jeudi 24 mars 2011

Toutes les méditations se rejoignent

"Il n’y a pas seulement une manière de méditer. La plus ancienne discipline de l’intériorité est la tradition du yoga. En sanskrit, le terme yoga désigne un ensemble de pratiques visant à la fusion du corps et de l’esprit au profit de l’unité et de la paix intérieures. Un chemin vers notre propre « être supérieur » toujours présent à l’intérieur de nous. Mais cette tradition pose comme principe qu’il n’y a pas seulement un chemin. Au contraire, chaque culture, chaque personne doit trouver la voie qui lui convient le mieux. Le point central, commun à ces nombreuses pratiques, consiste à retirer temporairement son attention du monde extérieur et des pensées qui s’y rapportent, puis de la focaliser sur le sujet de méditation choisi. Ce dernier, en revanche, varie au gré des écoles. Il peut s’agir du corps et de ses sensations, comme dans le Hatha yoga qui travaille sur les postures et la respiration. Les traditions du taï chi, ou du qigong, le yoga nidra, la sophrologie ou la méthode de cohérence cardiaque sont des versions différentes de cette forme générale de « méditation » centrée sur le corps. L’hypnose, qui concentre l’attention de façon particulièrement puissante, permet également de mobiliser les forces profondes du corps. On peut aussi se concentrer sur la flamme d’une bougie, une image sacrée, un mot (« Paix » et « Amour » sont souvent utilisés à cet effet), une prière (1’Ave Maria, les mantras bouddhiques, le « dhikr » soufi, le « shalom » hébreu, etc.) ou encore un paysage (l’image d’un lac, d’une montagne, d’un arbre). Dans la pratique enseignée par Jon Kabat-Zinn – la « méditation de pleine conscience » -, l’objet principal est l’attention ramenée simplement et répétitivement sur ce qui se présente à la conscience dans l’instant présent, sans s’y appesantir, et en se contentant d’observer ce qui émerge ensuite spontanément. Si une pensée apparaît, on pose sur elle l’étiquette « pensée », puis on regarde ce qui vient après. S’il s’agit d’une émotion, on la nomme à son tour « émotion », et on en détache son attention. Il en va de même pour une « sensation », un sentiment d’inconfort, une envie d’arrêter, etc.
La tradition du yoga reconnaît également comme des formes élevées de pratique l’étude des textes sacrés, ainsi que le travail humanitaire quand il est pratiqué avec la conscience de chaque instant. La clé, dans tous les cas, est le contrôle de l’attention. À travers l’usage rigoureux de celle-ci, chaque voie offre, à sa manière, une possibilité d’entrer dans le même état de cohérence intérieure qui favorise l’intégration de tous les rythmes biologiques et des fonctions d’harmonisation de l’organisme.
Le plus important n’est pas telle technique particulière, ni telle façon de l’appliquer. Il n’y a pas de phrase secrète et magique qui puisse guérir le cancer pourvu qu’elle soit récitée comme il faut et autant de fois qu’il faut. Il n’existe pas de position de yoga tantrique capable d’aligner exactement toute l’énergie du corps pour peu qu’on sache la maîtriser. Ce qui semble essentiel – et utile – à la mobilisation des forces de l’organisme, c’est de renouer chaque jour le contact, dans la sincérité, la bienveillance et le plus grand calme, avec ce qu’il y a de profond et de meilleur en soi. Avec la force de vie qui vibre partout dans notre corps. Et de la saluer avec respect".

Servan-Schreiber David, « Anticancer, Prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles », Éditions Robert Laffont 2007, p. 272-273

L'intelligence du coeur

"L’idéogramme pour le mot « pensée » en chinois ancien est composé des deux caractères « cerveau » et « cœur ». La philosophie chinoise antique voyait l’activité de l’esprit comme la confluence de la raison et des émotions. … Au-delà de sa valeur symbolique, nous savons aujourd’hui, que la description chinoise de la pensée est une traduction fidèle de la physiologie elle-même. En effet, le cœur possède 40 000 neurones formant un petit cerveau semi-autonome, qui entretient des relations intenses avec l’ensemble du cerveau situé dans la boîte crânienne. Certains neuroscientifiques et cardiologues – comme le professeur J. Andrew Annour, de l’université de Montréal – parlent d’un « système cœur-cerveau » indissociable.
L’intestin, lui aussi, possède plusieurs millions de neurones qui en font un « deuxième cerveau » d’après le professeur Michael Gershon, de l’université de Columbia. Enfin, Candace Pert, de l’Institut national de la santé américain, a montré que le système immunitaire échange constamment des molécules d’information avec le cerveau. Au total, comme Spinoza l’avait suggéré au XVIIe siècle, et comme le grand neurologue Antonio Damasio l’a étayé au tournant du XXIe, il n’y a pas d’événement conscient qui ne soit à la fois une manifestation du cerveau et de l’infinie vibration de tous les organes du corps. Une conversation permanente a cours entre tous ces organes – entre les uns et les autres, et avec le cerveau. Ils échangent de l’information à travers les fibres nerveuses de ce qu’on appelle le système nerveux autonome (qui régit, indépendamment de la volonté, les battements du cœur, la tension artérielle, la sudation, etc.), mais aussi à travers toutes les molécules des émotions décrites par Candace Pert qui forment via le flux sanguin un réseau de communication parallèle au système nerveux. Du coup, nos élans, nos désirs, nos décisions ne sont que la manifestation de l’activité bourdonnante de toutes ces molécules qui, chacune essaient de maintenir la vie autour d’elles, et ils agissent en retour sur ces pulsations. La « santé », elle, résultant à chaque instant de l’équilibre entre toutes ces relations. Une vibration harmonieuse".

