne cessent de le montrer les études, la pratique de la méditation renforce l'attention, mais également les performances, la productivité et le sentiment de satisfaction, et facilite les relations avec les collègues, d'où une réduction du stress professionnel.
  • Les personnes qui s'entraînent à la pleine conscience se sentent plus maîtres de leur comportement et sont plus aptes à dépasser ou à changer leurs pensées et leurs émotions, et à résister à leurs impulsions.
  • De manière générale, les études révèlent que les pratiques méditatives stimulent la circulation sanguine, réduisent la tension artérielle et protègent les sujets exposés à l'hypertension. Elles diminuent également le risque de développer et de mourir de problèmes cardiovasculaires et atténuent la gravité de ces maladies lorsqu'elles surviennent.
  • Les méditants sont moins hospitalisés pour des pathologies cardiaques et infectieuses ou des cancers, et rendent deux fois moins visite à leur médecin que les non-méditants.
  • La pleine conscience peut réduire les comportements addictifs, et les pratiques méditatives dans leur ensemble permettent de limiter l'usage de drogues, de médicaments prescrits, d'alcool et de caféine.
(CHASKALSON Michael, « Méditer au travail pour concilier sérénité et efficacité » (2011), Préface de Christophe ANDRÉ (2013), CD audio d’exercices conçus et lus par Christophe ANDRÉ (2013), Éditions des Arènes 2013, p.25-28)

Stupa de Bodnath (Népal)

mercredi 4 décembre 2013

Comment Bouddha a découvert le juste milieu

Au début de sa quête du spirituel, Bouddha s’adonnait à de nombreuses austérités.
Un jour, deux musiciens vinrent à passer près de l’arbre où il était assis et méditait, et il entendit l’un d’eux dire à l’autre : « Ne tends pas trop les cordes de ton sitar, elles vont casser ; ne les laisse pas trop lâches non plus, elles ne vibreront pas. Observe le juste milieu. »
Ces propos frappèrent à tel point Bouddha qu’ils révolutionnèrent sa manière de percevoir la spiritualité. Il était persuadé qu’ils avaient été prononcés pour lui. Dès cet instant il abandonna toutes ses austérités et se mit à suivre une voie qui était facile et légère : la voie de la modération. De fait, sa manière de percevoir l’illumination s’appelle le juste milieu.
(Anthony de Mello, s.j., « Histoires d’humour et de sagesse » [1987], Éd. Albin Michel poche 2011 n°172, p.107)
Les êtres humains réagissent non à la réalité, mais aux idées qu’ils ont dans la tête…
 (Anthony de Mello, s.j., « Histoires d’humour et de sagesse » [1987], Éd. Albin Michel poche 2011 n°172, p.111)
Ils voient non ce qu’ils ont sous les yeux, mais ce qu’on les a habitués de voir.
 (Anthony de Mello, s.j., « Histoires d’humour et de sagesse » [1987], Éd. Albin Michel poche 2011 n°172, p.112)

Ibis rouge

samedi 30 novembre 2013

Une éducation éclairée

Martin Seligman, l'un des fondateurs de la « psychologie positive » (selon laquelle, pour s'épanouir dans l'existence, il ne suffit pas de neutraliser les émotions négatives et perturbatrices, il faut aussi favoriser l'éclosion d'émotions positives), a posé à des milliers de parents la question suivante : « Que désirez-vous le plus, pour vos enfants ? » En majorité, ils ont répondu : le bonheur, la confiance en soi, la joie, l'épanouissement, l'équilibre, la gentillesse, la santé, la satisfaction, l'amour, une conduite équilibrée et une vie pleine de sens. Pour résumer, le bien-être arrive en tête de ce que les parents souhaitent en priorité pour leurs enfants.
« Qu'enseigne-t-on à l'école ? » demanda ensuite Seligman aux mêmes parents, qui répondirent : la capacité de réflexion, la capacité à s'adapter à un moule, les compétences en langues et en mathématiques, le sens du travail, l'habitude de passer des examens, la discipline et la réussite. Les réponses à ces deux questions ne se recoupent pratiquement pas. Les qualités enseignées à l'école sont indiscutablement utiles et pour la plupart nécessaires, mais l'école pourrait également enseigner les moyens de parvenir au bien-être et à l'accomplissement de soi, bref, ce que Seligman appelle une «éducation positive», une éducation qui apprend aussi à chaque élève à devenir un meilleur être humain.
Enseigner, ce n 'est pas remplir un vase, c'est allumer un feu. Aristophane
On n'est intelligent qu'à plusieurs. Albert Einstein
(Matthieu RICARD, « Plaidoyer pour l’altruisme, la force de la bienveillance » (2013), Éditions NiL, p. 604)

Paon du jour, Château de Hac, Bretagne (France)

jeudi 28 novembre 2013

Surveiller son esprit avant de parler

Mettre en œuvre la Parole Juste

Le test consiste à nous arrêter et à nous demander avant de parler : « Est-ce vrai ? Est-ce bienveillant ? Est-ce bénéfique ? Est-ce blessant pour quelqu'un ? Est-ce le bon moment pour parler ? »

La Parole Juste n'est pas quelque chose que vous pratiquez sur le coussin. Elle intervient dans le dialogue, non dans le silence. Toutefois, pendant la méditation formelle, vous pouvez penser à votre façon de parler habituelle et essayer de transformer les pensées qui apparaissent en pensées justes – celles qui ont pour motivation la générosité, l'amitié-bienveillance et la compassion. Vous pouvez analyser vos actions passées et vous demander: « Ai-je parlé correctement hier ? Ai-je uniquement parlé gentiment, avec bonté ? Mes paroles étaient-elles sensées, étaient-elles véridiques ? » Si vous découvrez que vous vous êtes égaré de quelque manière, vous pouvez vous promettre d'améliorer votre Attention à la Parole Juste.
La résolution la plus importante que vous puissiez prendre est de vous promettre de penser avant de parler. Les gens disent : « Surveillez votre langue ! » Mais il est plus important de surveiller votre esprit. La langue ne remue pas toute seule. L'esprit la contrôle. Avant d'ouvrir la bouche, regardez votre esprit pour voir si votre motivation est saine. Vous en viendrez à regretter toute parole motivée par l'avidité, la haine et l'illusion mensongère. Prenez aussi une forte résolution de ne rien dire qui pourrait blesser une autre personne. Cet engagement vous aidera de façon certaine à penser soigneusement avant de parler. Quand vous parlez attentivement, vous parlez automatiquement de manière véridique, avec gentillesse et bonté. L'Attention vous empêchera d'utiliser les poignards verbaux qui peuvent transpercer les gens jusqu'à la moelle. Si l'envie de prononcer des paroles blessantes vous prend, utilisez immédiatement l'Attention et l'effort juste pour empêcher ces pensées de persister.
L'engagement de ne pas blesser les autres par vos paroles est particulièrement important lorsque vous conversez avec quelqu'un envers qui vous avez du ressentiment, ou lorsque vous discutez d'une situation qui vous tient fortement à cœur. Faites attention ! N'utilisez que des mots aimables, soigneusement choisis. Parler avec douceur peut apporter paix et harmonie à cette situation et permettre que la conversation se poursuive d'une manière fructueuse, profitable et amicale.
(Vénérable Hénépola GUNARATANA, « Les huit marches vers le bonheur » (2001), Éditions Marabout, 2012, p.156-157)

