samedi 17 décembre 2011

Ensemencer la nuit

"Les pensées positives du soir:
Cet exercice est un classique de la psychologie positive. Il consiste à se demander chaque soir peu avant de s’endormir : quels bons moments ai-je vécus aujourd’hui ? Souvent, les personnes à qui l’on propose ce travail commencent par chercher non pas de bons moments mais des grands moments, des grandes joies. En fait, ce sont simplement des petits bonheurs que l’on suggère d’évoquer, dans une démarche simple. Nous disposons de travaux montrant les bénéfices de ces exercices. Bénéfices qui semblent plus clairs encore lorsqu’on demande de centrer ces pensées positives sur des états d’âme de gratitude : en quoi ces bons moments que j’ai vécus sont-ils dus à d’autres personnes ? Penser alors aux gestes directs dont j’ai bénéficié, mais aussi indirects : les humains qui ont créé et entretenu le sentier sur lequel j’ai marché, ceux qui ont écrit et joué la musique que j’ai écoutée, fait pousser le fruit que je mange …"

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009 [2011 pour l’édition poche, n°295], p. 401-402

Coings

Guérir la colère

"À force d’explorer les méandres de nos motivations inconscientes, la psychologie moderne a fini par considérablement sous-estimer l’importance de nos décisions conscientes dans les processus de changement. Or décider de laisser de moins en moins de place à la colère et au ressentiment dans sa vie, c’est possible. En tout cas, ce qui est possible, c’est de décider d’y travailler. En Sachant que, comme dans tous les combats contre les habitudes, il y aura de nombreuses rechutes et retours de ressentiment : nous devons accepter que ça revienne régulièrement sans le considérer comme la preuve que c’est impossible, mais simplement que ces retours font partie du processus de changement. En France, et plus généralement dans les pays latins, les efforts à faire face à la colère ne sont guère soulignés, et il existe davantage de livres consacrés de manière plus ou moins directe à l’éloge de la colère ou au droit à la colère, que de manuels expliquant comment la contrôler. Dans d’autres pays, la colère est prise plus au sérieux : aux États-Unis par exemple, mais aussi dans bien d’autres endroits, existent des centres de soins spécialisés et des sites Internet dédiés aux colériques qui veulent ne plus l’être".

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009 [2011 pour l’édition poche, n°295], p. 158

Le gardien du temple, Ladakh

Guérir la dépression...durablement

"… Notre biologie cérébrale est malléable : c’est ce qu’on appelle la neuroplasticité. Toute difficulté psychologique s’ancre certes dans une réalité cérébrale biologique : lorsqu’on est déprimé ou anxieux, cela n’est pas immatériel, mais correspond à des dysfonctionnements cérébraux. Mais il n’y a pas que les difficultés : tous les phénomènes cérébraux reposent sur de la biologie. Agir, sentir, aimer : tout cela passe par notre circuiterie cérébrale. Apprendre à lire, à compter, à changer aussi. Tout changement régulier, tout apprentissage s’imprime peu à peu dans notre cerveau. Lorsque nous apprenons à jouer d’un instrument de musique, nous créons des connexions entre différentes zones cérébrales (cortex moteur, auditif, visuel, etc.). Et de même, lorsque nous apprenons à comprendre et réguler nos états d’âme, et les comportements et pensées qui leur sont associés. On a montré dans des études conduites auprès de personnes déprimées ou anxieuses que, grâce aux efforts effectués en psychothérapie, nous pouvions en quelque sorte réparer ou compenser les dysfonctionnements de nos neurotransmetteurs. Comme le font les médicaments. Et durablement. Ce que ne font pas, ou pas toujours, les médicaments …"

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009, p. 242

Ladakh, cultures

L'art sacré

"La société humaine est un vaste champ de bataille où sont confrontés les ténèbres et la lumière, l'irréel et le réel, l'involution et l'évolution, le mensonge et la vérité, la souffrance et la sérénité. Les émotions individuelles sont les alliées toutes-puissantes de l'aveuglement. Tout art fondé sur les émotions de l'artiste excite et nourrit celles des spectateurs ou auditeurs et, du point de vue de l'éveil, agit comme un hypnotique."

 Arnaud Desjardins, Les chemins de la sagesse, Tome II, Ed. La Table Ronde, p.39

Delhi, Mausolée d'Humayun, reflet

Les nourritures subtiles

"Nous devons d'abord être convaincus qu'à chaque seconde, ce que nous percevons ou faisons contribue à constituer notre être. Si d'un côté, je lutte pour grandir et me transformer et que, d'un autre, je me soumets à des influences qui me maintiennent au niveau ordinaire, physique de la vie, je ne peux pas accéder aux plans ou aux états supérieurs de l'être."

Arnaud Desjardins, Les chemins de la sagesse, Tome II, Ed. La Table Ronde, p.40

mercredi 7 décembre 2011

Tendre l'oreille à nos états d'âme

"Il y a de nombreuses façons d’approcher ses états d’âme. Souvent, il faut s’arrêter. S’arrêter de faire ce qu’on est en train de faire : travailler, courir, pester contre le monde … Nos états d’âme sont toujours là, en bruit de fond. On s’arrête et on écoute, comme on le fait en forêt, lorsqu’on cesse de marcher et qu’on tend l’oreille ; on entend alors le vent, les arbres, les oiseaux, toute la rumeur des bois. Simplement s’arrêter et observer ce qui murmure en nous est souvent suffisant, au début. Puis on veut aller un peu plus loin : alors, il nous faudra apprendre à mieux écouter et mieux observer nos états d’âme, par exemple par la méditation, dont nous parlerons, ou par l’écriture de soi, dont nous parlerons aussi. Il y a ainsi beaucoup d’apprentissages et de pratiques qui vont nous permettre de plonger dans nos états d’âme, nous apprendre à les observer, à les décomposer… . Il existe dans la méditation zen une belle métaphore, celle de la cascade : chacun de nous peut observer ses états d’âme, tout en restant très proche de ceux–ci, à l’image du promeneur qui s’est glissé derrière la cascade, et se trouve transitoirement à l’abri entre le rocher et le torrent qui dégringole – un peu trempé, un peu tremblant, mais protégé et privilégié. Un des objectifs de la méditation dite de pleine conscience est ainsi de se mettre un instant sur le côté, et de voir passer ses états d’âme, les décomposer, les comprendre. Mais sans chercher à en arrêter le flot : qui songerait à couper l’eau d’une cascade ?"

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009, p. 22-23

Niger

Rémanence et résurgence

"Autre caractéristique des états d’âme : leur rémanence. La rémanence, c’est la persistance partielle d’un phénomène après la disparition de sa cause. Par essence, les états d’âme durent au-delà des situations qui les ont justifiés ou déclenchés. Il y a aussi avec eux un fréquent effet de résurgence : leur réapparition, analysée avec mille finesses à des jours, ou des années de distance, est un des charmes des romans de Marcel Proust : « Rien qu’un moment du passé ? Beaucoup plus, peut-être ; quelque chose qui, commun à la fois au passé et au présent, est beaucoup plus essentiel qu’eux deux … » Les états d’âme, c’est le sillage de nos faits et gestes, tous les interstices par lesquels notre passé, ou nos attentes, s’invite à la table du présent. C’est tout ce qui reste en nous après que le train de la vie est passé.
Pour parler de nos états d’âme nous disposons de nombreux mots : état d’esprit, humeurs, sentiments. Les Anglais parlent de feeling, mood. Dans la littérature scientifique, le terme que je préfère, le plus approchant, est celui qu’utilise le chercheur en neurosciences Antonio Damasio, qui parle de « sentiments d’arrière-plan », appellation qui a le mérite de rappeler leur discrétion. Mais « états d’âme », c’est plus joli, non ?"

