samedi 21 janvier 2012

Le scan corporel

"Le scan corporel est une forme de méditation extrêmement puissante et curative. Il est au cœur même des pratiques couchées auxquelles les gens s’exercent en MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction). Il s’agit systématiquement de balayer le corps avec l’esprit, en appliquant une attention affectueuse sincère et intéressée à ses différentes régions… C’est également l’occasion de nous mettre à l’écoute des remarquables structures anatomiques, fonctions biologiques et autres dimensions plus poétiques, métaphoriques et émotionnelles des différentes régions du corps, mais également de l’histoire et du potentiel individuel de chacune d’elles…
Le balayage peut être réalisé avec force précisions et détails, en visualisant successivement par l’esprit les différentes régions corporelles, en les « habitant » avec conscience et en s’attardant en leur compagnie, en dehors du temps. Il peut s’agir également de sentir le souffle pénétrer et traverser chaque région (ce qui est le cas, bien entendu, puisque chacune d’elles est atteinte et immergée par l’énergie du souffle grâce au sang oxygéné). Si vous pratiquez seul, vous pouvez aller calmement à votre rythme, en prenant le temps d’habiter chaque région et d’entretenir une intimité profonde avec elle telle qu’elle est à ce moment même, à travers votre souffle et l’attention directe et instantanée aux sensations brutes émanant d’elle. Une fois prêts, vous pouvez la laisser être et la relâcher tout en choisissant de passer à la région suivante.
… L’usage intensif de cette pratique est recommandé lorsqu’on est confronté à des problèmes de santé et/ou à des douleurs chroniques en tout genre. Le scan corporel ne s’adresse pas à tout le monde et n’est pas forcément la méditation la plus pratiquée, y compris chez ceux qui l’apprécient particulièrement. Mais il est très bon de le connaître et de s’y adonner de temps en temps, peu importe votre situation ou votre état. Si vous considérez votre corps comme un instrument de musique, le scan corporel est un moyen de l’accorder. Si vous le considérez comme un univers, c’est un moyen de le connaître. Si vous le considérez comme une maison, c’est un moyen d’ouvrir toutes ses portes et ses fenêtres à la volée afin de laisser l’air frais de la claire conscience faire place nette.
On peut également balayer son corps bien plus rapidement, selon le temps dont on dispose et la situation dans laquelle on se trouve. Le balayage peut se réaliser l’espace d’une inspiration et d’une expiration, ou pendant une, deux, cinq, dix ou vingt minutes. Il va sans dire que le niveau de précision et de détail variera en fonction du rythme auquel on se déplace dans son corps, mais chaque vitesse a ses vertus, et, en définitive, il s’agit d’être en contact avec l’intégralité de son être et de son corps de toutes les manières possibles, tout en restant complètement en dehors du temps.
On peut pratiquer des scans corporels longs ou, courts, le soir ou le matin, allongé sur son lit. On peut également se mettre assis ou même debout. Comme pour toutes les autres formes de méditation couchée, il existe d’innombrables façons créatives de l’intégrer à sa vie. Si vous avez recours à l’une d’elles, il est très probable que vous éprouviez une énergie nouvelle, que vous soyez conduits à apprécier votre corps d’une manière également nouvelle et à découvrir à quel point il peut être le moyen d’incarner ici et maintenant ce qu’il y a de plus profond et de meilleur en vous, y compris votre dignité, votre beauté, votre vitalité et votre esprit quand il est ouvert et serein."

Jon Kabat-Zinn John, « L’éveil des sens : vivre l’instant présent grâce à la pleine conscience », 2005, Pocket n°14 424, 2011, p. 250-254