Perroquet
http://photolibrededroit.over-blog.com

samedi 23 novembre 2013

Comment gérer une douleur de la vie courante

Travailler avec la douleur physique : vous n’êtes pas votre douteur
La prochaine fois que vous vous écrasez le pouce avec un marteau ou que vous vous heurtez le tibia à une porte de voiture, vous aurez l’occasion de réaliser une petite expérience de pleine conscience. Voyez si vous pouvez observer l’explosion des sensations et l’enchaînement de qualificatifs, de gémissements, et de mouvements violents du corps qui s’ensuivent. Tout cela se déroule en une ou deux secondes. À ce moment-là, si vous êtes assez rapides pour diriger pleinement de la conscience vers les sensations que vous éprouvez, vous remarquerez peut-être que vous arrêtez de jurer, de crier ou de gémir, et que vos mouvements deviennent moins violents. En observant les sensations dans la région blessée, notez la façon dont elles changent. Ces sensations de piqure, d’élancements, de brûlure, de coupure, de déchirure, et bien d’autres peuvent se succéder à toute allure dans cette région du corps, se mêlant l’une à l’autre comme un jeu de lumières multicolores projetées bon gré mal gré sur un écran. Continuez à suivre le flot des sensations tandis que vous posez votre main sur l'endroit blessé, y mettez de la glace, le mettez sous l'eau froide, le tenez au-dessus de la tête, ou y faites autre chose encore.
Pendant cette petite expérience, en vous concentrant fortement, vous remarquerez peut-être un centre de paix au cœur de vous-même, duquel vous pouvez observer le déroulement de tout l'épisode. Cela vous donnera peut-être l'impression d'être complètement détaché des sensations dont vous faites l'expérience, comme si ce n'était pas tant « votre » douleur que, simplement, de la douleur. Peut-être vous sentirez-vous calme « dans » la douleur ou « derrière » la douleur. Si ce n'était pas le cas, vous pouvez toujours retenter l'expérience la prochaine fois que vous aurez la malchance de vous cogner bien fort.
Vous écraser le pouce avec un marteau ou vous heurter le tibia provoquent une douleur immédiate. Nous utilisons le terme douleur aiguë pour décrire une douleur qui survient soudainement. La douleur aiguë est habituellement très intense, mais elle ne dure également qu'un court instant. Soit elle s'en va d'elle-même, quand vous vous cognez par exemple, soit elle vous oblige à agir pour la faire partir, par exemple à consulter un médecin. Quand vous vous cognez, si vous essayez d'être précisément et pleinement conscient de ce que vous ressentez, vous observerez sans doute que votre mode de relation à vos sensations est important. Il a impact réel sur le degré de douleur que vous ressentez vraiment et sur l'intensité de votre souffrance. Il affecte aussi vos émotions et votre comportement. C'est vraiment une révélation de découvrir que vous disposez de différentes options pour gérer la douleur physique même une douleur très intense, outre l'option d'être automatiquement submergé par elle.
(Dr Jon Kabat-Zinn John, « Au cœur de la tourmente, la pleine conscience » (1989), J’ai Lu n°9 932, 2012, Préfaces de Thich Nhat Hanh (1989) et Christophe André (2009), p.487-489)
Jon Kabat-Zinn est l’inventeur d’une méditation accessible à tous : la « méditation en pleine conscience ». À ce jour [en 2012], plus de 550 centres, hôpitaux ou cliniques utilisent la MBSR aux États-Unis, et plus de 700 à travers le monde, l’utilisent comme outil de soin.

Cactus, Jardin Majorelle, Marrakech (Maroc)

lundi 18 novembre 2013

« Entraîner » l’esprit consiste à acquérir d’abord une connaissance précise et concrète de son fonctionnement

« Entraîner » l’esprit ne signifie en aucun cas le soumettre par la force ou lui faire subir un lavage le cerveau. C’est au contraire acquérir d’abord une connaissance précise et concrète de son fonctionnement, notamment grâce aux enseignements spirituels et à une expérience personnelle de la pratique de la méditation. Vous avez alors recours à cette compréhension pour pacifier votre esprit et travailler habilement avec lui, pour le rendre de plus en plus malléable, afin d’en obtenir la maîtrise et de l’utiliser au mieux de ses possibilités et aux fins les plus bénéfiques.
(SOGYAL Rinpoché, « Étincelles d’éveil » (1995), Pocket n°14 913, 2013, pensée du 13 juillet)

Tassili du Maghidet (Libye)

samedi 16 novembre 2013

Être relié

Imaginez l’expérience suivante, qui a été menée par le Dr Judith Rodin et le Dr Ellen Langer, toutes deux psychologues sociales à Yale et à Harvard. Elles ont étudié des patients âgés, dans une maison de soins. Avec la coopération du personnel soignant, le Dr Rodin et le Dr Langer divisèrent les participants à l’étude en deux groupes semblables en termes d’âge, de sexe, de gravité et de type de maladie. Les membres d’un des groupes furent alors explicitement encouragés à prendre plus de décisions pour eux-mêmes concernant leur vie dans la maison de soins, comme le lieu où recevoir les visites et l’heure à laquelle voir un film, alors que les membres de l’autre groupe étaient explicitement encouragés à se laisser aider par le personnel pour ce genre de décision.
Dans le cadre de cette étude, chaque personne recevait également une plante verte à mettre dans sa chambre. Toutefois, des choses différentes étaient dites aux membres de chaque groupe au sujet de la plante qui leur était donnée. Aux personnes du premier groupe, qui avaient été encouragées à prendre des décisions pour elles-mêmes, on disait par exemple « Cette plante va embellir votre chambre. C’est votre plante à présent, qu’elle vive ou meure dépend de vous. Vous déciderez quand l’arroser, quelle place lui conviendra le mieux ». Aux personnes de l’autre groupe, qui avaient été encouragées à se laisser aider par le personnel dans les prises de décisions, on disait par exemple « Cette plante embellir un peu votre chambre. Mais ne vous inquiétez pas, vous ne devez pas l’arroser ni vous en occuper. La femme de ménage le fera pour vous ».
Le Dr Rodin et le Dr Langer observèrent après un an et demi qu’un certain nombre de personnes étaient décédées dans chaque groupe, comme on pouvait le prévoir pour des résidents âgés d’une maison de soins. Mais la découverte remarquable fut la différence importante apparue entre les deux groupes dans le nombre de personnes décédées au cours de la même période. Les personnes encouragées à laisser le personnel les aider dans la prise de décisions concernant les visites et d’autres détails de leur vie, et auxquelles on avait également dit que le personnel prendrait soin de la plante qu’elles avaient reçue, étaient décédées dans les mêmes proportions que celles habituellement constatées dans cette maison de soins. Par contre, les personnes encouragé à prendre des décisions les concernant et auxquelles on avait dit qu’elles étaient responsables de la plante, étaient décédées dans des proportions inférieures d’environ la moitié des proportions habituelles !
Le Dr Rodin et le Dr Langer conclurent de ces résultats que la possibilité pour ces résidents de la maison de soins de prendre davantage de contrôle dans leur vie, même pour de « petites » décisions, comme le moment où arroser leur plante, avait en quelque sorte un effet retardataire sur leur mort. Quiconque est familier des maisons de soins, sait que bien peu de choses y sont sous le contrôle des personnes. (Cette interprétation concorde avec les travaux du Dr Kobasa sur la résilience, qui identifient le contrôle comme facteur important de résistance à la maladie.)
J’ai été personnellement amené à une interprétation complémentaire qui donne un éclairage un différent. Dire aux pensionnaires qu’ils étaient responsables plante, leur donnait une occasion de se relier à la plante, de se sentir quelque peu nécessaires. Ils ont peut-être senti que la plante dépendait d’eux pour son bien-être. Cette façon de voir l’expérience souligne plus la connexion entre la personne et la plante, qu’un contrôle de la personne sur la plante. Même en décidant le lieu d’accueil des visiteurs et le jour du cinéma, il est à tout le moins plausible que les résidents encouragés à prendre des décisions pour eux-mêmes se soient sentis plus impliqués et en lien avec la maison de soins, et qu’ils y aient également senti un degré d’appartenance plus élevé, contrairement à l’autre.
Quand vous- vous sentez connecté à quelque chose, cette connexion vous donne immédiatement un but dans la vie. La relation elle-même donne un sens à la vie. Nous avons déjà vu que les relations, même les relations à des animaux de compagnie, protègent la santé. Nous avons aussi vu que l’affiliation, le sentiment de sens, et un sens de cohérence sont des attributs du bien-être.
Le sens et la relation sont les fils de la connexion. Ils tissent votre vie individuelle en une tapisserie plus vaste, en un tout plus grand, qui donne réellement à votre vie son individualité. Dans le-cas-de l’expérience de la plante dans la maison de soins, nous pouvons supposer-que les personnes qui avaient reçu la plante-mais à qui on n’avait pas dit qu’elles devaient en être responsables allaient probablement moins développer ce genre de relation, de connexion avec la plante. Il est plus probable qu’elles voyaient la plante-comme un élément neutre de plus dans la pièce, comme un meuble, plutôt que comme quelque chose qui dépendait d’elles pour son bien-être.
À mon avis, la connexion peut être ce qu’il y a de plus fondamental en ce qui concerne la relation de l’esprit à la santé physique et émotionnelle.
(Dr Jon Kabat-Zinn John, « Au cœur de la tourmente, la pleine conscience » (1989), J’ai Lu n°9 932, 2012, Préfaces de Thich Nhat Hanh (1989) et Christophe André (2009), p.387-390)
Jon Kabat-Zinn est l’inventeur d’une méditation accessible à tous : la « méditation en pleine conscience ». À ce jour [en 2012], plus de 550 centres, hôpitaux ou cliniques utilisent la MBSR aux États-Unis, et plus de 700 à travers le monde, l’utilisent comme outil de soin.