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009, p. 22

Niger

La météo psychique

"… Les états d’âme existent en permanence, sans intervention volontaire de notre part. Nous en avons une conscience plus ou moins claire et, en tout cas, ils sont toujours accessibles à nos efforts d’introspection. D’où leur importance dans l’idée de « vie intérieure », qui ferait comme un écho à une « vie extérieure » (même si les choses sont bien sûr un peu plus compliquées et mêlées). Nos états d’âme s’invitent dans chacune de nos activités. En remplissant un formulaire administratif, vous pensez que vous ne faites que le remplir. Mais non, il y a aussi des états d’âme plus ou moins flottants qui sont sans doute en train de prendre vie : agacement de perdre du temps avec ces paperasseries, inquiétude de ne pas faire d’erreurs, envie d’être ailleurs, peut-être même quelques souvenirs d’enfance de pénibles devoirs sur table… Comme une météo psychique, nos états d’âme sont un climat mental, beau ou morose, parfois stable sur plusieurs jours, parfois changeant plusieurs fois dans la journée…"

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009, p. 21-22

Arc en ciel dans les Vosges

jeudi 1 décembre 2011

Etats d'âme

"On pourrait définir les états d’âme en disant qu’ils sont des contenus mentaux, conscients ou inconscients, mêlant états du corps, émotions subtiles et pensées automatiques, et qui vont influencer la plupart de nos attitudes. Nous ne leur accordons en général que peu d’attention ni ne leur consacrons d’efforts, que ce soit pour les comprendre, les intégrer à notre réflexion, ou leur demander de se mettre à notre service… Ils font tout cela d’eux-mêmes, tout seuls : leur rôle, et leur influence sur ce que nous sommes et ce que nous faisons, est immense. …
Nos états d’âme sont davantage que des pensées ou des émotions : ils sont leur mélange. Aucune émotion n’est exempte de pensée, aucune pensée n’est pure de souvenir, aucun souvenir n’existe sans émotion, etc. Les états d’âme sont l’expression de ce grand mélange indissociable de tout ce qui se passe en nous et autour de nous : mélange d’émotions et de pensées, de corps et d’esprit, de dehors et de dedans, de présent et de passé. Ce mélange est évidemment aussi riche que compliqué : impur, unique, labile, toujours recommencé, jamais exactement le même. Comme les vagues de la mer …
Les états d’âme ne sont pas seulement un empilement d’idées, émotions ou sensations, mais aussi une construction originale : la fusion, la synthèse que nous effectuons automatiquement, entre le dedans (état du corps et vision du monde) et le dehors (réactivité à ce qui nous arrive : nous sommes touchés par les événements). Les états d’âme sont un phénomène psychique agrégateur : ils relient passé, présent et futur dans un sentiment de cohérence et de destinée. Ils sont comme le liquide d’un bain conducteur d’électricité : grâce à eux, tout s’embrase et tout s’éclaire, nous éprouvons illumination ou menace, nos souffrances s’apaisent doucement ou furieusement redoublent."

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009, p. 20-21

Ardoises peintes, monastère de Hemis, Ladakh


Consommer pour se consoler?

"Toutes les études concordent : plus les traits matérialistes sont élevés chez une personne, plus son niveau de bien-être personnel est bas, et haut le risque de présenter des souffrances psychologiques. Ceci est particulièrement net chez les adolescents et les étudiants, sans doute parce qu’il s’agit des populations les plus fragiles : les plus fortement exposées aux pressions sociales et publicitaires sur ce qu’il faut avoir pour être quelqu’un de bien, et les moins au clair avec ce qui compose une vie heureuse et intéressante. Mais tout le monde est bien évidemment concerné.
Dans une intéressante étude de suivi sur dix-neuf ans, auprès d’environ douze mille personnes, on a pu montrer que plus quelqu’un exprimait des valeurs et des objectifs matérialistes à un moment donné, plus, lorsqu’on évaluait ce qu’était devenue sa vie quelque vingt ans après, on retrouvait de dégâts en termes de qualité de vie privée et de sentiment de bonheur."

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009, p. 295


24 heures par jour

"Il y a des choses qui sont disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il ne tient qu’à nous de savoir en profiter. L’air pur est disponible vingt-quatre heures par jour. La question est de savoir si nous avons le temps et la conscience de l’apprécier. On ne peut pas reprocher à l’air pur de ne pas être là ! Demandons-nous plutôt si nous avons su prendre le temps d’être conscients de l’air pur et de le savourer. Notre pleine conscience est l’une des conditions qui nous aident à être libres de vivre pleinement ce qui se trouve là. Si notre pleine conscience n’est pas là, alors il n’y aura rien à apprécier. Nous ne serons pas conscients du soleil, de l’air pur, des étoiles, de la lune, des êtres humains, des animaux et des arbres.
L’écrivain André Gide a dit que Dieu est présent vingt-quatre heures par jour. Dieu est bonheur. Dieu est paix. Pourquoi ne savons-nous pas apprécier Dieu ? Parce que nous ne sommes pas libre : notre esprit n’est pas là. Pourtant nous avons la capacité de toucher Dieu, de l’apprécier. La pratique de la pleine conscience nous aide à nous libérer pour savourer ce qui est là."

Thich Nhat Hanh, « Bouddha et Jésus sont frères », J’ai Lu n°11 555, 2010, p. 7-8

Lampes à beurre dans un monastère, Ladakh

samedi 19 novembre 2011

Prendre conscience de notre aveuglement

"LAMA JIGMÉ : La souffrance … provient donc de l’ignorance telle que je l’ai définie, notamment de cette incapacité à déceler les tendances habituelles de l’esprit et à ne pas être leur jouet.
Il existe deux types de tendances. La première concerne les habitudes ancrées dans nos vies, le fait de fumer, par exemple. Si je suis né dans une famille de fumeurs ou si des amis m’ont initié à ce rite, j’ai grandi ainsi et je vais fumer sans penser au caractère nocif de ce comportement. Les conseils que je peux recevoir ne suffiront pas à me convaincre de changer. Je préférerai ne pas y penser, et une habitude se transformera ainsi en tendance. L’autre type de tendances est lié aux émotions perturbatrices telles que la haine ou la colère… Si nous ne sommes pas conscients de la présence de la colère en nous, de cette tendance qu’elle génère à nous venger et à rendre coup pour coup dans l’existence, nous allons trouver « normal » de prendre notre revanche sur quelqu’un qui nous a nui, de chercher à tout prix à nous débarrasser de tout ce qui nous dérange. Nous ne percevrons pas le mal que nous faisons à l’autre (et donc à nous-mêmes, en retour), car, dans notre aveuglement, de tels comportements sans cesse répétés nous paraîtront tout naturels."

« Le Moine et le Lama » , Dom Robert Le Gall – Lama Jigmé Rinpoché, entretiens avec Frédéric Lenoir (2001), Le Livre de Poche n°15512, 2003, p. 73-74.

Lac de Longemer, Vosges




L'Amour, mère de la Connaissance

"Cette sagesse et cette connaissance qu'ambitionnent tous les chercheurs spirituels, tous les disciples ou candidats-disciples, ne viendront jamais sans que le règne de l'amour, du vrai amour, ait d'abord été établi. Tant qu'il reste un ennemi, qu'il soit dans le passé, dans le présent ou dans nos craintes pour le futur, la Connaissance ne viendra jamais et c'est la grande illusion de beaucoup de chercheurs, de penser pouvoir trouver la Connaissance en faisant l'économie de l'Amour. Ramana Maharshi qui, entre tous au XXe siècle, s'est manifesté comme l'incarnation de la Voie de la Connaissance, l'a dit lui-même : "bhakti jnana mata", l'Amour est la mère de la Connaissance."
Arnaud Desjardins, A la Recherche du Soi, La Table Ronde, p. 317.

Deux pouvoirs miraculeux

Arnaud Desjardins raconte dans ce livre que quand sa fille Muriel avait neuf ans et qu'elle avait déjà rencontré de nombreux sages, elle a demandé à Swâmiji s'il avait des pouvoirs miraculeux. Swâmiji a répondu non. Comme la petite fille n'était pas satisfaite de la réponse...
"Alors Swâmiji a dit : "Si, Swâmiji a deux pouvoirs miraculeux (...) un amour infini et une patience infinie." Comme je traduisais, j'ai réprimé mon émotion. (...) De ce jour-là je n'ai plus eu, jusqu'au fond de moi-même, le moindre reste de désir du moindre pouvoir autre que ceux-là."