Servan-Schreiber David, « Anticancer, Prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles », Éditions Robert Laffont 2007, p. 251-253

Notre précieuse vie humaine...

"C'est ainsi que vivent la plupart d'entre nous, suivant un plan établi d'avance. Nous consacrons notre jeunesse à faire des études. Puis nous trouvons un travail, rencontrons quelqu'un, nous marions et avons des enfants. Nous achetons une maison, nous nous efforçons de réussir professionnellement, rêvons d'une résidence secondaire ou d'une seconde voiture. Nous partons en vacances avec des amis. Nous faisons des projets pour notre retraite. Pour certains d'entre nous, le plus grand dilemme auquel nous ayons jamais à faire face est de décider du lieu de nos prochaines vacances ou de choisir qui inviter pour Noël. Notre existence est monotone, mesquine et répétitive, gaspillée à poursuivre des objectifs insignifiants car nous semblons, en fait, ne rien connaître de mieux.
Le rythme de notre vie est si trépidant que la dernière chose à laquelle nous ayons le temps de penser est la mort. Nous étouffons notre peur secrète de l'impermanence en nous entourant d'un nombre sans cesse croissant de biens, d'objets, de commodités, pour en devenir, en fin de compte, les esclaves. Tout notre temps et toute notre énergie s'épuisent à les maintenir. Notre seul but dans l'existence devient bientôt de nous entourer du maximum de sécurité et de garanties. Lorsque des changements surviennent, nous y remédions par une solution facile et temporaire, un expédient. Et notre vie s'écoule ainsi, à moins qu'une maladie grave ou une catastrophe ne vienne nous secouer de notre torpeur".

SOGYAL Rinpoché, « Le livre tibétain de la vie et de la mort », Le Livre de Poche n°30 024, p. 55-56