Nénuphars, Jardin Majorelle, Marrakech (Maroc)

mercredi 13 novembre 2013

Calmer et s’ouvrir aux autres : le rôle du nerf vague

Le nerf vague relie le cerveau au cœur et à divers autres organes. En situation de peur, quand notre cœur bat la chamade et que nous sommes prêts à prendre la fuite ou à faire face à un adversaire, c’est lui qui ramène le calme dans notre organisme et facilite la communication avec l’autre.
En outre, le nerf vague stimule les muscles faciaux, nous permettant d’adopter des expressions en harmonie avec celles de notre interlocuteur et de le regarder fréquemment dans les yeux. Il ajuste aussi les minuscules muscles de l’oreille médiane qui permettent de se concentrer sur la voix de quelqu’un au milieu d’un bruit ambiant. Son activité favorise ainsi les échanges et accroît les possibilités de résonance positive.
Le tonus vagal reflète l’activité du nerf vague et peut être évalué en mesurant l’influence du rythme respiratoire sur le rythme cardiaque. Un tonus vagal élevé est bon pour la santé physique et mentale. Il accélère les battements du cœur quand nous inspirons (ce qui permet de distribuer rapidement le sang fraîchement oxygéné) et les ralentit quand nous expirons (ce qui le ménage à un moment où il est inutile de faire circuler le sang rapidement). Normalement, notre tonus vagal est extrêmement stable d’une année sur l’autre, influençant notre santé au fil du temps. Cependant, il diffère notablement d’une personne à l’autre.
On a constaté que ceux qui ont un tonus vagal élevé s’adaptent mieux physiquement et mentalement à des circonstances changeantes, sont plus aptes à réguler leurs processus physiologiques internes (sucre sanguin, réponse inflammatoire) ainsi que leurs émotions, leur attention et leur comportement. Ils sont moins sujets aux crises cardiaques et récupèrent plus rapidement en cas d’infarctus. Le tonus vagal est aussi un indicateur de la robustesse du système immunitaire. Par ailleurs, un tonus vagal élevé est associé à une diminution de l’inflammation chronique qui, elle, augmente les risques d’accident vasculaire cérébral, de diabète et de certains types de cancers.
Ces données quelque peu techniques prennent une importance particulière lorsque l’on sait que Barbara Fredrickson [de l’université de Caroline du Nord] et son équipe ont démontré qu’il était possible d’améliorer considérablement le tonus vagal en ayant recours à la méditation sur l’amour altruiste.
(Matthieu RICARD, « Plaidoyer pour l’altruisme, la force de la bienveillance » (2013), Éditions NiL, p.85-86)

À Bruges (Belgique)

dimanche 10 novembre 2013

L'exploration intérieure : le plus important de tous les voyages

« À quoi bon aller sur la Lune si nous sommes incapables de franchir l’abîme qui nous sépare de nous-mêmes ? Voilà le plus important de tous les voyages d’exploration et, sans lui, tous les autres sont non seulement vains, mais causes de désastre. »
(Thomas MERTON, cité par SOGYAL Rinpoché, « Étincelles d’éveil » (1995), Pocket n°14 913, 2013, pensée du 25 mai)

Pays Kasséna (Burkina-Faso)

jeudi 7 novembre 2013

L'expérience de l'ours blanc

Faut-il arrêter de penser ?
Essayez le petit exercice suivant. Mettez ce livre de côté et, pendant une minute ou deux, évitez de penser à un ours blanc.
Alors, vous y êtes arrivé ?
Pas vraiment, j’imagine. Lorsqu’ils reçoivent cette consigne, la plupart des gens ne peuvent s’empêcher de penser à des ours blancs. Et ce qui se passe réellement est plus surprenant que vous ne le pensez. Pour les besoins d’une expérience rendue publique en 1987, le psychologue Daniel Wegner et ses collègues ont divisé des étudiants en deux groupes. Le premier devait ne pas penser à un ours blanc pendant cinq minutes et le second devait y penser délibérément. Comme on pourrait s’y attendre, les sujets du premier groupe ont été incapables de réprimer la pensée d’un ours blanc. Puis les deux groupes ont reçu la consigne de penser délibérément à un ours blanc pendant cinq autres -minutes. Les étudiants à qui on avait demandé de réprimer leurs pensées dans la première phase de l’expérience se sont mis à songer beaucoup plus souvent à un ours blanc que ceux du second groupe. Comme le montre notamment cette étude, ce à quoi nous résistons persiste. Notre esprit est affamé, toujours en quête d’éléments susceptibles de l’occuper et de le faire cogiter moment après moment.
Tentons une autre expérience, si-vous le voulez bien. Mettez de nouveau ce livre de côté et, assis les yeux fermés laissez votre esprit s’apaiser et toutes vos pensées s’arrêter complètement pendant quelques minutes à peine.
Alors, vous y êtes arrivés ? Sans doute pas, comme pour l’exercice précédent. La plupart d’entre nous sommes naturellement pourvus d’un esprit semblable à un singe qui bondit dans tous les sens, s'accroche aux feuilles et aux branches de notre conscience, pense à ceci, puis à cela, de manière presque aléatoire.
Mais si réprimer nos pensées ne fonctionne pas, comment pouvons-nous calmer notre esprit-singe ? Comment pouvons-nous l'amener à une forme d'apaisement, à une attention soutenue dans l'instant présent ? Il suffit d'observer le comportement d'un jeune enfant totalement absorbé par l'examen de la paume de sa main, parfois pendant des minutes entières, pour avoir un début de réponse. L'esprit humain semble doté de mécanismes innés capables de générer une attention soutenue, vigilante et engagée. Nous devons juste apprendre à les utiliser.
Quand nous étions beaucoup plus jeunes, nous le faisions spontanément. Depuis, les exigences quotidiennes ont encombré notre esprit et notre attention s'est fragmentée. Dans la vie professionnelle plus qu'ailleurs ce phénomène est flagrant et ses conséquences se manifestent sous la forme d'erreurs coûteuses, de querelles inutiles, d'actions inefficaces, de doublons, de confusion et — peut-être surtout — de stress. Mais la bonne nouvelle, c'est que, par la pratique de la méditation, vous pouvez entraîner votre esprit à ramener encore et encore votre attention vagabonde sur un objet unique.
(CHASKALSON Michael, « Méditer au travail pour concilier sérénité et efficacité » (2011), Préface de Christophe ANDRÉ (2013), CD audio d’exercices conçus et lus par Christophe ANDRÉ (2013), Éditions des Arènes 2013, p. 58-61)


mardi 5 novembre 2013

Un coussin, un mur, le silence (II)