Niger, ombres et lumières



dimanche 15 janvier 2012

Simple mais pas facile

"La plupart des conseils de sagesse que l’on retrouve en tout temps et en tout lieu ont un côté simple et évident : certains les ont appelés les « grandes platitudes ». Grandes parce que, tout de même, elles ont été énoncées par de grands esprits, et ont traversé les siècles pour continuer de nous concerner aujourd’hui encore. Platitudes parce que effectivement, à les lire, on a le sentiment de ne rien découvrir. Mais c’est finalement très bien qu’il en soit ainsi, puisqu’il s’agit d’attitudes à appliquer quotidiennement : il faut bien que cela soit simple, pour être pratiqué par des humains ordinaires. Car la sagesse a pour vocation d’être une valeur et une pratique universalisables, et non élitistes, D’où l’importance, comme le notait Marc Aurèle, de disposer de « maximes brèves pour aider à la vie ». Qu’il s’agisse de celles des stoïciens, du zen, ou du tao, les paroles de sagesse vont d’ailleurs toujours au-delà de ce qu’elles semblent dire au premier abord. On le réalise en s’attachant à les mettre en œuvre chaque jour de notre vie : on découvre bien vite que ce n’est pas chose facile. On sort alors de ce qui n’était en mots qu’une platitude, et qui devient en actes un exercice de sagesse. Pratiquons donc les grandes platitudes, avant de les juger si plates…"

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009 [2011 pour l’édition poche, n°295], p.421

Formations rocheuses, vallée de l'Indus, Ladakh

Parole du Dalaï-Lama

« Nous sommes des visiteurs sur cette planète, de passage pour quatre-vingt-dix ou cent ans au plus. Une période pendant laquelle on doit tâcher de faire de sa vie quelque chose de bien, d’utile. Efforcez-vous d’être en paix avec vous-même, et aidez les autres à partager cette paix. Si vous contribuez au bonheur des autres, vous trouverez le véritable but, le vrai sens de la vie. »

Sa sainteté, le XIVème Dalaï-lama, cité par Lama SURYA DAS, « Éveillez le Bouddha qui est en vous », Pocket n°10736, 2005, p.190

Niger, dune

Derrière la cascade

"L’esprit en cascade est une autre image que les méditants trouvent souvent utile, comme si le flux de nos pensées et de nos émotions s’écoulait d’une falaise élevée, provoquant une énorme chute. Imaginez une caverne derrière le rideau d’eau et d’embruns, à l’intérieur de laquelle nous pouvons nous asseoir, observer et écouter le flux de pensées et d’émotions, en percevant peut-être au moins certaines d’entre elles comme des gouttelettes individuelles, comme de discrets événements au sein de la chaotique complexité de l’eau qui tombe, des événements individuels que nous pouvons voir, percevoir et connaître sans pour autant tomber dans le torrent et être emportés, sans même être mouillés par les embruns. Nous restons confortablement au sec, en nous contentant d’être, de connaître chaque événement mental, chaque glouglou, tel qu’il survient, se prolonge et se dissout."

Jon Kabat-Zinn John, « L’éveil des sens : vivre l’instant présent grâce à la pleine conscience », 2005, Pocket n°14 424, 2011, p.264

Cascade

Reposez-vous : souriez !

"Sourire et serrer les dents
Nous avons évoqué tout à l’heure un phénomène bien connu des spécialistes des émotions : le feed-back facial, qui fait que sourire augmente légèrement les états d’âme positifs. Ainsi, la petite feuille photocopiée que l’on voit dans tant de secrétariats et d’administrations : « Sourire mobilise quinze muscles mais faire la gueule en sollicite quarante. Reposez-vous : souriez ! », s’appuierait donc sur des bases neuropsychologiques approfondies. …
Les plus amusantes études de ce type consistent à vous faire regarder des dessins animés tout en tenant un crayon soit entre les dents (essayez : vous verrez que cela vous force à une grimace qui ressemble à un sourire), soit entre les lèvres (la grimace devient une mimique triste). Les dessins vus sous sourire, même un peu forcé, sont jugés plus drôles que ceux vus avec les commissures labiales rabaissées. Nous apprécions davantage la vie en souriant qu’en nous renfrognant..."

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009 [2011 pour l’édition poche, n°295], p.380-381

Petite fille à la fenêtre, Leh, Ladakh

La maîtrise de soi

"La faculté de ramener volontairement une attention vagabonde, encore et encore, est à la source même du jugement, du caractère et de la volonté. Quiconque ne la possède pas n’est pas « compos sui » [maître de soi]. Une éducation vouée à améliorer cette faculté serait l’éducation par excellence. Mais il est plus aisé de définir cet idéal que d’indiquer la marche à suivre pour y parvenir."