Enfant du Niger

Le rosaire et le mantra

"Depuis quinze ans, le docteur Luciano Bernardi, de l’université de Pavie en Italie, s’intéressait aux rythmes autonomes du corps qui forment la base de la physiologie : le rythme de la respiration, les variations du rythme cardiaque – qui accélère ou ralentit d’un battement à l’autre et selon les moments de la journée -, les montées et descentes de la tension artérielle, et même les variations de flux et reflux du sang vers le cerveau. Il savait qu’un bon équilibre de ces différents biorythmes est le meilleur indicateur de bonne santé que l’on connaisse, capable de prédire la survie à quarante ans de distance selon certaines études. Plus leurs variations sont amples et régulières, plus les fonctions du corps produisent une pulsation qui semble être l’expression même de la vie. Le docteur Bernardi traquait les conditions qui pouvaient entraîner une désorganisation temporaire de ces rythmes, et étudiait la façon dont l’organisme rétablissait ensuite son équilibre. Pour cela, il faisait faire à ses sujets des exercices comme du calcul mental ou de la lecture à voix haute, tout en mesurant les microvariations des battements du cœur, de la tension artérielle, du flux sanguin vers le cerveau, et de la respiration. II put ainsi noter que le moindre exercice mental se répercutait immédiatement sur les rythmes, qui réagissaient en s’adaptant à cet effort, fût-il minime. Mais la grande surprise vint de ce que l’on appelle la condition « de contrôle », ou « neutre ».
Afin de mesurer les modifications physiologiques déclenchées par les exercices mentaux, il faut les comparer à une condition dite neutre – c’est-à-dire où les sujets parlent, mais sans effort mental. Dans cette expérience, la condition neutre consistait à faire réciter aux sujets un texte connu par cœur dont l’articulation n’exigeait aucune attention. Comme ils étaient en Lombardie, il avait tout naturellement pensé à leur faire réciter… le rosaire.
Lorsque les cobayes du docteur Bernardi se mirent à réciter une litanie d’Ave Maria en latin, les appareils enregistrèrent un phénomène totalement inattendu : tous les rythmes biologiques mesurés entrèrent en résonance. Ils s’alignaient tous les uns sur les autres, s’amplifiaient mutuellement et finissaient par s’harmoniser ! Loin de croire à un miracle, le docteur Bernardi découvrit une explication aussi simple qu’essentielle : en Italie, l’assemblée récite le rosaire en alternance avec le prêtre. Chaque énonciation se fait en une seule expiration, l’inspiration suivante se faisant pendant le tour du prêtre. Les sujets avaient tout naturellement adopté ce rythme qui leur était habituel. Ce faisant, ils s’étaient calés mécaniquement – et sans en avoir conscience – sur une fréquence de six respirations par minute. Or, il s’agit précisément du rythme naturel de fluctuation des autres fonctions qu’il se proposait de mesurer (cœur, tension artérielle, flux sanguin dans le cerveau), et du coup elles étaient toutes entrées en résonance. Elles se renforçaient même mutuellement comme lorsque, assis sur une balançoire, on projette ses jambes en avant en cadence afin d’augmenter l’amplitude des oscillations.
Piqué dans sa curiosité, Luciano Bernardi se dit que si l’Ave Maria avait cette capacité de moduler la physiologie en profondeur, d’autres pratiques religieuses devaient avoir un effet comparable. Surtout celles qui placent la conscience du corps au centre de la quête spirituelle, comme l’hindouisme et le bouddhisme. Bernardi prolongea donc l’expérience initiale en faisant apprendre à des personnes qui n’avaient jamais pratiqué de discipline orientale le mantra le plus connu de tout le bouddhisme : « Om-Mani-Padme-Hum ». Comme dans le yoga, les nouveaux sujets avaient appris à le réciter en faisant vibrer chaque syllabe et en laissant porter leur voix pour ressentir les vibrations, puis en accompagnant l’expiration jusqu’à ce qu’ils aient à nouveau envie d’inspirer pour la répétition suivante. Bernardi observa exactement les mêmes résultats qu’avec l’Ave Maria : la respiration se calait d’elle jusqu’à ce qu’ils aient à nouveau envie d’inspirer pour la répétition suivante. Bernardi observa exactement les mêmes résultats qu’avec l’Ave Maria : la respiration se calait d’elle-même sur un rythme de six par minute, et l’harmonisation – la « cohérence » - des autres rythmes biologiques s’opérait de la même façon ! Intrigué, Bernardi se demanda si cette correspondance inattendue entre des pratiques religieuses aussi distantes n’était pas due à des racines historiques communes. De fait, il semblerait que la pratique du rosaire ait été introduite en Europe par les croisés, qui la tenaient des Arabes, eux-mêmes l’ayant obtenue des moines tibétains et des maîtres de yoga en Inde… La découverte de l’harmonisation des rythmes biologiques pour le bien-être et la santé remonte donc aux temps les plus reculés".

Servan-Schreiber David, « Anticancer, Prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles », Éditions Robert Laffont 2007, p. 259-262

Niger, d'étranges êtres avec des antennes

Revenir à soi dans le présent

"Depuis 5 000 ans, toutes les grandes traditions médicales et spirituelles de l’Orient – comme le yoga, la méditation, le taï chi ou le qigong - enseignent qu’il est possible de reprendre les rênes de son être intérieur, et de toute sa physiologie, simplement en concentrant son esprit et en portant l’attention sur sa respiration. On sait aujourd’hui à travers de nombreuses études que cette maîtrise est une des meilleures façons de réduire l’impact du stress sur notre vie. C’est aussi une des meilleures façons de rétablir l’harmonie dans notre physiologie et, par conséquent, de stimuler les défenses naturelles du corps. En quoi cela consiste-t-il ?
La première étape de tout processus de maîtrise de la physiologie consiste à apprendre à focaliser son attention et à la tourner vers l’intérieur. C’est peu de dire que nous manquons d’entraînement. Tout dans nos modes de vie habituels nous en détourne. …  Sans attention véritable ni à l’un ni aux autres, le vécu de notre activité vibrionnante ressemble à un no man’s land sans substance. Nous passons tous beaucoup de temps dans ce no man’s land. Les traditions orientales parlent de notre « esprit de singe » : il suffit d’y prêter attention un instant pour constater que nos pensées sautent dans toutes les directions, comme un singe qui s’agite dans une cage, brouillon et inefficace… Nous sommes nombreux à être devenus des étrangers à notre monde intérieur, perdus dans tout ce qui nous semble plus urgent et plus important : nos emails, nos émissions de télévision, nos coups de fil. Nous avons besoin de commencer par nous retrouver".

Servan-Schreiber David, « Anticancer, Prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles », Éditions Robert Laffont 2007, p. 254-256

Changer, c'est vivre.