Si le cerveau était un système inerte, l’expérience n’aurait aucun intérêt. Soumis à des stimulations sensorielles constantes, l’activité cérébrale convergerait rapidement vers un mode stable et stationnaire. Il ne se passerait rien, et le maintien de l’attention sur la respiration ne présenterait aucune difficulté. Cela ne ferait rien de faire du zen. Mais le cerveau ne se contente pas de réagir au monde extérieur comme un piano sous les doigts du pianiste. Quand le monde laisse ses doigts sur les touches sans les relever, le cerveau continue à jouer tout seul, en improvisant, et cette petite musique vient sans cesse capturer l’attention : il est extrêmement difficile, même dans un lieu calme, de rester concentré sur sa respiration. C’est le premier enseignement de cette expérience.
On aurait pu s’en douter, car le mouvement régulier et léger de la respiration n’a aucune des caractéristiques qui attirent habituellement l’attention, pour la capturer et la captiver. La respiration est une sensation ténue, répétée et dénuée de toute valeur émotionnelle. Mais cet argument ne peut pas expliquer à lui seul la difficulté de l’exercice, car la respiration n’est en compétition avec aucun stimulus du monde extérieur ; et, sur le plan intérieur, seules quelques sensations corporelles, musculaires notamment, pourraient distraire l’attention, mais elles ne sont guère plus palpitantes.
Et pourtant, l’attention s’éloigne sans cesse de sa cible. Essayez de maintenir votre attention sur votre respiration pendant quelques minutes et vous verrez par vous-même : l’expérience révèle l’existence de mouvements naturels de l’attention, qui n’ont pas d’autre cause que la dynamique spontanée et autoentraînée de l’activité cérébrale. C’est le deuxième enseignement de cette expérience. Un enseignement déconcertant, voire fascinant, au point que certaines personnes décident de répéter l’expérience encore et encore, en passant de longues heures en silence face à leur mur à user des coussins, jusqu’à développer une connaissance intuitive et directe de cette dynamique et des lois qui la gouvernent, comme un marin apprend à connaître les vents qui gonflent ses voiles. Pourquoi cet acharnement ? Peut-être parce que ce savoir-faire peut se révéler utile une fois l’expérience terminée, lorsqu’il est temps de se lever et de retourner dans le chaos du monde, non pas pour arrêter le souffle du vent, mais pour comprendre ses caprices et savoir y faire face.
Pour l’heure, retenons simplement que le cerveau n’est pas un piano, ou alors un modèle étrange capable de poursuivre sa petite musique tout seul quand le musicien a cessé de jouer. Le cerveau est en permanence actif et les stimulations du monde extérieur ne font que moduler une activité déjà existante. Du point de vue du propriétaire de ce cerveau, le sujet de l’expérience, le petit concert prend principalement la forme d’images mentales, de sensations corporelles et d’impressions sonores, éventuellement verbales, accompagnées ou non d’un ressenti émotionnel ; tout ce que nous appelons couramment les pensées.
(LACHAUX Jean-Philippe, « Le cerveau attentif ; Contrôle, maîtrise et lâcher-prise » (2011), Éditions Odile Jacob Poche n°328, 2013, p.201-202)

Erg Mehedjebat (Algérie)

samedi 2 novembre 2013

Un coussin, un mur, le silence (I)

Si vous avez un jour l’occasion de pratiquer la méditation assise silencieuse, telle qu’elle est enseignée justement dans le zen, vous bénéficierez d’une place de choix pour assister au film de vos pensées, au quatrième rang et au centre, sans personne devant vous. Contrairement à une croyance commune, le principe de ce genre de pratique n’est pas forcément de ne penser à rien ou de faire le vide, ce qui reviendrait à arrêter e film, mais plutôt de voir le cerveau en action quand il devrait être au repos.
Croyez-moi, une séance de zen ressemble beaucoup à une expérience de neurosciences cognitives. Le participant est placé dans un endroit calme et reçoit une consigne simple, qui définit l’exercice à réaliser pendant la durée de l’expérience. Dans les premiers temps, cette consigne consiste généralement à porter une attention légère, mais soutenue à sa respiration. L’analogie avec une tâche comme celle de Posner, demandant au sujet de porter une attention soutenue vers le côté gauche de l’écran d’ordinateur, est évidente. Sur le plan du protocole expérimental, la seule différence vient de la modalité sensorielle à laquelle il faut faire attention : somato-sensorielle dans un cas, visuelle dans l’autre. La différence entre une séance de zen et une expérience de neurosciences cognitives ne réside donc pas dans la tâche elle-même, mais dans le mode d’observation de l’activité cérébrale. Dans le zen, le cerveau n’est pas observé de l’extérieur, mais de l’intérieur. Le sujet n’observe pas à proprement parler l’activité de ses neurones, mais la manifestation consciente de cette activité, ce que cela fait d’avoir des neurones qui s’activent. L’expérience s’appuie donc sur un principe selon lequel la perception que nous avons à chaque instant du monde et de nous-même est pour une large part la trace consciente de notre activité cérébrale. Si vous acceptez ce principe, la période de méditation n’est alors rien d’autre qu’un temps privilégié pour observer son cerveau en action, ou plus exactement, ce que cela fait d’avoir un cerveau en action.
La particularité de l’exercice, par rapport à une simple balade dans la rue, tient au fait que le participant est dans un environnement stable et calme, avec une cible attentionnelle bien définie : la respiration. Par exclusion, toutes les autres sensations sont donc des distracteurs. Par ailleurs, le contexte particulier dans lequel a lieu l’expérience met le participant à l’abri de toutes les sources extérieures de distraction évoquées lors des chapitres précédents : bruits intempestifs, images distrayantes, conversations, etc. La plupart des instructions de méditation [zen] insistent d’ailleurs pour que le participant soit assis en silence face à un mur de couleur unie, pour qu’il n’y ait donc rien, dans l’environnement, qui puisse distraire son attention. Si cette derrière s’éloigne de sa cible, la cause de la distraction est donc forcément une cause interne, autogénérée par le cerveau lui-même.
(LACHAUX Jean-Philippe, « Le cerveau attentif ; Contrôle, maîtrise et lâcher-prise » (2011), Éditions Odile Jacob Poche n°328, 2013, p.199-201)

Erg Mehedjebat, après la pluie (Algérie)

mercredi 30 octobre 2013

La fuite dans l’agitation et la poursuite du plaisir pour éviter de « penser à soi »

« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre» (Blaise Pascal, Pensées 1). Pascal fait allusion ici à la fuite des hommes dans l’agitation et la poursuite du plaisir pour éviter de « penser à soi ». L’art de cultiver la quiétude et la clarté dans sa propre vie se concrétise dans la discipline quotidienne de la méditation. Mais la méditation ne consiste pas seulement à être tranquille et détendu ; elle implique un engagement entier dans toutes les activités de la vie, tout en maintenant le contact avec ce point immobile à l’intérieur de soi, d’où émanent la sagesse et la compassion.
(Dr Jon KABAT-ZINN, « Où tu vas, tu es », 1994, J’ai Lu n°7 516, 2009, p. 9)
Jon Kabat-Zinn est l’inventeur d’une méditation accessible à tous : la « méditation en pleine conscience ». À ce jour [en 2012], plus de 550 centres, hôpitaux ou cliniques utilisent la MBSR aux États-Unis, et plus de 700 à travers le monde, l’utilisent comme outil de soin.