Arnaud Desjardins, A la Recherche du Soi, La Table Ronde, p. 315

Survol des glaciers de l'Himalaya

Avoir ou Etre

"Toutes les actions ordinaires ont pour but d'avoir ou de ne pas avoir quelque chose, mais il y a un autere type d'action que les êtres humains ordinaires n'entreprennent pas. Ce sont les actions qui relèvent non plus de l'avoir mais de l'être, qui vont vous permettre de libérer peu à peu votre être de la nécessité d'avoir ou de ne pas avoir, d'avoir ce que vous aimez et de ne pas avoir ce que vous n'aimez pas."

Arnaud Desjardins, A la Recherche du Soi, La Table Ronde, p. 237.

Coucher de soleil sur la route de Crêtes, Vosges

Comprendre certains échecs

"Vous pouvez voir peut-être que certains échecs de votre existence s'expliquent par le fait que ce Grand Inconscient en vous-mêmes a fait échouer ce qu'une part plus superficielle tentait à tout prix de faire réussir, parce que cet échec était nécessaire à votre progression spirituelle, à votre détachement, à votre approfondissement de vous-même et de l'existence."

Arnaud Desjardins, A la Recherche du Soi, La Table Ronde, p. 233

Amanite tue-mouches

mercredi 16 novembre 2011

La communication consciente

"Lorsque j’ai commencé à enseigner le Bouddhisme, un de mes collègues m’a signalé que la principale qualité pédagogique à développer était l’aptitude à rester tranquille et à écouter. Un conseil en or. On peut avoir une si forte envie de faire passer son message que l’on ne se montre pas assez attentif à ce que les autres veulent dire. Comme si l’on attendait qu’ils aient fini de parler pour placer ce qu’on a en tête. Nos objectifs préconçus font entrave à tout dialogue authentique. En pratiquant la Parole juste, tâchez d’être, ouvert, calme et conscient de ce que les autres pensent et ressentent. Savez-vous reconnaître à la voix des autres s’ils sont heureux, tristes, déprimés, déroutés ? À mesure qu’on devient plus conscient, plus vigilant, on découvre les joies de l’écoute et l’on se dessaisit de son besoin de clamer ses idées haut et fort. J’appelle cela ouvrir « la troisième oreille », l’oreille interne de l’écoute authentique. On peut même écouter à travers tous ses sens, si l’on est suffisamment sensible et alerte.
Avez-vous déjà rencontré une personne apparemment incapable d’écouter, dont l’ego est si fort qu’elle ne peut s’arrêter de parler, qui se sert des mots pour dominer les autres et les contrôler, comme un politicien pratique l’obstruction systématique en faisant des discours interminables pour bloquer un débat parlementaire ? Quelqu’un qui donne l’impression de pomper tout l’air disponible, dès qu’il entre quelque part ? Ou quelqu’un qui envahit constamment votre espace par des remarques grossières, inconvenantes ou provocatrices ? C’est tout simplement Radio Ego qui émet à plein tube.
… La véritable écoute est un moyen de marquer une pause et d’être vraiment présent, afin que tout ce qui se dit soit immédiatement perçu, ainsi d’ailleurs que tous les mouvements qui ont lieu dans l’ensemble du champ énergétique, en soi et au dehors. C’est un aspect du développement de l’esprit alerte."

Lama SURYA DAS, « Éveillez le Bouddha qui est en vous », Pocket n°10736, 2005, p. 228-229


Désirs

"Cette libération des entraves du désir qu’évoque le Bouddha procure une paix intérieure inimaginable, une impression d’unité et de plénitude. Pourtant, beaucoup ont peur de ce concept parce que désir et passion sont nécessairement liés pour eux. « Comment, se récrient-ils, pas de passion ? Autant dire pas de vie ! Sans passion, je pourrais aussi bien être mort ! » Mais il s’agit là d’une interprétation nihiliste ou extrême de ce que signifie « s’affranchir du désir ». Un esprit affranchi du désir est autrement plus riche et fécond que ces notions superficielles ne le laissent à supposer.
Être libéré du désir, c’est simplement trouver la paix et la satisfaction. Quand on éprouve de la satisfaction, ne serait-ce que momentanément, ne se sent-on pas plus vivant, plus dynamique ? Redouter l’absence de désir revient à tourner le dos au bonheur durable. Ce bonheur durable, dont parle le Bouddha, ne signifie pas qu’on n’ait plus ni personnalité ni passion. L’absence de désir veut dire au contraire que plus rien ne vous manque. Réfléchissez aux implications possibles sur votre vie et votre comportement actuel.
L’important, c’est que vous êtes bien plus que la somme de vos envies et de vos désirs. Les êtres éveillés … ne s’investissent pas dans leurs désirs, ils ne s’y identifient pas. Les maîtres spirituels authentiques sont capables de vivre dans le monde sans être du monde. On les compare parfois à de gracieux cygnes au plumage neigeux qui glissent sur les lacs de notre monde sans faire de vagues."

Lama SURYA DAS, « Éveillez le Bouddha qui est en vous », Pocket n°10736, 2005, p. 115-116


La persévérance

"Il y a beaucoup d'hommes et de femmes qui sont attirés vers la voie spirituelle à l'occasion d'une crise, et pour qui la méditation peut représenter un véritable sauvetage affectif. Mais quand les choses s'arrangent et qu'ils retrouvent plus ou moins leur équilibre, ils se laissent souvent distraire par leurs nouveaux centres d'intérêt et se désintéressent de leur pratique. Certains passent ainsi des années à entrer et sortir de la voie spirituelle, en fonction de qui leur arrive. Ce genre d'agitation est révélateur du fait qu'on accorde encore trop d'importance aux choses extérieures - événements et personnes ; qu'on continue à chercher la solution en dehors de soi. Pour relever le défi de l'agitation, il faut plus de motivation et vraiment s'engager à travailler davantage sur soi. Continuité et répétition sont les secrets du succès."

Lama SURYA DAS, « Éveillez le Bouddha qui est en vous », Pocket n°10736, 2005, p. 349

Concarneau, cadran solaire du Beffroi de la ville close

lundi 14 novembre 2011

L'attachement

"À qui ou à quoi êtes-vous le plus attaché ? À une personne ? Un objet ? Une attitude, un type de comportement ? Êtes-vous attaché à une habitude, à une conduite répétitive, voire compulsive ? Êtes-vous attaché à l’argent ? À votre situation ? Et qu’en est-il de l’ambition ? Nos vies sont souvent dominées par toutes les formes que prend l’attachement, si bien qu’on finit par être possédé par ce qu’on possède. On a une telle soif de succès qu’on renonce au vrai vécu, un tel désir de beau qu’on ne voit plus que les imperfections de ce qu’on possède déjà ; on est si attaché aux autres qu’on tente de les contrôler ou de se les approprier. On peut être si attaché à quelque chose ou à quelqu’un qu’on en devient totalement dépendant, au point d’oublier qui l’on est.
Le Bouddhisme nous enseigne aussi que l’attachement génère deux sous-produits venimeux : l’orgueil et la jalousie. On est si « attaché » à ses biens et à ses succès qu’ils deviennent source d’orgueil, lequel nous pousse à nous définir par rapport à eux. Qui suis-le ? « Je suis le PDG de la société Untel, j’ai un doctorat, je suis femme de médecin, je suis le meilleur basketteur du quartier. » L’orgueil contribue fortement au maintien d’une personnalité rigide ; il nous fixe en un point, nous prend dans ses rets et nous emprisonne, tarissant l’eau vive de l’authenticité et de l’inspiration.
Comme l’orgueil, la jalousie concourt à donner une vision dualiste du monde. « Elle a quelque chose que je n’ai pas, et ça, je le veux. » Ou bien : « Celui-là, il essaie de me prendre un truc et ça ne va pas se passer comme ça ! » L’orgueil et la jalousie sont des manifestations de l’attachement à l’ego. Il est donc essentiel de s’en purifier pour se défaire d’une vision fausse – puisque égocentrique – de la réalité, et introduire l’harmonie et la réconciliation dans sa vie."