"L’être humain a peur du changement, de la nouveauté, et il préfère très souvent demeurer dans son contexte habituel, même s’il est très pénible, plutôt que de le quitter pour une situation nouvelle qu’il connaît mal.
« C’est la caverne de Platon ! Platon décrivait des gens nés dans une sorte de grotte très sombre dont ils n’étaient jamais sortis. Cette caverne était leur univers et, bien que glauque, elle leur était familière et donc rassurante. Ils refusaient obstinément de mettre le pied dehors car, ne connaissant pas l’extérieur, ils se l’imaginaient hostile, dangereux. Il leur était dès lors impossible de découvrir que cet espace inconnu était en fait empli de soleil, de beauté, de liberté…
« Beaucoup de gens vivent aujourd’hui dans la caverne de Platon sans s’en rendre compte. Ils ont une peur bleue de l’inconnu et refusent tout changement qui les touche personnellement. Ils ont des idées, des projets, des rêves, mais ne les accomplissent jamais, paralysés par mille peurs injustifiées, les pieds et les poings liés par des menottes dont ils sont pourtant les seuls à avoir la clé. Elle pend autour de leur cou, mais ils ne la saisiront jamais.
« Moi, je crois que la vie elle-même est faite de changement permanent, de mouvement. Cela n’aurait aucun sens de s’accrocher au statu quo. Seuls les morts sont immobiles… On a tout intérêt à non seulement accepter, mais initier le changement afin de pouvoir évoluer dans un sens qui nous convienne".

GOUNELLE Laurent, « Dieu voyage toujours incognito », éd. Anne Carrière, 2010, p. 123

Le mirage des possessions

"L'obsession d'améliorer nos conditions matérielles, qui détermine notre comportement, peut devenir une fin en soi et une distraction dénuée de sens. … Je pense parfois que le plus grand accomplissement de la culture moderne est la publicité remarquable qu'elle fait pour le samsara et ses distractions stériles. La société contemporaine m'apparaît comme une célébration de tout ce qui nous éloigne de la vérité, nous empêche de vivre pour cette vérité et nous décourage de seulement croire à son existence. Étrange paradoxe que cette civilisation qui prétend adorer la vie mais lui retire en fait toute signification réelle, qui clame sans cesse vouloir rendre les gens « heureux » mais, en réalité, leur barre la route menant à la source de la joie véritable !
Ce samsara moderne entretient et favorise en nous une angoisse et une dépression dont il se nourrit en retour. Il les alimente soigneusement par le biais d'une société de consommation qui cultive notre avidité afin de se perpétuer. Il est extrêmement organisé, habile et sophistiqué ; il nous assaille de tous côtés avec sa propagande et crée autour de nous un environnement de dépendance presque insurmontable. Plus nous tentons de lui échapper, plus nous semblons tomber dans les pièges qu'il nous pose si ingénieusement. …
Ainsi, obsédés par des ambitions, des espoirs et des rêves trompeurs qui promettent le bonheur pour mener seulement, en fin de compte, au mal-être, nous ressemblons à des personnes mourant de soif, rampant dans un désert sans fin. Et tout ce que ce samsara nous offre à boire, c'est un verre d'eau salée, destiné à nous assoiffer davantage encore!"

SOGYAL Rinpoché, « Le livre tibétain de la vie et de la mort », Le Livre de Poche n°30 024, p. (p. 43-44/60-61

La sagesse du coeur

"Devant un enfant perdu, incapable de dire ce qui lui fait mal et incapable de se consoler, il suffit souvent de poser une question magique pour l’aider à se réorienter : « Qu’est-ce que sent ton cœur ? » Avec ces quelques mots, il est possible d’ouvrir directement la porte des émotions, en coupant à travers toute la confusion des constructions mentales, des idées sur soi, des « Je devrais » et des « Je ne devrais pas ». Cela aide celui qui souffre à entrer en contact avec ses moteurs intérieurs, ses désirs profonds, ces choses qui, au bout du compte, finissent toujours par déterminer son bien-être ou son malheur.
La même observation vaut pour les adultes. Surtout pour les plus rationnels d’entre eux, qui ont tendance à ne percevoir et à ne réagir que par l’intermédiaire de leur cerveau cognitif. C’est un monde inédit de sensations et d’émotions qui s’ouvre à eux le jour où ils portent leur regard intérieur vers les réactions de leur cœur. Fréquemment, une fois la cohérence établie, ils réalisent qu’ils ont un moi intuitif intérieur qui les a guidés tout du long, et ils en tirent une sensation de compassion, presque de tendresse pour leur être intérieur. Comme le suggèrent les traditions spirituelles orientales, c’est de cette compassion pour l’être intérieur que naît la compassion pour le monde extérieur : la sagesse est en soi, le fait d’en prendre conscience permet de s’ouvrir sur les autres".

Servan-Schreiber David – Guérir le stress, l’anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse, Éditions Robert Laffont 2003, p. 79

Etre utile

"Nous avons tous besoin de nous sentir utiles à autrui. C’est une nourriture indispensable de l’âme, dont le manque crée une douleur d’autant plus déchirante que la mort est proche. Une grande partie de ce qu’on appelle la peur de la mort vient de la peur que notre vie n'ait pas eu de sens, que nous ayons vécu en vain, que notre existence n’ait fait une différence pour rien ni personne".

Servan-Schreiber David, « Anticancer, Prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles », Éditions Robert Laffont 2007, p. 51.