William JAMES, Principes de psychologie (1890) (Cité par Jon Kabat-Zinn, « L’éveil des sens : vivre l’instant présent grâce à la pleine conscience »,2005, Pocket n°14 424, 2011, p.127)

Torrent, Alpes françaises



mercredi 4 janvier 2012

Accéder à la compassion par la gratitude

"En prêtant encore et toujours attention aux efforts faits par les autres pour embellir nos vies. C’est la démarche de la gratitude : en écoutant de la musique, penser à Bach qui, au lieu d’aller à la pêche ou de se promener un peu plus longtemps avec ses enfants, s’est installé à son pupitre pour composer tous ces déluges de beauté métronomique, dont je profite plusieurs siècles plus tard. Se réjouir qu’il ait existé et travaillé. Car la compassion doit aussi déboucher sur un intérêt pour les autres, même non souffrants, sur un intérêt pour leurs réalisations. Et sur la joie d’être un humain, et sur la gratitude pour ceux qui ont permis que cette joie existe en nous. La démarche est la même pour nous : pratiquer l’autocompassion à notre égard, la reconnaissance et la compréhension de nos souffrances, mais aussi la conscience de tous les biens, grands et petits, que nous avons faits aux autres. Conscience de nos milliers de sourires, de paroles et de gestes de réconfort ; ceux dont nous étions conscients, et ceux, plus nombreux et plus beaux encore, que nous avons dispensés sans nous rendre compte qu’ils faisaient du bien à quelqu’un, quelque part."

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009 [2011 pour l’édition poche, n°295], p. 366

Niger, enfant

La non-maîtrise de soi

"La naissance d’une émotion aliénante annihile l’indépendance. Pendant cette période où elle interfère, l’esprit est perturbé. La capacité d’appréciation est restreinte. Un violent désir ou une haine intense bloque notre aptitude à analyser si un acte est opportun ou fâcheux. Des paroles extravagantes sont lancées, et nous devenons agressifs. Dès que l’émotion retombe, nous sommes embarrassés et cherchons à nous excuser. Cela montre notre incapacité, en cas de forte situation émotive, à trancher entre le bon et le mal, le correct et le déplacé. Le contrôle de nous-mêmes est perdu sous l’emprise de la haine et du désir.
Sous l’emprise de cet état d’irritation, vous créez un profond malaise chez les personnes à proximité. Face à un individu en colère, le spectateur éprouve un mal-être et les parents et amis sont accablés et perturbés. Le trouble redouble avec la manifestation d’actes hostiles mentaux ou physiques. Ainsi, les émotions aliénantes ruinent votre vie, anéantissent les membres de la famille, les proches, une communauté, la société. … Tsongkhapa (1357-1419) dit : « Dès qu’une émotion aliénante surgit, elle affecte le mental entièrement, fausse le jugement sur les événements, et renforce un penchant latent qui facilitera à son tour la résurgence d’autres émotions perturbatrices. Elle est nuisible pour vous comme pour les autres.» 

Dalaï-lama, "Cheminer vers l'éveil", Éditions Plon, Points Sagesse 2009, p.166

Niger, arbre mort

Dormir moins longtemps

"Qui ne s'est écrié: "Ah! ne plus penser!" et n'a pas béni le sommeil qui le délivre du poids du mental. Cette paix et ce repos du sommeil sont possibles à l'état de veille, avec cette conséquence qu'au lieu de dormir huit heures chaque nuit, deux à trois heures deviennent suffisantes."

"Les Chemins de la Sagesse" d'Arnaud Desjardins,  Ed. La Table Ronde, p. 138

Niger, lever de lune

samedi 17 décembre 2011

Ensemencer la nuit

"Les pensées positives du soir:
Cet exercice est un classique de la psychologie positive. Il consiste à se demander chaque soir peu avant de s’endormir : quels bons moments ai-je vécus aujourd’hui ? Souvent, les personnes à qui l’on propose ce travail commencent par chercher non pas de bons moments mais des grands moments, des grandes joies. En fait, ce sont simplement des petits bonheurs que l’on suggère d’évoquer, dans une démarche simple. Nous disposons de travaux montrant les bénéfices de ces exercices. Bénéfices qui semblent plus clairs encore lorsqu’on demande de centrer ces pensées positives sur des états d’âme de gratitude : en quoi ces bons moments que j’ai vécus sont-ils dus à d’autres personnes ? Penser alors aux gestes directs dont j’ai bénéficié, mais aussi indirects : les humains qui ont créé et entretenu le sentier sur lequel j’ai marché, ceux qui ont écrit et joué la musique que j’ai écoutée, fait pousser le fruit que je mange …"