Lama SURYA DAS, « Éveillez le Bouddha qui est en vous », Pocket n°10736, 2005, p. 83-84

Pourquoi entrainer l'esprit ?

"Que l’on accepte ou non l’existence d’une chose appelée conscience ou esprit, il est clair que chacun a l’expérience du plaisir et de la douleur, et que chacun cherche le bonheur et fuit la souffrance. Ce bonheur que nous cherchons et que nous désirons, il naît de l’esprit. Donc, il nous faut identifier la nature de l’esprit et le processus par lequel nous pouvons le former et le transformer. En conséquence, il nous faut examiner s’il existe un état où il est possible d’être totalement affranchi de tous les aspects négatifs de l’esprit, et comment accéder concrètement à une telle liberté. 
Peine, plaisir et souffrance dépendent de leur origine propre. Il importe donc d’identifier les aspects négatifs de l’esprit, qui donnent naissance à la souffrance, et de les surmonter. De la même manière, nous pouvons améliorer les côtés positifs de l’esprit, qui amènent le bonheur".

Dalaï-lama, « L’harmonie intérieure », J’ai Lu n°7472, 2009, p. 9-10


Orgue de l'église Saint Germain de Pleyben

dimanche 6 novembre 2011

Deux types de tendances

"LAMA JIGMÉ : La souffrance … provient donc de l’ignorance telle que je l’ai définie, notamment de cette incapacité à déceler les tendances habituelles de l’esprit et à ne pas être leur jouet. 
Il existe deux types de tendances. La première concerne les habitudes ancrées dans nos vies, le fait de fumer, par exemple. Si je suis né dans une famille de fumeurs ou si des amis m’ont initié à ce rite, j’ai grandi ainsi et je vais fumer sans penser au caractère nocif de ce comportement. Les conseils que je peux recevoir ne suffiront pas à me convaincre de changer. Je préférerai ne pas y penser, et une habitude se transformera ainsi en tendance. L’autre type de tendances est lié aux émotions perturbatrices telles que la haine ou la colère… Si nous ne sommes pas conscients de la présence de la colère en nous, de cette tendance qu’elle génère à nous venger et à rendre coup pour coup dans l’existence, nous allons trouver « normal » de prendre notre revanche sur quelqu’un qui nous a nui, de chercher à tout prix à nous débarrasser de tout ce qui nous dérange. Nous ne percevrons pas le mal que nous faisons à l’autre (et donc à nous-mêmes, en retour), car, dans notre aveuglement, de tels comportements sans cesse répétés nous paraîtront tout naturels".
« Le Moine et le Lama » , Dom Robert Le Gall – Lama Jigmé Rinpoché, entretiens avec Frédéric Lenoir (2001), Le Livre de Poche n°15512, 2003, p. 73-74

Jérôme Bosch, La Colère, Les Sept Péchés capitaux, vers 1450, musée du Prado, Madrid

jeudi 20 octobre 2011

Vivre les ailes repliées

... L’Occidental moyen d’aujourd’hui se sent mal à l’aise s’il se retrouve seul avec lui-même. La science, appliquée avec un phénoménal succès à la technique, a substitué, chez l’Occidental, à un idéal de conquête spirituelle de soi-même un idéal de conquête physique – de nature non humaine. L’Occidental moderne a donc tendance à consacrer à son travail la plus grande partie de son temps et de son énergie, ne limitant cette tendance que par des pratiques restrictives visant à protéger son travail d’une exploitation abusive par d’autres personnes ; le temps et l’énergie qui ne sont pas consommés pour travailler, se nourrir et dormir sont utilisés à une forme ou une autre de « loisir ». S’il n’a pas la possibilité d’un loisir de masse, il se tourne vers la télévision, la radio ou la chaîne hi-fi. Tout et rien est acceptable tant qu’il s’agit d’éviter « the flight of the alone to the alone ». Confronté à la mort sans croire à rien, l’homme moderne a délibérément replié ses ailes spirituelles."

Arnold TOYNBEE « Man’s concern with death », 1968


Faire de la place

"Moins on est plein de soi, plus il y a de place pour les autres."

Lama Surya Das

Mont Châteleu, Jura

La musique de l'âme

"La plupart des gens meurent avec leur petite musique encore enfermée en eux."

Benjamin Disraeli

Intégrer l'enseignement

"LAMA JIGMÉ : … Quand nous écoutons les instructions spirituelles qui nous sont données, nous comprenons bien entendu le sens des mots, mais il nous est difficile d’entrer pour de bon dans l’enseignement qu’elles recèlent, de le comprendre en quelque sorte de l’intérieur. Il nous manque une voie d’accès. Cette voie d’accès, c’est la méditation, qui nous permet de mettre réellement en pratique ce qui a été dit, de « travailler avec », d’en faire usage de la manière juste. C’est parce que le véritable sens des enseignements aura été intégré et appliqué que le résultat sera atteint".

« Le Moine et le Lama » , Dom Robert Le Gall – Lama Jigmé Rinpoché, entretiens avec Frédéric Lenoir (2001), Le Livre de Poche n°15512, 2003, p. 249


Tomates

Le but est accessible

"LAMA JIGMÉ – Dans le bouddhisme, nous sommes convaincus qu’il faut changer, progresser, se fixer pour objectif de sortir des mécanismes qui nous font sans cesse, à travers d’innombrables existences, suivre nos tendances habituelles, répéter les mêmes processus psychologiques et mentaux, tourner en rond et demeurer dans la souffrance, ce que nous appelons le samsara, le cycle des existences. Chacun peut comprendre, à travers une réflexion personnelle, que si l’on perpétue encore et encore les mêmes comportements, il n’y aura jamais de fin aux situations et aux circonstances que l’on rencontre. Tandis que si l’on perçoit clairement un but – nous le nommons la « réalisation », ou la « libération » –, et si l’on acquiert la certitude qu’en empruntant un chemin approprié, ce but est accessible à condition de déployer l’énergie nécessaire, alors on peut se détourner aisément des ornières où l’on avait l’habitude de s’enliser".

« Le Moine et le Lama » , Dom Robert Le Gall – Lama Jigmé Rinpoché, entretiens avec Frédéric Lenoir (2001), Le Livre de Poche n°15512, 2003, p.52-53