Une précieuse fragilité

"Tant que la maladie ne nous a pas frôlé, la vie nous paraît infinie, et nous croyons qu’il sera toujours temps de nous battre pour le bonheur. Il faut d’abord que je décroche mes diplômes, que je rembourse mon crédit, que les enfants grandissent, que je prenne ma retraite… Plus tard je penserai au bonheur. Remettant toujours au lendemain la quête de l’essentiel, nous risquons de laisser la vie filer entre nos doigts, sans l’avoir jamais vraiment goûtée.
C’est cette curieuse myopie, ces hésitations, que le cancer vient parfois bousculer. En rendant la vie à sa véritable fragilité, il lui restitue son authentique saveur. … Ainsi, la proximité de la mort peut apporter parfois une sorte de libération. À son ombre, la vie acquiert soudain une intensité, une sonorité, une saveur inconnues".

Servan-Schreiber David, « Anticancer, Prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles », Éditions Robert Laffont 2007, p. 44-46

Hommage aux femmes

"Une femme est l’amour, la gloire et l’espérance ;
Aux enfants qu’elle guide, à l’homme consolé,
Elle élève le cœur et calme la souffrance,
Comme un esprit des cieux sur la terre exilée".

Gérard de Nerval, extrait de "1000 Merveilles de la sagesse Chrétienne", Éditions de l'œuvre, 2010, p. 294

vendredi 25 février 2011

Méditer au téléphone

 "Le téléphone est très pratique mais il peut nous tyranniser. Sa sonnerie peut nous déranger. On peut être interrompus par un trop grand nombre d’appel. Quand on parle au téléphone, on oublie parfois. Que l’on parle au téléphone – on perd alors un temps précieux (et de l’argent). Souvent, on parle de choses qui ne sont pas importantes. Combien de fois n’avons-nous pas fait la grimace en recevant la facture de téléphone ? La sonnerie du téléphone crée en nous une sorte de vibration - et peut-être quelque anxiété : « Qui appelle ? Bonnes ou mauvaises nouvelles ?» Pourtant, une force nous pousse vers le téléphone et l’on ne peut pas y résister. Nous sommes victimes de notre propre téléphone.
Je recommande ceci : la prochaine fois que vous entendez votre téléphone sonner, restez simplement là où vous êtes. Inspirez et expirez en conscience. Souriez et récitez ces vers : « Écoute, écoute. Ce son merveilleux me fait revenir à mon vrai moi. » À la seconde sonnerie, vous pouvez répéter ce vers et votre sourire va encore se renforcer. Quand vous souriez, les muscles de votre visage se détendent et vos tensions disparaissent. Vous pouvez vous permettre de respirer et de sourire ainsi. Car si la personne qui appelle a quelque chose d’important à dire, elle attendra certainement trois sonneries. Quand le téléphone sonne pour la troisième fois, vous pouvez continuer à respirer et à sourire tout en marchant vers le téléphone lentement, d’un air souverain. Vous êtes votre propre maître. Vous savez que votre sourire n’est pas destiné à vous seul, mais aussi à l’autre. Si vous êtes irrité ou en colère, l’autre va recevoir votre négativité. Mais comme vous avez respiré avec attention et que vous souriez, vous demeurez dans la pleine conscience. Quand vous décrochez le téléphone, quelle chance pour la personne qui vous appelle !
Avant de passer un coup de téléphone, vous pouvez aussi inspirer puis expirer trois fois. Ensuite, composez le numéro. Quand vous entendez la sonnerie, vous savez que votre amie pratique la respiration, qu’elle sourit et qu’elle ne décrochera pas avant la troisième sonnerie. Alors dites-vous à vous-même : « Elle respire, pourquoi pas moi ? » Vous inspirez et expirez, elle aussi. C’est très beau !"

Thich Nhat Hanh, « La sérénité de l’instant », préface du XIVème Dalaï-lama, J’ai Lu n°8863, 2009, p. 44-45