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009 [2011 pour l’édition poche, n°295], p. 401-402

Coings

Guérir la colère

"À force d’explorer les méandres de nos motivations inconscientes, la psychologie moderne a fini par considérablement sous-estimer l’importance de nos décisions conscientes dans les processus de changement. Or décider de laisser de moins en moins de place à la colère et au ressentiment dans sa vie, c’est possible. En tout cas, ce qui est possible, c’est de décider d’y travailler. En Sachant que, comme dans tous les combats contre les habitudes, il y aura de nombreuses rechutes et retours de ressentiment : nous devons accepter que ça revienne régulièrement sans le considérer comme la preuve que c’est impossible, mais simplement que ces retours font partie du processus de changement. En France, et plus généralement dans les pays latins, les efforts à faire face à la colère ne sont guère soulignés, et il existe davantage de livres consacrés de manière plus ou moins directe à l’éloge de la colère ou au droit à la colère, que de manuels expliquant comment la contrôler. Dans d’autres pays, la colère est prise plus au sérieux : aux États-Unis par exemple, mais aussi dans bien d’autres endroits, existent des centres de soins spécialisés et des sites Internet dédiés aux colériques qui veulent ne plus l’être".

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009 [2011 pour l’édition poche, n°295], p. 158

Le gardien du temple, Ladakh

Guérir la dépression...durablement

"… Notre biologie cérébrale est malléable : c’est ce qu’on appelle la neuroplasticité. Toute difficulté psychologique s’ancre certes dans une réalité cérébrale biologique : lorsqu’on est déprimé ou anxieux, cela n’est pas immatériel, mais correspond à des dysfonctionnements cérébraux. Mais il n’y a pas que les difficultés : tous les phénomènes cérébraux reposent sur de la biologie. Agir, sentir, aimer : tout cela passe par notre circuiterie cérébrale. Apprendre à lire, à compter, à changer aussi. Tout changement régulier, tout apprentissage s’imprime peu à peu dans notre cerveau. Lorsque nous apprenons à jouer d’un instrument de musique, nous créons des connexions entre différentes zones cérébrales (cortex moteur, auditif, visuel, etc.). Et de même, lorsque nous apprenons à comprendre et réguler nos états d’âme, et les comportements et pensées qui leur sont associés. On a montré dans des études conduites auprès de personnes déprimées ou anxieuses que, grâce aux efforts effectués en psychothérapie, nous pouvions en quelque sorte réparer ou compenser les dysfonctionnements de nos neurotransmetteurs. Comme le font les médicaments. Et durablement. Ce que ne font pas, ou pas toujours, les médicaments …"

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009, p. 242

Ladakh, cultures

L'art sacré

"La société humaine est un vaste champ de bataille où sont confrontés les ténèbres et la lumière, l'irréel et le réel, l'involution et l'évolution, le mensonge et la vérité, la souffrance et la sérénité. Les émotions individuelles sont les alliées toutes-puissantes de l'aveuglement. Tout art fondé sur les émotions de l'artiste excite et nourrit celles des spectateurs ou auditeurs et, du point de vue de l'éveil, agit comme un hypnotique."

 Arnaud Desjardins, Les chemins de la sagesse, Tome II, Ed. La Table Ronde, p.39

Delhi, Mausolée d'Humayun, reflet

Les nourritures subtiles

"Nous devons d'abord être convaincus qu'à chaque seconde, ce que nous percevons ou faisons contribue à constituer notre être. Si d'un côté, je lutte pour grandir et me transformer et que, d'un autre, je me soumets à des influences qui me maintiennent au niveau ordinaire, physique de la vie, je ne peux pas accéder aux plans ou aux états supérieurs de l'être."