Etre comme une vache

"LAMA JIGMÉ : Je vois là une certaine parenté avec ce que nous appelons respectivement « l’écoute » (teupa en tibétain) et la réflexion (sampa en tibétain). D’abord, nous lisons ou écoutons les enseignements. Nous nous laissons imprégner par eux. Comme vous l’avez dit, père, nous laissons les instructions spirituelles s’imprimer en nous. Ensuite, nous devons « réfléchir » au sens des enseignements, à leur signification profonde, ce qui rejoint ce que vous appelez « méditation ». Et il ne s’agit pas là d’une réflexion purement intellectuelle. Certes, il est nécessaire de mettre l’enseignement à l’épreuve de notre raison, mais il convient de laisser aussi une compréhension s’approfondir et s’affermir en nous de manière que le sens de l’enseignement devienne réellement nôtre. Cette phase de « réflexion » précède la mise en pratique à travers la méditation proprement dite, telle que je l’ai décrite (gom en tibétain). Celle-ci s’effectue donc sur la base de l’écoute et de la compréhension engendrée par la « réflexion ».
DOM ROBERT LE GALL : … Une des mascottes des moines, si l’on peut dire, c’est la vache : elle broute et ensuite rumine ; de plus, les vaches vivent en clôture, comme nous ! On dit aussi que 1es vaches aiment à regarder passer les trains. Les trains, ce sont comme les pensées qui vont et viennent dans notre esprit ; quantité de pensées circulent, et on n’est pas responsable des pensées quand elles viennent. Mais par contre, si vous montez dans le train en marche – ce que font rarement les vaches –, vous êtes responsable de la destination vers laquelle vous vous êtes orienté.
LAMA JIGMÉ : L’image de la « rumination » que vous utilisez et qui est fort drôle, effectivement, me semble excellente. Elle correspond tout à fait à ce qui doit se passer lorsque nous pratiquons sampa [« la réflexion »], une « réabsorption » de l’enseignement qui devient partie intégrante de notre compréhension intérieure. En ce qui concerne votre description de l’attitude à adopter face aux pensées (au sens large des idées, des images, des concepts) lorsqu’on se livre à un exercice spirituel, elle correspond exactement aux instructions données dans bouddhisme pour la méditation telle que je les ai décrites auparavant : « Quand vous méditez, laissez les pensées aller leur chemin, ne les agrippez pas, laissez-les passer sans les juger, sans porter d’appréciation, et sans vous laisser aller à l’espoir ou à la crainte ; soyez simplement présent à tout ce qui se passe, et conscient du défilement des pensées qui s’élèvent puis disparaissent dans l’esprit… ».
… Lorsqu’on médite, on ne tente pas d’analyser ce qui se passe. Nous avons une image parlante dans la tradition : nous disons, pour évoquer les pensées qui vont et viennent durant la méditation, qu’elles sont comme des flocons de neige tombant sur une pierre chaude – instantanément, ils se dissolvent. C’est une métaphore servant à décrire le processus selon lequel, quand une pensée s’élève dans l’esprit, si on ne la saisit pas, si on ne la capte pas, si on ne la fige pas, elle se dissout et se résorbe d’elle-même. Donc, nous n’analysons pas les pensées, nous ne nous en saisissons pas, nous restons simplement conscients, présents, en éveil !"

« Le Moine et le Lama » , Dom Robert Le Gall – Lama Jigmé Rinpoché, entretiens avec Frédéric Lenoir (2001), Le Livre de Poche n°15512, 2003, p. 295-298


jeudi 22 septembre 2011

Persévérance

"LAMA JIGMÉ – … Comme le père Dom Le Gall, je pense qu’il y a effectivement partout, dans le champ religieux comme dans la vie laïque, un manque de persévérance et un besoin permanent de changement. Ce phénomène n’est d’ailleurs pas propre à l’Occident. En Asie, en Inde et au Népal par exemple, j’ai constaté les mêmes comportements. Les nouvelles générations semblent avoir ce genre de problèmes. Certains individus ont des personnalités très fortes, mais nombreux sont ceux pour qui la constance dans l’effort, dans l’activité, constitue une difficulté. Ils sont vite lassés par leur travail, leur engagement associatif, leur engagement familial, etc. C’est donc toute une conception traditionnelle de l’engagement, qui a fonctionné dans le passé, notamment dans la vie religieuse, qui est ébranlée par cette évolution. Je pense que celle-ci concerne également le Tibet aujourd’hui. La vieille génération que j’ai connue était incontestablement très forte, très solide, elle ne se laissait pas facilement déstabiliser par les émotions. Je m’interroge sur les raisons qui font que la nouvelle génération montre beaucoup plus de signes de fragilité."

« Le Moine et le Lama » , Dom Robert Le Gall – Lama Jigmé Rinpoché, entretiens avec Frédéric Lenoir (2001), Le Livre de Poche n°15512, 2003, p.348

Maisons traditionnelles Ladakh, Inde

Redéfinir les priorités

"Mon propos, je tiens à le redire en pensant particulièrement aux personnes laïques engagées dans l’existence, n’est nullement d’inciter à rejeter les aspects matériels de la vie, les possessions, la nécessaire détente, les plaisirs et les loisirs. Il est légitime d’organiser matériellement sa vie et de profiter, comme on dit, de ses bons côtés. De même, il peut être utile de se cultiver, de parfaire ses connaissances en matière philosophique, littéraire, artistique, scientifique, et de se donner également les moyens de participer à la vie de la cité. Mais j’ai la conviction que ces activités matérielles ou intellectuelles ne peuvent nous contenter véritablement que si elles s’exercent sur la base d’une mise en œuvre de notre potentiel de sagesse, que si l’on fait ainsi appel à notre sagesse intérieure. Nous ne serons véritablement comblés que si nous plaçons nos activités ordinaires dans une perspective spirituelle.
C’est une constatation d’évidence, qui vaut particulièrement – mais pas seulement – pour l’Occident, que la plupart des gens placent au premier plan de leurs préoccupations les aspects matériels, au second plan tout ce qui touche à la culture et au développement intellectuel, et relèguent à l’arrière-plan, si tant est que cet aspect ne soit pas totalement occulté, ce que je viens d’appeler l’usage de la sagesse. Il me semble que tout le monde pourrait trouver un grand bienfait à renverser l’ordre des priorités, à mettre au premier plan la mise en œuvre de la sagesse, et à placer la recherche des satisfactions culturelles, intellectuelle et matérielles respectivement aux second et troisième rangs. Lorsque je parle de ce nouvel ordre de priorités, je ne parle pas tant de la quantité de temps consacrée aux différentes activités, que de la force de l’intérêt et de l’attention portés à chacune d’entre elles. Je suis intimement convaincu que les êtres ne perdraient rien en adoptant cette nouvelle « hiérarchie des valeurs », et qu’au contraire ils y gagneraient beaucoup en efficacité, en justesse et en bien-être sur tous les plans. Non seulement ils ne perdraient rien et leur bien-être augmenterait, mais leur vie prendrait son vrai sens."


« Le Moine et le Lama » , Dom Robert Le Gall – Lama Jigmé Rinpoché, entretiens avec Frédéric Lenoir (2001), Le Livre de Poche n°15512, 2003, p. 148-150


Faut-il passer sa vie à se construire un terrier ?

"L’une des nouvelles les plus saisissantes de Franz Kafka décrit, avec de nombreux détails, les démarches qu’entreprend un étrange animal pour se construire une demeure parfaite qui lui permettrait de se protéger de tous les ennemis possibles et de trouver ainsi la paix. Or cette habitation grandiose n’est qu’un trou creusé dans la terre. Un trou et une prison.
Cette saisissante image est l’une des plus fortes qui n’ait jamais été faite de notre condition.  Car ce sombre personnage qui creuse sans répit son terrier, c’est chacun de nous ! Kafka ne raconte pas une histoire, comme le font d’ordinaire les écrivains. Il décrit les divers efforts que nous effectuons afin de construire un monde rationnel et ordonné qui permettrait de tenir à distance l’irrationalité inquiétante des événements et des êtres. Et Kafka, avec une lucidité fulgurante, montre combien ces efforts, quels que soient les résultats qu’ils nous permettent d’obtenir, ne font en vérité que nous enfermer toujours plus durement".

Site de l'Ecole Occidentale de Méditation - Newsletter Septembre 2011

lundi 19 septembre 2011

Bonheur relatif ou absolu

"LAMA JIGMÉ – Nous devons aborder le cheminement intérieur avec clarté et bon sens. Si, sans réflexion préalable, nous nous disons simplement : « D’accord, j’abandonne mes désirs, mes attentes, je ne recherche plus rien », cette manière de faire volontariste et un peu extrême va nous faire expérimenter d’autres problèmes et une autre forme d’insatisfaction. La compréhension doit venir de l’intérieur. Certes, d’un point de vue relatif, la satisfaction des désirs procure un contentement, et il se peut aussi que nous obtenions certains résultats tangibles dans notre quête ordinaire du bonheur. Mais notre vision doit devenir plus précise et plus profonde : que se passe-t-il vraiment en moi-même ? Où m’ont mené par le passé et où me mènent aujourd’hui mes actions répétées en vue de satisfaire, sans autre perspective, mes désirs et mes tendances ? La quête du bonheur est légitime, mais il convient de s’interroger sur les moyens employés pour obtenir les résultats auxquels nous aspirons. Nous devons aussi nous demander si notre recherche est uniquement centrée sur le relatif, ou si nous visons à un bonheur plus absolu.
… Si nous nous attachons à comprendre le fonctionnement des émotions perturbatrices, et tous les processus à l’œuvre dans l’esprit, alors notre esprit aura la possibilité de se libérer de cette forte saisie, cause de toutes nos difficultés. Relâcher la saisie ne signifie pas du tout, comme le redoutent certains, vivre dans un monde fade, sans saveur et sans éclat. Au contraire ! En effet, au fur et à mesure que nous progressons sur le chemin, notre esprit devient de plus en plus clair, de plus en plus lucide, nos actions gagnent en justesse et efficacité. … J’ajouterai que dans cette perspective d’un bonheur véritable, deux démarches sont intimement liées : se comprendre soi-même et comprendre les autres. C’est parce que nous nous comprenons de mieux en mieux que nous comprenons ce qui se passe chez les autres. Et notre amour et notre compassion en sortent renforcés. C’est la porte qui ouvre vers la paix intérieure et le vrai bonheur."