Guérir la dépression sans médicaments

"La notion de cohérence du cœur et le fait qu’il soit possible d’apprendre à la contrôler facilement vont à l’encontre de toutes les idées reçues sur la manière de gérer le stress. Un stress chronique provoque anxiété et dépression. Il a aussi des conséquences négatives bien connues sur le corps : insomnie, rides, hypertension, palpitations, mal de dos, problèmes de peau, de digestion, infections récurrentes, infertilité, impuissance sexuelle. Il affecte, enfin, les relations sociales et la performance professionnelle : irritabilité, perte de la capacité d’écoute, baisse de la concentration, repli sur soi et perte de l’esprit d’équipe.
Ces symptômes sont typiques de ce que l’on appelle le surmenage, qui peut concerner aussi bien le travail que le fait de se sentir bloqué dans une relation affective qui nous vide de toute notre énergie. Dans une telle situation, la réaction la plus courante est typiquement de se focaliser sur les conditions extérieures. On se dit : « Si seulement je pouvais changer ma situation je me sentirais beaucoup mieux dans ma tête, et du coup mon corps irait mieux. » Entre-temps, nous serrons les dents, nous attendons le prochain week-end ou les vacances, nous rêvons à des jours meilleurs dans « l’après ». Tout se réglera « quand j’aurai enfin terminé mes études… quand j’aurai déniché un autre job… quand les enfants ne seront plus à la maison… quand j’aurai quitté mon mari… quand je prendrai ma retraite… », et ainsi de suite. Malheureusement, les choses se passent rarement de la sorte. Les mêmes problèmes ont tendance à refaire surface dans d’autres situations, et le fantasme d’un jardin d’Éden enfin trouvé un peu plus loin, au prochain croisement, devient rapidement à nouveau notre principale méthode de gestion du stress. Tristement, nous progressons souvent ainsi jusqu’au jour de notre mort.
La conclusion que l’on peut tirer des études sur les bienfaits de la cohérence cardiaque est aux antipodes : il faut prendre le problème à l’envers. Au lieu d’essayer perpétuellement d’obtenir des circonstances extérieures idéales, il faut commencer par contrôler l’intérieur : notre physiologie. En jugulant le chaos physiologique et en maximisant la cohérence, nous nous sentons automatiquement mieux, tout de suite, et nous améliorons notre rapport aux autres, notre concentration, notre performance et nos résultats. Du coup, les circonstances favorables après lesquelles on ne cesse de courir finissent par se produire, mais c’est presque un effet dérivé, un bénéfice secondaire de la cohérence : dès lors que nous avons apprivoisé notre être intérieur, ce qui peut arriver dans le monde extérieur a moins de prise sur nous".

Servan-Schreiber David – Guérir le stress, l’anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse, Editions Robert Laffont 2003, p. 64-66

Menhir, St Brieuc, Côtes d'Armor

Le « flux» et le sourire du Bouddha

"Pour vivre en harmonie dans la société des humains, il faut atteindre et maintenir un équilibre entre nos réactions émotionnelles immédiates – instinctives – et les réponses rationnelles qui préservent les liens sociaux au long cours. L’intelligence émotionnelle s’exprime au mieux lorsque les deux systèmes du cerveau, le cortical et le limbique, coopèrent à chaque instant. Dans cet état, les pensées, les décisions, les gestes, s’agencent et s’écoulent naturellement, sans que nous y prêtions une attention particulière. Dans cet état, nous savons quel choix nous devons faire à chaque instant, et nous poursuivons nos objectifs sans effort, avec une concentration naturelle, parce que nos actions sont alignées sur nos valeurs. Cet état de bien-être est ce à quoi nous aspirons continuellement : la manifestation de l’harmonie parfaite entre le cerveau émotionnel, qui donne l’énergie et la direction, et le cerveau cognitif, qui organise l’exécution. Le grand psychologue américain Millali Csikszentmihalyi (prononcer «chic-sainte-mihal »), qui a grandi dans le chaos de la Hongrie de l’après-guerre, a dédié sa vie à la compréhension de l’essence du bien-être. Il a baptisé cette condition l’état de « flux » (de l’anglais « flow ») .
Curieusement, il existe un marqueur physiologique très simple de cette harmonie cérébrale, dont Darwin a étudié les fondements biologiques il y a plus d’un siècle : le sourire. Un sourire faux – celui auquel on s’oblige pour des raisons d’ordre social – ne mobilise que les muscles zygomatiques de la face, ceux qui, retroussant les lèvres, découvrent les dents. Un sourire « vrai », par contre, mobilise en outre les muscles qui entourent les yeux. Or ceux-ci ne peuvent pas être contractés volontairement, c’est-à-dire par le cerveau cognitif. La commande doit provenir des régions limbiques, primitives et profondes. C’est pour cette raison que les yeux, eux, ne mentent jamais : c’est leur plissement qui signe l’authenticité ou non d’un sourire. Un sourire chaleureux, un sourire vrai, nous donne à comprendre intuitivement que notre interlocuteur se trouve, à cet instant précis, dans un état d’harmonie entre ce qu’il pense et ce qu’il ressent, entre cognition et émotion. Le cerveau a une capacité innée à atteindre l’état de flux. Son symbole le plus universel est le sourire sur le visage du Bouddha".