Dans un creux de rocher, Bretagne (France)

lundi 28 octobre 2013

La souffrance peut nous enseigner la compassion

Les circonstances où vous souffrez peuvent être celles où vous êtes le plus ouvert, et votre point de plus grande vulnérabilité peut être, en réalité, le lieu de votre plus grande force.
Dites-vous par conséquent : « Je ne vais pas essayer de me dérober à cette souffrance. Je vais l’employer de la manière la meilleure et la plus féconde possible, afin de grandir en compassion et de devenir plus utile à autrui. » Car, après tout, la souffrance peut nous enseigner la compassion. Si vous souffrez, vous saurez ce qu’éprouvent les autres quand ils souffrent, et si votre rôle est d’assister autrui, c’est votre souffrance qui vous fera trouver la compréhension et la compassion nécessaires.
(SOGYAL Rinpoché, « Étincelles d’éveil » (1995), Pocket n°14 913, 2013, pensée du 20 mai)

Pic du Naouri (Burkina-Faso)

vendredi 25 octobre 2013

L’Empereur et son faucon

Un matin, un Empereur et sa cour partirent à la chasse. Tandis que ses compagnons emportaient arcs et flèches, l’Empereur portait sur le bras son faucon favori – qui était meilleur et plus précis que n’importe quelle flèche, parce qu’il pouvait s’élever dans les cieux, et voir tout ce que l’être humain ne voit pas.
Cependant, malgré tout leur enthousiasme, ils ne trouvèrent rien. Déçu, l’Empereur regagna son campement, mais pour ne pas se décharger de sa frustration sur ses compagnons, il se sépara du cortège et décida de cheminer seul.
Ils étaient restés dans la forêt plus longtemps que prévu, et l’Empereur mourait de fatigue et de soif. À cause de la chaleur de l’été, les ruisseaux étaient à sec, il ne trouvait rien à boire, et puis – miracle ! – il vit devant lui un filet d’eau qui descendait d’un rocher.
Immédiatement, il détacha le faucon de son bras, prit la petite coupe en argent qu’il portait toujours avec lui, mit un long moment à la remplir, et, alors qu’il était sur le point de la porter à ses lèvres, le faucon prit son vol et lui arracha la coupe des mains, la jetant au loin.
L’Empereur était furieux, mais c’était son animal favori, peut-être avait-il soif lui aussi. Il saisit la coupe, nettoya la poussière et la remplit de nouveau. Le verre à demi plein, le faucon l’attaqua de nouveau, renversant le liquide.
L’Empereur adorait son animal, mais il savait qu’il ne pouvait tolérer en aucune circonstance qu’on lui manquât de respect ; quelqu’un pouvait assister de loin à la scène, et plus tard raconter à ses sujets que le grand conquérant était incapable de dompter ne serait-ce qu’un oiseau.
Cette fois, il tira son épée de sa ceinture, s’empara de la coupe, recommença à la remplir – gardant un œil sur la source et l’autre sur le faucon. Dès qu’il vit qu’il y avait assez d’eau, il se prépara à boire ; alors le faucon prit de nouveau son vol et se dirigea vers lui. L’Empereur, d’un coup précis, lui transperça le cœur.
Mais le filet d’eau avait séché. Décidé à boire d’une manière ou d’une autre, il grimpa sur le rocher pour trouver la source. À sa surprise, il y avait vraiment une nappe d’eau et, au milieu, mort, l’un des serpents les plus venimeux de la région. S’il avait bu l’eau, il aurait quitté le monde des vivants.
L’Empereur revint au campement avec le faucon mort dans les bras. Il fit fabriquer une reproduction en or de l’oiseau, et il grava sur une aile :
« Même quand un ami fait quelque chose qui ne te plaît pas, il reste ton ami. »
Sur l’autre aile, il fit écrire :
« Toute action motivée par la fureur est une action vouée à l’échec. »
(Paulo COELHO, « Comme le fleuve qui coule », Flammarion, 2006, J’ai Lu n°8285, 2011, p.42-43)

Chouette (Chouette Hulotte ?)

mardi 22 octobre 2013

Travailler à développer ses capacités de « pleine conscience »

Bonjour et bienvenue.
Merci d’être là. Merci de faire cet effort, l’effort de travailler à quelque chose d’important. Vous avez sûrement beaucoup d’autres choses à faire, plutôt que de vous asseoir et de fermer les yeux pour méditer. Il n’est jamais urgent de méditer. Mais il est important de prendre le temps de le faire, régulièrement. Méditer, c’est comme marcher dans la nature, regarder passer les nuages, écouter le bruit du vent. Ce n’est jamais urgent. C’est juste important, et très intéressant.
Dans ce CD, nous allons travailler ensemble à développer nos capacités de « pleine conscience ». Qu’est-ce que la « pleine conscience » ? C’est à la fois une manière de méditer, qui peut apaiser certaines de nos douleurs, et une manière de vivre, qui peut donner plus de sens à notre existence. Pratiquer la pleine conscience nous invite à faire un choix, le choix de nous arrêter d’agir et de courir, pour simplement nous sentir vivants ici et maintenant. Elle nous invite régulièrement dans nos journées à prendre le temps de ressentir que nous existons. Pour cela, la pleine conscience nous suggère de lâcher pour un moment le futur et le passé, souvent sources de tourments, et de nous tourner doucement vers l’instant présent.
Nous verrons qu’il y a, dans la pleine conscience, la pratique d’un renoncement à trois automatismes qui emprisonnent notre mental. Lorsque nous méditerons, nous renoncerons à juger si ce que nous faisons est bien ou mal, réussi ou raté, pour plutôt observer et permettre à ce qui est là d’être là. Nous renoncerons à obtenir quelque chose de précis, pour plutôt nous rendre présent à ce qui se passe ici et maintenant. Nous renoncerons à choisir – à accueillir le bon et l’agréable, à repousser le désagréable – pour plutôt nous efforcer de ne pas choisir et de tout accueillir en nous. La pleine conscience est bénéfique pour nous, notre santé, notre esprit, notre équilibre émotionnel. De très nombreuses études scientifiques nous le montrent aujourd’hui. Mais c’est la pratique de la pleine conscience qui nous fait du bien, et non pas seulement la connaissance ou le concept de pleine conscience. Le concept de vélo est intéressant, mais c’est la pratique du vélo qui nous fait du bien. Le concept de nourriture est agréable, mais c’est l’acte même de manger qui nous nourrit, pas la pensée de nourriture. Il en est de même pour la pleine conscience.
Le but de ce CD est donc de vous aider à pratiquer la pleine conscience. De vous aider à commencer. De vous aider à continuer. De vous aider à y revenir. Tous les exercices proposés ici peuvent être pratiqués assis, les yeux fermés, mais il est aussi possible de s’y exercer debout ou allongé. Un dernier point. La pleine conscience n’est pas une activité de plus à ajouter à toutes nos autres activités. C’est un état d’esprit, une attitude de l’âme et du corps, pour traverser la vie. Pas une attitude permanente, bien sûr, mais une base, un refuge toujours disponible où nous pourrons toujours nous ressourcer. Une attitude qui consiste à être conscients présents, le plus souvent possible. Une attitude simple et importante, facile – disons d’autant plus facile – que nous nous serons préparés et entraînés en pratiquant régulièrement tous les exercices qui suivent.
(Christophe ANDRÉ, « Méditer, jour après jour », Éd. L’iconoclaste, 2011, Retranscription du texte de la méditation guidée "Accueil et introduction" [1ère piste du CD audio, 4’53’’])


samedi 19 octobre 2013

Tout événement a deux anses, et il n'est pas sage de choisir pour le porter celle qui blesse la main