« Le Moine et le Lama » , Dom Robert Le Gall – Lama Jigmé Rinpoché, entretiens avec Frédéric Lenoir (2001), Le Livre de Poche n°15512, 2003, p. 148-149


Peinture à l'entrée d'un temple bouddhiste, Ladakh

Déwatchen

"LAMA JIGMÉ – Il existe, selon la tradition, de nombreux paradis ou « terres pures ». Mais « déwatchen » a cette particularité qu’il est bien plus facile d’y accéder qu’aux autres terres pures. C’est le fruit des souhaits altruistes intenses du Bouddha Amithaba, dont on dit symboliquement « qu’il règne sur déwatchen », c’est-à-dire qu’il y dispense sa grâce et ses enseignements. Le Bouddha Amithaba a émis des souhaits très puissants, tout au long de son chemin vers la bouddhéité, pour que le fruit de son éveil soit un paradis où les êtres puissent se rendre sans être forcément très élevés spirituellement, simplement par la force de leur confiance et de leur aspiration. Ainsi les pratiquants bouddhistes récitent « la prière pour renaître en déwatchen », qui décrit cette terre pure et contient différentes formules de souhaits, expression formelle de notre aspiration à renaître dans ce paradis. Une fois que vous avez pris renaissance en déwatchen, vous vous trouvez hors du champ des existences ordinaires, du samsara, et vous êtes assurés de ne plus jamais revenir en arrière. En revanche, en déwatchen, vous n’avez pas encore réalisé l’état de Bouddha, vous n’avez pas atteint l’Éveil. Les tendances héritées du passé sont encore présentes, mais beaucoup moins puissantes et prégnantes que durant la vie actuelle. Vous éprouvez toujours cette sensation du « je suis moi », et vous avez conscience de vous trouver en tant qu’individu dans cette terre pure que vous percevez comme réelle. Mais l’esprit, dorénavant libre des distractions et perturbations ordinaires, est dans une grande paix, et vous poursuivez de manière très aisée votre développement spirituel. Vous recevez de nombreux enseignements que vous assimilez avec facilité, et vous pratiquez et méditez jusqu’à atteindre l’état de Bouddha. Vous avez également la faculté, par vos prières ou différents autres moyens, d’aider de nombreux êtres en difficulté."

« Le Moine et le Lama » , Dom Robert Le Gall – Lama Jigmé Rinpoché, entretiens avec Frédéric Lenoir (2001), Le Livre de Poche n°15512, 2003, p. 189-190

Vous êtes partout

"Pensez-vous que la flamme de la bougie ne fasse que diminuer ? Si oui, vous suivez la flamme dans le temps. Vous pouvez penser la même chose à propos de votre durée de vie : qu’elle va dans une direction linéaire et se terminera un jour. Peut-être pensez-vous que vous êtes né à un point donné sur une ligne verticale, un point que vous pouvez appeler 1960, et que vous allez mourir un peu plus loin sur cette ligne, admettons en 2040. Vous vous voyez uniquement vous déplacer dans le temps, comme une bougie. Mais vous ne vous déplacez pas seulement dans une direction linéaire.
Peut-être pensez-vous que la flamme ne fait que diminuer et que la bougie va mourir. Mais la flamme se disperse aussi dans d’autres directions. Elle éclaire tout autour d’elle, vers le nord, le sud, l’est et l’ouest. Avec un instrument scientifique très sensible, vous pourriez mesurer la chaleur et la lumière émises par la bougie dans tout l’univers. La bougie entre en vous sous forme d’image, de lumière et de chaleur.
Vous êtes comme une bougie. Imaginez que vous émettez de la lumière autour de vous. Toutes vos paroIes, vos pensées et vos actions se répandent dans de nombreuses directions. …
En cet instant même, nous sommes en train de naître et de mourir. Nous sommes en train de renaître, non pas sous une seule forme mais sous de nombreuses formes Imaginez un feu d’artifice. Quand vous allumez un feu d’artifice, il ne va pas dans une direction verticale. Il va dans de nombreuses directions et les étincelles vont dans toutes les directions. Alors ne croyez pas que vous allez dans une seule direction. Vous êtes comme un feu d’artifice. Vous atteignez vos enfants, vos amis, la société et le monde entier.
… Si vous avez un ou plusieurs enfants, vous êtes déjà né à nouveau en eux. Vous pouvez voir votre corps de continuation dans votre fils ou votre fille mais vous avez de nombreux autres corps de continuation. Ils sont dans chaque personne que vous avez touchée. Et vous ne pouvez pas savoir combien de personnes vous avez touchées avec vos paroles, vos actions et vos pensées. …
Après avoir servi tout le thé, il ne reste dans la théière que les feuilles de thé infusées. Ces feuilles ne sont qu’une toute petite partie du thé, le thé qui rentre en moi étant une partie beaucoup plus importante. C’est la partie la plus riche.
Nous sommes pareils ; notre essence s’est répandue dans nos enfants, nos amis et l’univers tout entier. C’est dans ces directions que nous pourrons nous trouver, et non dans les feuilles de thé infusées. Je vous invite à vous voir, né à nouveau dans des formes que vous dites ne pas être vous-même. Vous devez regarder votre corps dans ce qui n’est pas votre corps."


Thich Nhat Hanh, « Il n’y a ni mort ni peur », Pocket n°12 436, 2011, p. 94-98



Lampes à huile dans un monastère, Ladakh


Un monde à construire

"Entre un monde qui décline et un autre à construire, se trouve une transition qu'il ne faut pas gâcher par notre inertie."

Pierre Rabhi


Agir contre la peur ambiante

"Il me semble qu’un bon moyen de cesser d’avoir peur est d’agir. Mener des actions justes, en cohérence avec ce que nous sommes, ce à quoi nous aspirons. Des actions qui nous font du bien. Nous avons peur que l’économie s’effondre ? Créons de nouveaux réseaux d’économie qui ne sont pas dépendants des banques ou des marchés. Nous avons peur que le pétrole nous fasse défaut ou qu’une de nos centrales nucléaires dysfonctionne ? Organisons-nous pour nous passer de pétrole et de nucléaire au maximum. Nous avons peur de perdre notre emploi ? Créons notre propre activité, qui nous épanouisse et soit durablement utile aux autres et à la nature. Bien sûr, ce n’est pas la seule façon d’affronter sa peur, ni même de la guérir, c’est simplement la mienne, lorsque je ne parviens pas à dormir…"

Cyril Dion (Directeur du mouvement Colibris)