Arnaud Desjardins, Les chemins de la sagesse, Tome II, Ed. La Table Ronde, p.40

mercredi 7 décembre 2011

Tendre l'oreille à nos états d'âme

"Il y a de nombreuses façons d’approcher ses états d’âme. Souvent, il faut s’arrêter. S’arrêter de faire ce qu’on est en train de faire : travailler, courir, pester contre le monde … Nos états d’âme sont toujours là, en bruit de fond. On s’arrête et on écoute, comme on le fait en forêt, lorsqu’on cesse de marcher et qu’on tend l’oreille ; on entend alors le vent, les arbres, les oiseaux, toute la rumeur des bois. Simplement s’arrêter et observer ce qui murmure en nous est souvent suffisant, au début. Puis on veut aller un peu plus loin : alors, il nous faudra apprendre à mieux écouter et mieux observer nos états d’âme, par exemple par la méditation, dont nous parlerons, ou par l’écriture de soi, dont nous parlerons aussi. Il y a ainsi beaucoup d’apprentissages et de pratiques qui vont nous permettre de plonger dans nos états d’âme, nous apprendre à les observer, à les décomposer… . Il existe dans la méditation zen une belle métaphore, celle de la cascade : chacun de nous peut observer ses états d’âme, tout en restant très proche de ceux–ci, à l’image du promeneur qui s’est glissé derrière la cascade, et se trouve transitoirement à l’abri entre le rocher et le torrent qui dégringole – un peu trempé, un peu tremblant, mais protégé et privilégié. Un des objectifs de la méditation dite de pleine conscience est ainsi de se mettre un instant sur le côté, et de voir passer ses états d’âme, les décomposer, les comprendre. Mais sans chercher à en arrêter le flot : qui songerait à couper l’eau d’une cascade ?"

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009, p. 22-23

Niger

Rémanence et résurgence

"Autre caractéristique des états d’âme : leur rémanence. La rémanence, c’est la persistance partielle d’un phénomène après la disparition de sa cause. Par essence, les états d’âme durent au-delà des situations qui les ont justifiés ou déclenchés. Il y a aussi avec eux un fréquent effet de résurgence : leur réapparition, analysée avec mille finesses à des jours, ou des années de distance, est un des charmes des romans de Marcel Proust : « Rien qu’un moment du passé ? Beaucoup plus, peut-être ; quelque chose qui, commun à la fois au passé et au présent, est beaucoup plus essentiel qu’eux deux … » Les états d’âme, c’est le sillage de nos faits et gestes, tous les interstices par lesquels notre passé, ou nos attentes, s’invite à la table du présent. C’est tout ce qui reste en nous après que le train de la vie est passé.
Pour parler de nos états d’âme nous disposons de nombreux mots : état d’esprit, humeurs, sentiments. Les Anglais parlent de feeling, mood. Dans la littérature scientifique, le terme que je préfère, le plus approchant, est celui qu’utilise le chercheur en neurosciences Antonio Damasio, qui parle de « sentiments d’arrière-plan », appellation qui a le mérite de rappeler leur discrétion. Mais « états d’âme », c’est plus joli, non ?"

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009, p. 22

Niger

La météo psychique

"… Les états d’âme existent en permanence, sans intervention volontaire de notre part. Nous en avons une conscience plus ou moins claire et, en tout cas, ils sont toujours accessibles à nos efforts d’introspection. D’où leur importance dans l’idée de « vie intérieure », qui ferait comme un écho à une « vie extérieure » (même si les choses sont bien sûr un peu plus compliquées et mêlées). Nos états d’âme s’invitent dans chacune de nos activités. En remplissant un formulaire administratif, vous pensez que vous ne faites que le remplir. Mais non, il y a aussi des états d’âme plus ou moins flottants qui sont sans doute en train de prendre vie : agacement de perdre du temps avec ces paperasseries, inquiétude de ne pas faire d’erreurs, envie d’être ailleurs, peut-être même quelques souvenirs d’enfance de pénibles devoirs sur table… Comme une météo psychique, nos états d’âme sont un climat mental, beau ou morose, parfois stable sur plusieurs jours, parfois changeant plusieurs fois dans la journée…"