Sous la pluie
Il y a pourtant assez de maux réels ; cela n'empêche pas que les gens y ajoutent, par une sorte d'entraînement de l'imagination. Vous rencontrez tous les jours un homme au moins qui se plaindra du métier qu'il fait, et ses discours vous paraîtront toujours assez forts, car il y a à dire sur tout, et rien n'est parfait.
Vous, professeur, vous avez, dites-vous, à instruire de jeunes brutes qui ne savent rien et qui ne s'intéressent à rien ; vous, ingénieur, vous êtes plongé dans un océan de paperasses ; vous, avocat, vous plaidez devant des juges qui digèrent en somnolant au lieu de vous écouter. Ce que vous dites est sans doute vrai, et je le prends pour tel ; ces choses-là sont toujours assez vraies pour qu'on puisse les dire. Si avec cela vous avez un mauvais estomac, ou des chaussures qui prennent l'eau, je vous comprends très bien ; voilà de quoi maudire la vie, les hommes, et même Dieu, si vous croyez qu'il existe.
Cependant, remarquez une chose, c'est que cela est sans fin, et que tristesse engendre tristesse. Car, à vous plaindre ainsi de la destinée, vous augmentez vos maux, vous vous enlevez d'avance tout espoir de rire, et votre estomac lui-même s'en trouve encore plus mal. Si vous aviez un ami, et s'il se plaignait amèrement de toutes choses, vous essaieriez sans doute de le calmer et de lui faire voir le monde sous un autre aspect. Pourquoi ne seriez-vous pas un précieux ami pour vous-même ? Mais oui, sérieusement, je dis qu'il faut s'aimer un peu et être bon avec soi. Car tout dépend souvent d'une première attitude que l'on prend. Un auteur ancien a dit que tout événement a deux anses, et qu'il n'est pas sage de choisir pour le porter celle qui blesse la main. Le commun langage a toujours nommé philosophes ceux qui choisissent en toute occasion le meilleur discours et le plus tonique ; c'est viser au centre. Il s'agit donc de plaider pour soi, non contre soi. Nous sommes tous si bons plaideurs, et si entraînants, que nous saurons bien trouver des raisons d'être contents, si nous prenons ce chemin-là. J'ai souvent observé que c'est par inadvertance, et un peu aussi par politesse, que les hommes se plaignent de leur métier. Si on les incline à parler de ce qu'ils font et de ce qu'ils inventent, non de ce qu'ils subissent, les voilà poètes, et joyeux poètes.
Voici une petite pluie ; vous êtes dans la rue, vous ouvrez votre parapluie ; c'est assez. À quoi bon dire : « Encore cette sale pluie ! » ; cela ne leur fait rien du tout aux gouttes d'eau, ni au nuage, ni au vent. Pourquoi ne dites-vous pas aussi bien : « Oh ! la bonne petite pluie ! » Je vous entends, cela ne fera rien du tout aux gouttes d'eau ; c'est vrai ; mais cela vous sera bon à vous ; tout votre corps se secouera et véritablement s'échauffera, car tel est l'effet du plus petit mouvement de joie ; et vous voilà comme il faut être pour recevoir la pluie sans prendre un rhume.
Et prenez aussi les hommes comme la pluie. Cela n'est pas facile, dites-vous. Mais si ; c'est bien plus facile que pour la pluie. Car votre sourire ne fait rien à la pluie, mais il fait beaucoup aux hommes, et, simplement par imitation, il les rend déjà moins tristes et moins ennuyeux. Sans compter que vous leur trouverez aisément des excuses, si vous regardez en vous. Marc-Aurèle disait tous les matins : « Je vais rencontrer aujourd'hui un vaniteux, un menteur, un injuste, un ennuyeux bavard ; ils sont ainsi à cause de leur ignorance. »
(ALAIN, « Propos sur le bonheur » (1928), LXIII, 4 novembre 1907)

Arc-en-ciel , Vosges (France)

mercredi 16 octobre 2013

De l’empathie à la compassion dans un laboratoire de neurosciences (II)

Seule l’empathie se fatigue, pas la compassion
... De là naquit l’idée d’explorer ces différences afin de distinguer plus clairement entre la résonance empathique avec la douleur de l’autre et la compassion éprouvée pour sa souffrance. Nous savions également que la résonance empathique avec la douleur peut conduire, lorsqu’elle est maintes fois répétée, à un épuisement émotionnel et à la détresse. C’est ce que vivent souvent les infirmières, les médecins et les soignants qui sont constamment en contact avec des patients en proie à de grandes souffrances. Ce phénomène appelé burnout en anglais est traduit en français sous les termes « épuisement émotionnel » ou encore « fatigue de la compassion ». Il affecte les gens qui « craquent » lorsque les soucis, le stress ou les pressions auxquels ils doivent faire face dans leur vie professionnelle les affectent au point qu’ils deviennent incapables de poursuivre leurs activités. Le burnout touche tout particulièrement les personnes confrontées quotidiennement aux souffrances des autres, le personnel soignant et les travailleurs sociaux notamment. Aux États-Unis, une étude a montré que 60% du personnel soignant souffre ou a souffert du burnout et qu’un tiers en est affecté au point de devoir interrompre momentanément ses activités.
[...]
À la lumière de ces recherches préliminaires, il semblerait donc logique de former à l’amour altruiste et à la compassion ceux dont le métier consiste à s’occuper quotidiennement de personnes qui souffrent. Une telle formation aiderait également les proches (parents, enfants, conjoints) qui prennent soin de personnes malades ou handicapées. L’amour altruiste crée en nous un espace positif qui sert d’antidote à la détresse empathique et empêche que la résonance affective ne s’amplifie au point de devenir paralysante et d’engendrer l’épuisement émotionnel caractéristique du burnout. Sans l’apport de l’amour et de la compassion, l’empathie livrée à elle-même est comme une pompe électrique dans laquelle l’eau ne circule plus : elle va rapidement s’échauffer et brûler. L’empathie doit donc prendre place dans l’espace beaucoup plus vaste de l’amour altruiste. Il importe également de considérer l’aspect cognitif de la compassion, autrement dit la compréhension des différents niveaux de la souffrance et de ses causes manifestes ou latentes. Ainsi, nous sera-t-il possible de nous mettre au service des autres en les aidant efficacement tout en préservant notre force d’âme, notre bienveillance et notre paix intérieure. Comme l’écrit Christophe André : « Nous avons besoin de la douceur et de la force de la compassion. Plus on est lucide sur ce monde, plus on accepte de le voir tel qu’il est, et plus on se rend à cette évidence : nous ne pouvons rencontrer toutes les souffrances que l’on rencontre dans une vie d’humain, sans cette force et sans cette douceur ». (p.76)
 (Matthieu RICARD, « Plaidoyer pour l’altruisme, la force de la bienveillance » (2013), Éditions NiL, p.68-69 + 76)

Désert blanc (Égypte)

lundi 14 octobre 2013

De l’empathie à la compassion dans un laboratoire de neurosciences (I)

En 2007, je me trouvais avec Tania Singer dans le laboratoire de neurosciences de Rainer Goebel à Maastricht, en tant que collaborateur et cobaye d’un programme de recherche sur l’empathie. Tania me demandait d’engendrer un puissant sentiment d’empathie en imaginant des personnes affectées par de grandes souffrances. Tania utilisait une nouvelle technique d’IRMf (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle) ... qui présente l’avantage de suivre les changements d’activité du cerveau en temps téel (IRMf-tr), alors qu’habituellement les données ne peuvent être analysées qu’a posteriori. [...]
[...] L’analyse complète des données, réalisée ultérieurement, confirma que les réseaux cérébraux activés par la méditation sur la compassion étaient très différents de ceux liés à l’empathie que Tania étudiait depuis des années. Dans les études précédentes, des personnes non entraînées à la méditation observaient une personne qui était assise près du scanner et recevait des décharges électriques douloureuses dans la main. Ces chercheurs ont alors constaté qu’une partie du réseau cérébral associé à la douleur est activée chez les sujets qui ne font qu’observer quelqu’un en train de souffrir. Ils souffrent donc de voir la souffrance de l’autre. Plus précisément, deux aires du cerveau, l’insula antérieure et le cortex cingulaire, sont fortement activées lors de cette réaction empathique et leur activité est corrélée avec une expérience affective négative de la douleur.
Lorsque je m’engageai dans la méditation sur l’amour altruiste et la compassion, Tania constata que les réseaux cérébraux activés étaient très différents. En particulier, le réseau lié aux émotions négatives et à la détresse n’était pas activé lors de la méditation sur la compassion, tandis que certaines aires cérébrales traditionnellement associées aux émotions positives, à l’amour maternel, par exemple, l’étaient.
(Matthieu RICARD, « Plaidoyer pour l’altruisme, la force de la bienveillance » (2013), Éditions NiL, p.67-68)