Christianisme et bouddhisme

"LAMA JIGMÉ – Je crois que si l’on en reste seulement aux concepts, à la terminologie, chrétiens et bouddhistes n’arriveront jamais à se comprendre, encore moins à se rejoindre. Mais quand nous parlons plus en profondeur, comme nous le faisons actuellement, nous pouvons percevoir de réelles similitudes au-delà des mots eux-mêmes. Nulle part il n’est fait mention de « Dieu » dans la tradition bouddhiste. Ni pour affirmer son existence, ni pour l’infirmer. Vous aurez beau explorer tous les enseignements, nulle part vous ne trouverez non plus écrit que Dieu n’existe pas. En fait, la préoccupation du Bouddha n’était pas d’entrer dans des querelles théologiques sur l’existence ou la non-existence de Dieu, sur l’origine de l’univers, etc. Son principal objectif était d’apporter une voie de libération pour aider tous les êtres qui souffrent [maladie, vieillesse, mort, …] à sortir de l’ignorance [au sens relatif : état où l’esprit expérimente un manque de clarté, de discernement, de faculté de jugement : absence de conscience de ce qui se passe dans notre esprit, notre vie étant dès lors soumise à l’influence des « émotions perturbatrices » telles que l’orgueil, la jalousie, la haine,la colère, l’indifférence, …] et à atteindre l’Éveil (à réaliser la nature de Bouddha [épanouissement complet des potentialités de l’esprit, esprit parfaitement clair, lumineux : la nature essentielle de tout être humain]). Ainsi le bouddhisme ne proclame pas : « Dieu existe », ni, à l’opposé : « Dieu n’existe pas ». L’on s’exprime d’une manière, un peu différente en disant que tous les êtres ont le potentiel de l’Éveil, et que les humains en particulier jouissent de la faculté – en mettant en œuvre les méthodes qui sont enseignées – d’atteindre des réalisations spirituelles ultimes. Cependant, le fait de se mettre ou non en chemin, d’appliquer ou non les moyens appropriés, dépend de chacun. En cela, il me semble que nous rejoignons profondément ce que je crois avoir compris de la conception chrétienne : créé à l’image de Dieu, l’homme peut progresser spirituellement et parvenir jusqu’à un état d’union avec le divin où il « participera à la vie divine », pour reprendre précisément les termes de Dom Robert Le Gall. Je crois donc que nous disons des choses semblables, même si, dans le bouddhisme, la notion d’un Dieu unique, personnel et créateur, n’est pas présente. Mais, encore une fois, nous n’affirmons pas qu’il n’y pas de Dieu. Nous ne nous prononçons pas à ce sujet.
DOM ROBERT LE GALL – Si je comprends bien ce que vous voulez dire. Le bouddhisme n’est pas un « athéisme », une négation de Dieu, comme on le dit parfois en Occident, mais davantage une tradition agnostique, en ce sens qu’elle refuse de se prononcer sur la question de Dieu. Ou, plus précisément encore, peut-être pourrait-on parler d’une voie spirituelle « apophatique », qui renvoie au caractère ineffable, indicible de l’Absolu, et préfère se taire à son sujet plutôt que d’affirmer des choses au demeurant insaisissables par l’esprit humain."

« Le Moine et le Lama » , Dom Robert Le Gall – Lama Jigmé Rinpoché, entretiens avec Frédéric Lenoir (2001), Le Livre de Poche n°15512, 2003, p. 114-115

Niger

L'homme nouveau

"Lorsque la puissance de l'amour aura remplacé l'amour de la puissance, l'homme portera un nom nouveau: Dieu" 
 
Sri Shinmoy
 
 

Transformer les sentiments [émotions]

"La première étape de la transformation des sentiments consiste à les identifier au fur et à mesure qu’ils apparaissent. C’est la vigilance qui permet cela. Dans le cas de la peur, par exemple, votre vigilance va regarder la peur, la reconnaître comme telle. Vous savez que la peur vient de vous, tout comme la vigilance vient également de vous. L’une et l’autre sont en vous – mais l’une prend soin de l’autre.
La deuxième étape, c’est de ne faire qu’un avec le sentiment. Mieux vaut ne pas dire : « Va-t’en, la peur ! Je ne t’aime pas. Tu n’es pas moi. » Il est beaucoup plus efficace de dire : « Salut, la peur ! Comment ça va aujourd’hui ? » Vous pouvez alors inviter les deux aspects de vous-mêmes, la vigilance et la peur, à se serrer la main et à s’unifier. Faire cela peut être effrayant. Mais comme vous savez que vous êtes davantage que seulement votre peur, vous n’avez pas à être effrayé. Tant que la vigilance sera là, elle va chaperonner votre peur. La pratique fondamentale consiste à nourrir votre vigilance en respirant consciemment, afin de la garder là, vivante et forte. Même si la vigilance n’est pas très solide au début, si vous la nourrissez, elle va se renforcer. Tant que la vigilance est présente, vous ne vous noierez pas dans votre peur. En réalité, vous commencerez à la transformer dès l’instant où vous ferez émerger la vigilance en er la vigilance en vous.
La troisième étape consiste à calmer le sentiment. La vigilance prend soin de votre peur – et vous commencez à vous calmer. « J’inspire, je calme l’activité de mon corps et de mon esprit. » Vous calmez votre sentiment rien qu’en étant avec lui, comme une mère tiendrait tendrement son bébé qui pleure. Au contact de la tendresse de sa mère, le bébé se calme et cesse de pleurer. La mère, c’est votre vigilance, née dans le tréfonds de votre conscience – et elle va prendre soin de la douleur. Une mère qui tient son bébé ne fait qu’un avec son bébé. Si la maman pense à autre chose, le bébé ne se calmera pas. La mère doit mettre de côté tout le reste et simplement tenir son bébé. Alors n’évitez pas vos sentiments. Ne dites pas : « Tu n’es pas important, tu n’es qu’un sentiment. » Venez et ne faites qu’un avec lui. Vous pouvez dire : « J’expire, je calme ma peur. »
La quatrième étape consiste à lâcher son sentiment, à le laisser partir. Grâce à votre calme, vous vous sentez bien, même au milieu de la peur et vous savez que votre peur ne va pas se mettre à grandir et vous submerger. Quand vous réalisez que vous êtes capable de prendre soin de votre peur, celle-ci est déjà réduite au minimum, devenant plus douce et un peu moins désagréable. Maintenant, vous pouvez sourire et la laisser partir – mais s’il vous plaît, ne la faites pas encore complètement disparaître. Apaisement et lâcher-prise ne font que traiter les symptômes. Vous avez maintenant l’opportunité d’aller plus loin et de travailler à transformer la source de votre peur.
La cinquième étape consiste en l’approfondissement. Vous regardez pleinement votre bébé - votre sentiment de peur – pour voir ce qui ne va pas. Faites-le, même une fois que le bébé a cessé de pleurer, une fois que la peur est partie. Vous ne pourrez pas tenir votre bébé tout le temps : vous devez donc bien le regarder pour savoir ce qui ne va pas. En regardant, vous découvrirez comment transformer le sentiment. Vous réaliserez par exemple que la souffrance de la peur a bien des causes, en vous et hors de vous. C’est la même chose avec l’enfant. Si quelque chose ne va pas dans son environnement, vous y remédiez avec sollicitude pour qu’il se sente mieux. En regardant bien votre bébé, vous distinguez les éléments qui le font pleurer : ainsi, vous savez quoi faire et ne pas faire. Et de même avec vos sentiments : vous pouvez les transformer et vous en affranchir.
C’est un processus similaire à la psychothérapie. Au côté de son patient, un thérapeute cherche la nature de la souffrance. Souvent, le thérapeute peut révéler les causes d’une souffrance. Celle-ci provient de la façon dont le patient regarde les choses, des croyances qu’il a sur lui-même, sur sa culture et sur le monde en général. Le thérapeute examine ces points de vue et ces croyances avec le patient. Ce travail commun aboutit alors à libérer le patient de la prison dans laquelle il est enfermé. Mais les efforts du patient sont cruciaux. Un professeur doit faire naître un professeur dans son élève – et un psychothérapeute doit savoir éveiller le psychothérapeute qui sommeille chez son patient.
Le thérapeute ne traite pas le patient en lui offrant simplement un ensemble de nouvelles croyances. Il essaie de l’aider à voir quelles idées et croyances l’ont amené à souffrir ainsi. Beaucoup de patients veulent se débarrasser de leurs émotions douloureuses, mais ils ne veulent pas abandonner leurs croyances et points de vue qui sont les racines mêmes de leurs souffrances. Thérapeute et patient doivent alors travailler ensemble pour que le patient voie les choses telles qu’elles sont. C’est la même chose quand on utilise la vigilance pour transformer nos sentiments. Après avoir identifié le sentiment, nous être unis à lui, l’avoir calmé et l’avoir lâché, on peut regarder plus profondément les causes, qui sont souvent basées sur des perceptions erronées. Dès que nous comprenons les causes et la nature de nos sentiments, ceux-ci commencent à se transformer d’eux-mêmes."