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009, p. 21-22

Arc en ciel dans les Vosges

jeudi 1 décembre 2011

Etats d'âme

"On pourrait définir les états d’âme en disant qu’ils sont des contenus mentaux, conscients ou inconscients, mêlant états du corps, émotions subtiles et pensées automatiques, et qui vont influencer la plupart de nos attitudes. Nous ne leur accordons en général que peu d’attention ni ne leur consacrons d’efforts, que ce soit pour les comprendre, les intégrer à notre réflexion, ou leur demander de se mettre à notre service… Ils font tout cela d’eux-mêmes, tout seuls : leur rôle, et leur influence sur ce que nous sommes et ce que nous faisons, est immense. …
Nos états d’âme sont davantage que des pensées ou des émotions : ils sont leur mélange. Aucune émotion n’est exempte de pensée, aucune pensée n’est pure de souvenir, aucun souvenir n’existe sans émotion, etc. Les états d’âme sont l’expression de ce grand mélange indissociable de tout ce qui se passe en nous et autour de nous : mélange d’émotions et de pensées, de corps et d’esprit, de dehors et de dedans, de présent et de passé. Ce mélange est évidemment aussi riche que compliqué : impur, unique, labile, toujours recommencé, jamais exactement le même. Comme les vagues de la mer …
Les états d’âme ne sont pas seulement un empilement d’idées, émotions ou sensations, mais aussi une construction originale : la fusion, la synthèse que nous effectuons automatiquement, entre le dedans (état du corps et vision du monde) et le dehors (réactivité à ce qui nous arrive : nous sommes touchés par les événements). Les états d’âme sont un phénomène psychique agrégateur : ils relient passé, présent et futur dans un sentiment de cohérence et de destinée. Ils sont comme le liquide d’un bain conducteur d’électricité : grâce à eux, tout s’embrase et tout s’éclaire, nous éprouvons illumination ou menace, nos souffrances s’apaisent doucement ou furieusement redoublent."

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009, p. 20-21

Ardoises peintes, monastère de Hemis, Ladakh


Consommer pour se consoler?

"Toutes les études concordent : plus les traits matérialistes sont élevés chez une personne, plus son niveau de bien-être personnel est bas, et haut le risque de présenter des souffrances psychologiques. Ceci est particulièrement net chez les adolescents et les étudiants, sans doute parce qu’il s’agit des populations les plus fragiles : les plus fortement exposées aux pressions sociales et publicitaires sur ce qu’il faut avoir pour être quelqu’un de bien, et les moins au clair avec ce qui compose une vie heureuse et intéressante. Mais tout le monde est bien évidemment concerné.
Dans une intéressante étude de suivi sur dix-neuf ans, auprès d’environ douze mille personnes, on a pu montrer que plus quelqu’un exprimait des valeurs et des objectifs matérialistes à un moment donné, plus, lorsqu’on évaluait ce qu’était devenue sa vie quelque vingt ans après, on retrouvait de dégâts en termes de qualité de vie privée et de sentiment de bonheur."

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009, p. 295


24 heures par jour

"Il y a des choses qui sont disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il ne tient qu’à nous de savoir en profiter. L’air pur est disponible vingt-quatre heures par jour. La question est de savoir si nous avons le temps et la conscience de l’apprécier. On ne peut pas reprocher à l’air pur de ne pas être là ! Demandons-nous plutôt si nous avons su prendre le temps d’être conscients de l’air pur et de le savourer. Notre pleine conscience est l’une des conditions qui nous aident à être libres de vivre pleinement ce qui se trouve là. Si notre pleine conscience n’est pas là, alors il n’y aura rien à apprécier. Nous ne serons pas conscients du soleil, de l’air pur, des étoiles, de la lune, des êtres humains, des animaux et des arbres.
L’écrivain André Gide a dit que Dieu est présent vingt-quatre heures par jour. Dieu est bonheur. Dieu est paix. Pourquoi ne savons-nous pas apprécier Dieu ? Parce que nous ne sommes pas libre : notre esprit n’est pas là. Pourtant nous avons la capacité de toucher Dieu, de l’apprécier. La pratique de la pleine conscience nous aide à nous libérer pour savourer ce qui est là."

Thich Nhat Hanh, « Bouddha et Jésus sont frères », J’ai Lu n°11 555, 2010, p. 7-8

Lampes à beurre dans un monastère, Ladakh