Servan-Schreiber David – Guérir le stress, l’anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse, Editions Robert Laffont 2003, p. 45-46

Une pièce pour respirer

"Nous avons une pièce pour chaque chose – pour manger, pour dormir, pour regarder la télévision – mais nous n’avons pas de pièce pour la pleine conscience. Je recommande d’installer une petite pièce dans nos maisons que nous appellerons la « pièce pour respirer », où nous pourrons être seuls et pratiquer respiration et sourire, tout au moins dans les moments difficiles. Cette petite pièce devrait être considérée comme une ambassade du Royaume de la Paix. Elle devrait être respectée, inviolée par la colère, les cris ou ce genre de choses. Quand un enfant sera sur le point de se faire gronder, il pourra se réfugier dans cette pièce. Ni son père ni sa mère n’y pourront plus le gronder. Il sera en sécurité dans le périmètre de cette ambassade. Les parents aussi auront parfois besoin d’y trouver refuge – pour s’asseoir, pour respirer, pour sourire et récupérer. Du coup, cette pièce pourra servir à toute la famille.
Je recommande de décorer très simplement la pièce pour respirer et de ne pas trop l’éclairer. On pourra y installer une petite cloche qui fasse un joli son,(...).
Imaginez que votre mari est en colère. Comme il a appris à respirer, il sait que le mieux qui lui reste à faire est d’aller dans cette pièce, de s’asseoir et de pratiquer. Vous ne vous apercevrez peut-être pas qu’il y est allé ; vous étiez occupée à couper des carottes à la cuisine. Mais vous souffrez aussi, parce que vous venez justement d’avoir une altercation. Vous coupez les carottes un peu brutalement parce que l’énergie de la colère est prise dans ce mouvement. Soudain, vous entendez la cloche – et vous savez quoi faire. Vous arrêtez de couper et vous commencez à respirer. Vous vous sentez mieux, vous commencez peut-être même à sourire en pensant à votre mari qui sait quoi faire quand il est fâché. Il est assis dans la pièce pour respirer, il respire et il sourit : c’est merveilleux, peu de gens font ça. Soudain, un sentiment de tendresse s’élève et vous vous sentez beaucoup mieux. Après trois respirations, vous recommencez à couper les carottes, mais cette fois d’une tout autre manière.
Votre enfant, qui a été témoin de la scène, a senti qu’une tempête était sur le point d’éclater. Elle s’est retirée dans sa chambre, a fermé la porte et a attendu en silence. Mais au lieu d’une tempête, elle a entendu la cloche et elle a compris ce qui était en train de se passer. Elle a été tellement soulagée qu’elle a voulu montrer sa gratitude à son père. Elle est allée lentement dans la pièce pour respirer, a ouvert la porte, est entrée tranquillement et s’est assise à côté de son père pour lui exprimer son soutien. Lui, cela l’aide beaucoup. Il se sent déjà prêt à ressortir – il est capable de sourire maintenant – mais comme sa fille est assise là, il veut faire tinter la cloche de nouveau pour que sa fille puisse respirer.
Dans la cuisine, vous entendez la cloche pour la deuxième fois. Vous réalisez qu’il y a peut-être mieux à faire que de couper des carottes. Vous posez votre couteau et vous allez dans la pièce pour respirer. Votre mari a conscience que la porte s’ouvre et que vous entrez. Alors, bien qu’il soit maintenant tout à fait bien, puisque vous entrez, il reste encore quelque temps et fait tinter la cloche pour que vous puissiez respirer. C’est une scène très belle. Si vous êtes très riche, vous pouvez acheter de magnifiques Van Gogh et les accrocher dans votre salon. Mais ce sera moins beau que cette scène dans la pièce pour respirer. La pratique de la paix et de la réconciliation est l’une des actions humaines les plus belles et les plus artistiques".

Thich Nhat Hanh, « La sérénité de l’instant », préface du XIVème Dalaï-lama, J’ai Lu n°8863, 2009, p. 60-62

Mouvements lents

"Toute action que vous effectuez est composée d’éléments différents. Lacer vos chaussures, par exemple, donne lieu à une série complexe de mouvements élémentaires. La plupart d’entre eux ne sont pas observés. Afin de développer l’habitude globale d’être Attentif, vous pouvez effectuer des activités simples à vitesse très lente – en faisant un effort pour porter attention à chaque détail de l’action.
Prenez l’exemple de boire une tasse de thé en étant assis à une table. Beaucoup de choses sont à observer. Remarquez votre posture assise. Sentez l’anse de la tasse entre vos doigts. Humez l’arôme du thé. Remarquez la position de la tasse, de votre bras, de la table. Observez l’apparition de l’intention de lever le bras, sentez la tasse contre vos lèvres et le liquide qui coule dans la bouche. Notez le goût du thé. Observez ensuite l’intention de baisser le bras. Tout ce processus est à la fois beau et fascinant, si vous l’observez complètement, en exerçant une attention détachée à chaque sensation ainsi qu’au flux de la pensée.
Ce même schéma peut être appliqué à beaucoup d’autres activités quotidiennes. En diminuant intentionnellement la vitesse de vos pensées, de vos paroles et de vos mouvements, vous les pénétrerez beaucoup plus profondément qu’il ne vous serait possible de le faire autrement. Au début, cette vitesse délibérément lente est difficile à conserver dans les activités ordinaires, mais la capacité s’en développe avec le temps. Si des réalisations profondes ont lieu pendant la méditation assise, des révélations encore plus profondes peuvent se produire lorsque nous examinons notre propre fonctionnement intérieur au sein de l’activité. C’est là que se trouve le laboratoire où nous commençons réellement à voir les mécanismes de nos propres émotions et les effets de nos passions. C’est là que nous pouvons vraiment mesurer la fiabilité de notre raisonnement, percevoir la différence entre nos véritables motivations et l’armure de faux-semblants que nous entretenons pour nous duper et duper es autres.
Une grande partie de ces découvertes est surprenante. Beaucoup sont dérangeantes, mais toutes sont utiles. L’attention pure apporte de l’ordre dans la confusion qui règne dans les détours cachés du mental. A mesure que vous développez une compréhension claire au sein des activités ordinaires de la vie, vous gagnez la capacité de demeurer rationnel et paisible, tout en faisant pénétrer la lumière de l’Attention dans les coins et recoins irrationnels du mental. Vous commencez à voir à quel point vous êtes responsable de votre propre souffrance mentale. Vous voyez que vos propres misères, peurs et tensions sont produites par vous-même. Vous voyez de quelle façon vous êtes la cause de votre propre souffrance, de vos propres faiblesses et limitations, Et, plus vous comprenez profondément ces processus mentaux, moins ils ont de prise sur vous".