Thich Nhat Hanh, « La sérénité de l’instant », préface du XIVème Dalaï-lama, J’ai Lu n°8863, 2009, p. 69-73



 

  

dimanche 11 septembre 2011

Les "nourritures émotionnelles"

"Nous sommes nombreux à avoir sans cesse le besoin de faire quelque chose : écouter de la musique, regarder la télévision, lire un livre, un magazine, téléphoner… En voulant nous occuper à tout prix, nous essayons d’éviter de nous retrouver face aux problèmes et aux angoisses qui sont dans notre sous-sol [conscience enfouie]. Mais si nous observons attentivement la nature de nos invités –la télévision, les livres, le téléphone…– nous remarquerons qu’ils contiennent souvent les mêmes toxines que les graines négatives que nous essayons tellement d’éviter. Même lorsque nous empêchons ces graines négatives d’entrer au salon [conscience immédiate], nous les arrosons et les rendons plus puissantes."
Thich Nhat Hanh, « La sérénité de l’instant, vivre en pleine conscience », Marabout n°3655, 2011, p.34-35


Qu'est-ce que la libération?

"De temps à autres, Swâmiji me demandait: Do you know what is moksha, Arnaud? - "Savez-vous ce qu'est la libération, Arnaud?" Je me gardais bien de répondre et de donner une des définitions classiques de moksha, pour attendre sa réponse à lui. Moksha, le Suprême accomplissement possible à l'homme, est toujours décrit en termes de transcendance, d'infini, d'illimitation, d'éternité. Swâmiji en donnait des définitions beaucoup plus simples, beaucoup plus accessibles et beaucoup plus bouleversantes, que je recevais toujours comme un choc en plein cœur. Un jour, à ce : "Do you know what is moksha, Arnaud?" - "Savez-vous ce qu'est la libération, Arnaud?" -, Swâmiji répondit: "Complete release of all tensions, physical, emotional and mental", - "Le relâchement complet de toutes les tensions physiques, émotionnelles et mentales."

Arnaud Desjardins, A la recherche du Soi, la Table Ronde, p. 175

L'état de vigilance est contagieux

"Même si je suis sous le coup d'une émotion, une petite part de moi est capable de participer à cette prise de conscience , et j'éprouve: "J'existe, c'est moi, je vis, je suis là." Et, du fait même que j'éprouve: "Je suis là", je porte mon attention vers ce qui m'entoure, je le vois d'une façon nouvelle. Parce que je deviens plus conscient de moi, je deviens aussi plus conscient de ce qui m'entoure. Je suis là, je suis en train de regarder cette statue. Il y a donc une certaine division de l'attention, une part de l'attention est portée sur je suis moi, une part de l'attention sur la statue que je suis en train de regarder. Je suis là, en train de regarder : c'est une part de l'attention. Par rapport à l'état habituel dans lequel l'homme ordinaire vit toute la journée, l'état que je décris est inhabituel, même si, avec une attention aiguë, tout le monde peut en faire l'expérience.
Mais la vérité est que cette division de l'attention est pratiquement impossible à maintenir.
(...) Dans les conditions ordinaires de la vie, pour celui qui va vivre au milieu de gens non attentifs, c'est une tâche presque impossible. pourtant cette attention, cette vigilance, ont quelque chose de contagieux. Si cinq ou six personnes qui ont une petite expérience de la méditation ou de la présence à soi-même sont prises dans leurs pensées ou par ce qu'elles regardent, sont absorbées, identifiées, confondues, sans conscience de soi, et que l'une d'elles s'éveille pour un moment et, pour un moment accède à la conscience de soi et s'y maintient, au bout de quelques instants, ceux qui l'entourent ressentent, perçoivent quelque chose, s'ils ne sont pas totalement emportés."

Arnaud Desjardins, "A la recherche du Soi", La Table Ronde, p.158, 159

Qu'est-ce que l'éveil?

"L'état d'Éveil n'a rien d'une réalité tangible, d'une sorte de havre paradisiaque. C'est la qualité intrinsèque de l' esprit révélée dans toute l'ampleur de son potentiel positif. Pour atteindre cet état d'éveil, le pratiquant doit donc commencer par éliminer de son esprit toutes les facettes négatives, et cultiver une à une les qualités positives... On en arrive à un point de non-retour des émotions perturbatrices et des obstructions mentales: quoi qu'il arrive, elles ne se reproduiront plus."

Dalaï-lama, "L'esprit en éveil", Pocket n°14287, 2011, p.80-81


Le Bouddhisme...philosophie ou religion?

"On a beaucoup discuté pour savoir si le Bouddhisme est une religion ou une philosophie, et la question n’a jamais été tranchée. Posée en ces termes, elle ne peut avoir de sens que pour un Occidental. Il n’y a qu’en Occident où la philosophie soit une simple branche du savoir, comme les mathématiques ou la botanique, où le philosophe soit un monsieur, généralement un professeur, qui étudie durant son cours une certaine doctrine, mais qui, rentré chez lui, vit exactement comme son notaire ou son dentiste, sans que la doctrine qu’il enseigne ait la moindre influence sur son comportement dans la vie. Il n’y a qu’en Occident où la religion ne soit, chez la grande majorité des fidèles, qu’un petit compartiment que l’on ouvre à certains jours, à certaines heures ou dans certaines circonstances bien déterminées, mais que l’on referme soigneusement avant d’agir.
S’il existe aussi en Orient des professeurs de philosophie, un philosophe y est un maître spirituel qui vit sa doctrine, entouré de disciples qui veulent la vivre à son exemple. Sa doctrine n’est jamais pure curiosité intellectuelle, elle n’a de valeur que par sa réalisation. À quoi bon désormais se demander si le Bouddhisme est une philosophie ou une religion ? Il est un chemin, une voie de salut, celle qui mena le Bouddha à l’Éveil ; il est une méthode, un moyen d’atteindre à la libération par un travail mental et spirituel intense".

André Migot, « Le Bouddha », Éditions Complexe n°57, 1994, p. 143 ; cité par Matthieu Ricard, in Matthieu Ricard/Jean-François Revel, "Le moine et le philosophe", Pocket n°10346, 2004

Monastère, Ladakh, Inde



Les rappels quotidiens

"Les premiers mois de votre pratique peuvent manquer de constance, car il est naturel d’oublier de pratiquer la Pleine Conscience de temps en temps. Mais vous pouvez toujours recommencer. Si vous avez un compagnon de pratique, vous avez beaucoup de chance. Des amis qui pratiquent ensemble se rappellent souvent les uns les autres de pratiquer la Pleine Conscience, et ils peuvent partager leurs expériences et leurs progrès. La Pleine Conscience peut être nourrie en vous par de nombreux moyens variés. Vous pouvez accrocher une feuille d’automne, que vous aurez ramassée dans votre cour, au miroir de la salle de bains, et chaque matin, quand vous la verrez, elle vous rappellera de sourire et de revenir à la Pleine Conscience. Pendant que vous vous laverez le visage ou que vous vous brosserez les dents, vous serez détendu et en Pleine Conscience. La cloche de l’église voisine ou l’horloge de l’hôtel de ville, voire le téléphone peuvent aussi vous ramener à la Pleine Conscience. Je vous recommande de laisser le téléphone sonner deux ou trois fois avant de répondre, pendant que vous inspirez et expirez et que vous prenez le temps de retourner à votre vrai soi".

Thich Nhat Hanh, « La vision profonde, De la pleine conscience à la contemplation intérieure », Albin Michel n°131, 2009), p. 177-178

Instruments de cérémonie bouddhistes, Ladakh