Désert blanc (Égypte)

vendredi 11 octobre 2013

Stabilité de l’esprit

À mesure que votre esprit se stabilise, accordez une attention particulière à la tonalité affective neutre. Les tonalités agréables ou désagréables entraînent une activité cérébrale plus importante que les tonalités neutres, car elles comportent davantage de choses auxquelles penser et réagir. Votre cerveau ayant naturellement tendance à négliger les stimuli neutres, vous devez faire un effort conscient pour leur accorder durablement votre attention. Si vous sensibilisez votre esprit aux aspects neutres de l’expérience, il acceptera plus volontiers leur compagnie et sera moins enclin à poursuivre des récompenses ou à guetter des dangers. Avec le temps, la tonalité neutre peut devenir... un moyen d’accéder à la tranquillité du fondement de l’être, qui ne change jamais et est toujours le même.
(HANSON Rick et MENDIUS Richard, « Le cerveau de Bouddha : Bonheur, amour et sagesse au temps des neurosciences » (2009), Pocket n°15 216, 2013, Préface de Christophe André, p.167)

Échasse blanche, Île de Torcello, Lagune de Venise (Italie)

mardi 8 octobre 2013

États d’âme positifs

Bonne humeur, allégresse, sérénité, confiance, sympathie, estime, etc. Outre leur dimension agréable, que nous apportent nos états d’âme positifs ?
Tout d’abord, ils nous permettent un meilleur autocontrôle : c’est-à-dire qu’ils nous aident à nous engager dans des comportements nécessitant une contrainte immédiate pour des bénéfices différés, par exemple faire des efforts aujourd’hui (régime, exercice) pour sa santé de demain. C’est pour cela, en partie, que les tendances dépressives et anxieuses sont si souvent associées à des « comportements de santé » défaillants (davantage de consommation d’alcool, de tabac, moins d’exercice physique). Et aussi que les personnes faisant un régime alimentaire ou se sevrant de l’alcool ou du tabac sont si vulnérables aux oscillations de leurs états d’âme : de nombreuses rechutes sont liées aux coups de spleen ou de stress.
Les états d’âme positifs donnent aussi davantage de discernement envers les buts à se fixer pour réussir : si on va bien dans sa tête, on réussira davantage de choses parce qu’on aura soin (inconsciemment) de s’engager de préférence dans des démarches comportant une chance raisonnable de succès. Alors que les sujets englués dans des états d’âme plus douloureux risquent, lorsqu’ils ne seront pas victimes de renoncements prématurés, de faire des choix au-dessus de leurs forces ou de leurs capacités. Dans ce second cas, comme ils auront aussi tendance à être moins flexibles mentalement, ils persisteront trop longtemps.
Par ailleurs, être de bonne humeur ne nous rend pas aveugles et sourds à ce qui ne va pas ou pourrait être amélioré et ne nous empêche pas d’évoluer : c’est même le contraire. Ainsi, on a montré que l’écoute des critiques qu’on leur adressait était meilleure chez les personnes mises de bonne humeur.
Les états d’âme positifs rendent aussi plus persuasif et convaincant. Ils nous aident à mieux mémoriser ce qui nous est utile. Cela explique pourquoi il est important de créer une ambiance affective positive au travail ou dans l’enseignement, si l’on veut que nos conseils soient mieux écoutés et retenus. Même notre créativité est accrue par nos états d’âme positifs. La souffrance ne conduit à un accroissement de créativité (vous savez, les études montrant que les artistes sont souvent tourmentés…) qu’une fois surmontée et qu’une fois revenue notre aptitude à aimer la vie, même de manière imparfaite et maladroite…
...
(Christophe ANDRÉ, « Sérénité, 25 histoires d’équilibre intérieur », Éd. Odile Jacob, 2012, p. 19-21)

Fresque du XIVe siècle
Église de Saint Jean-Baptiste à Bohinj (Slovénie)

samedi 5 octobre 2013

Simplifier la vie

Il m’arrive souvent d’avoir l’impulsion d’introduire quelque chose en plus dans le moment présent. Encore un coup de téléphone, encore un petit arrêt sur mon chemin avant d’arriver ici.
J’ai appris à identifier cette pulsion et à m’en méfier. Je travaille dur à lui résister. Elle m’incite à lire pour la énième fois le contenu diététique sur la boîte de céréales en prenant mon petit déjeuner. Cette impulsion se nourrit de n’importe quoi pourvu que ça occupe ailleurs. Le journal du matin est la tentation idéale, ou le catalogue de jardin, ou n’importe quel écrit qui traîne. Elle récupère tout pour m’abrutir avec la complicité de mon esprit embrumé. Elle me remplit le ventre sans que je puisse vraiment apprécier mon petit déjeuner. Cette pulsion ravageuse me rend parfois indisponible à ce qui m’entoure. Ainsi, je ne vois pas le rayon de lumière jouer sur la table…
Il me plaît de simplifier ma vie afin de contrecarrer de telles impulsions et de permettre à toute nourriture d’alimenter mes racines profondes. Cela signifie que je m’efforce de ne faire qu’une seule chose à la fois. D’être disponible aussi. ... Simplifier la vie veut dire moins de déplacements au cours d’une journée, voir moins afin de voir mieux, faire moins afin de faire plus, acquérir moins afin de posséder plus. Tout est lié. ... Cependant, parmi le chaos organisé [de la vie quotidienne], la complexité de la vie de famille, ses frustrations et ses dons merveilleux, il y a toujours moyen de choisir la simplicité dans les petites choses. ... Ralentir le rythme nous simplifie la vie. ...
Je m’efforce de dire non, afin de me simplifier la vie, mais c’est difficile. C’est véritablement une discipline ardue qui mérite tous nos efforts. Parfois, il s’agit d’un choix délicat, car il y a des opportunités et des demandes auxquelles il faut répondre. Cela exige une adaptation, une réévaluation constantes. Mais je me suis rendu compte que le principe de simplifier les choses de la vie me rend attentif à ce qui est important, à la corrélation entre l’esprit et le corps et l’univers entier. On ne peut jamais tout contrôler ; mais le choix de la simplicité ajoute à l’existence un sentiment de liberté qui nous échappe si souvent et l’occasion de découvrir que le moins est peut-être le plus.
(Dr Jon KABAT-ZINN, « Où tu vas, tu es », 1994, J’ai Lu n°7 516, 2009, p.83-85)
Jon Kabat-Zinn est l’inventeur d’une méditation accessible à tous : la « méditation en pleine conscience ». À ce jour [en 2012], plus de 550 centres, hôpitaux ou cliniques utilisent la MBSR aux États-Unis, et plus de 700 à travers le monde, l’utilisent comme outil de soin.

« Simplicité, simplicité, simplicité ! Je vous le dis, n’ayez que deux ou trois affaires en cours, et non des centaines ou des milliers…
Au milieu de cette mer agitée de la vie civilisée, il faut affronter tant de tempêtes et de sables mouvants que l’homme qui réussit à survivre sera certes un navigateur avisé pour ne pas sombrer par le fond et pour arriver enfin à bon port. Simplifiez, simplifiez ! » (Henry David THOREAU, « Walden », 1854)

Passiflore, Burano (Italie)

mercredi 2 octobre 2013

Éteindre le feu de la colère

Sauvegarder sa maison
Quand quelqu’un nous blesse par ses paroles ou par ses actes, nous avons tendance à prendre des mesures de rétorsion, afin que cette personne souffre à son tour. Nous espérons ainsi diminuer notre propre tourment : « Je veux te punir. Je veux que tu souffres parce que tu m’as blessé, et quand je te verrai souffrir intensément, je me sentirai bien mieux. »
Bon nombre d’entre nous pensent qu’un comportement aussi puéril est justifié. En réalité, en agissant ainsi, vous inciterez l’autre à se venger. Il en résultera une escalade dans la souffrance de part et d’autre. En fait, vous avez tous deux besoin de compassion et d’aide, pas d’une punition.
Chaque fois que vous êtes blessé, irrité, regardez en vous-même et prenez grand soin de vos émotions. Ne dites rien, ne faites rien. Tout ce que vous pourrez dire ou faire sous l’empire de la colère pourrait détériorer encore plus votre relation.
Rares sont ceux qui font l’effort de se comporter ainsi. Nous sommes peu enclins à regarder en nous-mêmes. Nous voulons rendre coup pour coup afin de punir l’autre.
Si un incendie ravage votre maison, la chose la plus urgente à faire est de tenter de l’éteindre, et non de courir après celui que vous croyez être responsable. Si vous le pourchassez, les flammes réduiront votre maison en cendres. II ne serait pas sage d’agir ainsi. Vous devez absolument tout faire pour l’éteindre. De même, lorsque vous êtes en colère, en continuant à vous disputer avec l’autre personne, en cherchant à la punir, vous agissez exactement comme celui qui court après l’incendiaire pendant que sa maison est dévorée par les flammes.
(Thich Nhat Hanh, « La colère », Pocket n°11 727, 2011, p.27-28)

Un visage où la colère est empreinte est tout à fait contre nature. Lorsque souvent elle s’y retrace, sa beauté se meurt et finit par s’éteindre, si bien qu’il n’est plus absolument possible de la ranimer. Efforce-toi de conclure de ce fait, que cet état est contraire à la raison…
(MARC-AURÈLE [121–180 ap. J-C], « Pensées pour moi-même », Livre XXVII, XXIV)


Calao terrestre

dimanche 29 septembre 2013

Nous accumulons les choses parce que nos cœurs sont vides.

 Le trésor, dans la caverne qui disparaît
Un villageois passait un jour devant une caverne creusée dans une montagne, et c’était le moment précis où cette caverne faisait une de ses rares apparitions permettant à tous ceux qui le désiraient s’enrichir de ses trésors. L’homme entra donc dans la caverne et découvrit des amoncellements de bijoux et de pierres précieuses qu’il fourra en toute hâte dans les sacoches de selle de son âne, parce qu’il connaissait la légende selon laquelle la caverne ne serait accessible que pour une très brève période de temps, de sorte qu’il fallait se hâter de saisir ses trésors.
L’âne était chargé au maximum et l’homme se remettait en route, quand il se souvint tout à coup qu’il avait laissé son bâton dans la caverne. Mais le moment était arrivé pour la caverne de disparaître : elle disparut, l’homme disparut avec elle et on ne le revit jamais plus.
Après l’avoir attendu un an ou deux, les villageois vendirent le trésor qu’ils avaient trouvé sur le dos de l’âne et devinrent les bénéficiaires de la bonne chance de l’infortuné bonhomme.
Quand le moineau construit son nid dans la forêt, il n’occupe qu’une branche. Quand le cerf étanche sa soif à la rivière, il ne boit pas plus que son estomac ne peut contenir.
Nous accumulons les choses parce que nos cœurs sont vides.

(Anthony de Mello, s.j., « Histoires d’humour et de sagesse » [1987], Éd. Albin Michel poche 2011 n°172, p.87-89)

Grenier collectif, Ksar Ouled Soltane (Tunisie)

vendredi 27 septembre 2013

Apaiser ses doutes

Ne prenons pas les doutes trop au sérieux. Ne les laissons pas prendre des proportions démesurées, ne devenons pas manichéens ou fanatiques à leur égard. Ce lien passionnel que notre culture nous a conditionnés à entretenir avec le doute, apprenons plutôt à le transformer peu à peu en une relation libre, pleine d’humour et de compassion. Cela signifie qu’il nous faut accorder du temps aux doutes et à nous-mêmes, afin de trouver à nos questions des réponses qui ne soient pas simplement intellectuelles ou « philosophiques » mais vivantes, réelles, authentiques et pratiques.
Les doutes ne peuvent pas être résolus instantanément mais, si nous sommes patients, un espace apparaîtra en nous au sein duquel ils pourront être soigneusement et objectivement examinés, clarifiés, dissipés et apaisés. Ce qui nous manque, dans notre culture en particulier, c’est un environnement approprié, libre de distraction, riche et spacieux pour notre esprit. Il ne peut être créé que par une pratique assidue de la méditation, et c’est dans cette atmosphère que nos aperçus de la sagesse auront la possibilité de croître et d’arriver peu à peu à maturité.
(SOGYAL Rinpoché, « Étincelles d’éveil » (1995), Pocket n°14 913, 2013, pensée du 16 novembre)

Pic du Naouri (Burkina-Faso)

mardi 24 septembre 2013

Créer de nouvelles habitudes de l’esprit

Il me regarda en silence pendant quelques instants, puis prit un verre d’eau, un verre à pied en cristal d’une finesse presque irréelle. Il le porta au-dessus de la pyramide de safran [disposée au centre de la table dans des assiettes en argent] et commença à l’incliner lentement. Je ne quittai pas des yeux le cristal ciselé dans lequel l’eau apparaissait lumineuse.
- Nous naissons tous avec le même potentiel en matière de confiance en soi, dit-il. Puis nous recevons les commentaires de nos parents, nos nounous, nos instituteurs…
Une goutte d’eau se détacha et tomba sur le sommet de la pyramide, formant comme une loupe grossissant à l’excès chaque particule orange de la précieuse épice. La goutte sembla hésiter puis se fraya lentement un chemin, dévalant la pente. En accélérant jusqu’à la base.
- Si par malchance, reprit-il, ils tendent tous dans un sens négatif, formulant des critiques, des reproches, attirant notre attention sur nos manquements, nos erreurs et nos échecs, alors le sentiment d’insuffisance et d’autocritique s’inscrivent dans nos habitudes de pensée.
Il inclina de nouveau le verre, lentement, et une deuxième goutte tomba au même endroit. Elle hésita à son tour puis emprunta le même chemin que la première. La troisième goutte fit de même, plus vite que la précédente. Au bout de quelques secondes, un sillon s’était dessiné et les gouttes s’y précipitaient, le creusant un peu plus à chaque passage.
- À la longue, la plus petite des maladresses nous met mal à l’aise, le plus secondaire des échecs nous amène à douter de nous, et la plus insignifiante des critiques nous déstabilise et nous fait perdre nos moyens. Le cerveau s’habitue à réagir négativement, les liens neuronaux se renforçant à chaque expérience. …
- Il y a moyen de sortir de ce cercle infernal ? demandai-je.
- Ce n’est pas définitif, en effet. Mais c’est difficile d’en sortir. Cela demande des efforts…
Il pencha la tête de côté et, déposant une nouvelle goutte d’eau sur le sommet de la pyramide, il souffla dessus suffisamment pour l’obliger à prendre une autre direction. Elle se fraya lentement un nouveau chemin jusqu’à la base.
- Et surtout, reprit-il, ces efforts doivent être impérativement soutenus dans le temps. Car notre esprit est très attaché à nos habitudes de pensée, même lorsqu’elles font souffrir.
Il renversa une nouvelle goutte sur la pointe du monticule et elle se précipita dans l’ancien sillon.
- Ce qu’il faut, dit-il, c’est…
Il maintint un souffle continu, comme il l’avait fait précédemment, et les gouttes suivantes furent contraintes d’emprunter le nouveau chemin, creusant progressivement un nouveau sillon. Au bout d’un moment il cessa de souffler, et les gouttes continuèrent de suivre cette nouvelle voie.
- … c’est créer de nouvelles habitudes de l’esprit. Reproduire suffisamment souvent des pensées valorisantes associées à des émotions positives, jusqu’à ce que de nouveaux liens neuronaux. Se créent, se renforcent, puis deviennent prépondérants. Cela prend du temps.
Je ne quittais pas des yeux la belle pyramide orange, maintenant creusée de deux sillons bien marqués.
...
(GOUNELLE Laurent, « Dieu voyage toujours incognito », éd. Anne Carrière, 2010, p.185-187)

Exposition Folon, parc de La Hulpe [2008] (Belgique)