Vénérable Hénépola GUNARATANA, « Méditer au quotidien, une pratique simple du bouddhisme », Marabout n°3644, 2010, p. 244-246

Vivre au présent

"Nous savons préparer nos vies, mais pas toujours les vivre. Nous savons comment sacrifier dix ans pour un diplôme et nous sommes prêts à travailler très dur pour obtenir un poste, une voiture, une maison, etc… Mais nous avons du mal à nous rappeler que nous sommes vivants au moment présent, le seul où nous puissions l’être. Chaque inspiration que l’on prend, chaque pas que l’on fait peut être empli de paix, de joie et de sérénité. Il nous faut simplement nous éveiller, vivant au moment présent. … Le bonheur n’est possible qu’au moment présent. Bien sûr, planifier le futur fait partie de la vie. Mais la planification elle-même ne peut avoir lieu qu’au moment présent".

Thich Nhat Hanh, « La sérénité de l’instant », préface du XIVème Dalaï-lama, J’ai Lu n°8863, 2009, p. 19-20

Aimer guérit

"- Moi qui suis maintenant au seuil de ma vie, je deviens convaincu que l’amour est la solution à la plupart des problèmes que rencontrent les êtres humains dans leur vie. Cela peut sembler une idée simple, convenue, et pourtant pratiquement personne ne la met en œuvre, car il est souvent difficile d‘aimer.
- Disons qu’il y a des gens qu’on n’a vraiment pas envie d’aimer. J’ai même l’impression parfois que certains font tout pour ne pas être aimés !
- Certains sont méchants car ils ne s’aiment pas eux-mêmes. D’autres sont pénibles parce qu’ils ont beaucoup souffert et veulent le faire payer à la terre entière. Quelques-uns, parce qu’ils se sont fait avoir par des gens et croient se protéger par une attitude désagréable. Certains ont été tellement déçus par les autres qu’ils ont refermé leur cœur en se disant qu’ils ne seraient plus déçus à l’avenir s’ils n’attendaient plus rien des autres. D’autres sont égoïstes car ils sont persuadés que tout le monde l’est, et ils croient alors qu’ils seront plus heureux s’ils passent avant les autres. Le point commun entre tous ces gens est que, si vous les aimez, vous les surprenez, car ils ne s’y attendent pas. La plupart, d’ailleurs, refuseront d’y croire au début, tellement cela leur semble anormal. Mais si vous persévérez et le leur démontrez, par exemple dans des actes gratuits,cela peut bouleverser leur façon de voir le monde et, accessoirement, leurs relations avec vous.
- Je veux bien l’admettre, mais ce n’est pas facile d’aller vers des personnes comme ça en ayant des sentiments positifs à leur égard.
- C’est plus facile si vous savez qu’un autre point commun entre tous ces gens est qu’il y a néanmoins une intention positive derrière chacun de leurs actes. Ils croient que ce qu’ils font est la meilleure chose à faire, voire la seule possible. C’est pour cela que, même si ce qu’ils font est critiquable, ce qui motive leurs comportements est souvent compréhensible.
Pour pouvoir aimer une telle personne, distinguez-la de ses actes. Dites-vous que, malgré son attitude détestable, il y a quelque part, au fond d’elle, peut-être très enfoui et sans qu’elle le sache elle-même, quelque chose de bien. Si vous parvenez à percevoir ce quelque chose et que vous l‘aimez, vous amènerez cette personne à entrer en contact avec cette petite part d’elle-même.
Vous savez, l’amour est la meilleure façon d’obtenir un changement chez l’autre. Si vous allez vers quelqu’un en lui reprochant ce qu’il a fait, vous le poussez à camper sur sa position et à ne pas écouter vos arguments. Se sentant rejeté, il rejettera vos idées. Si, à l’inverse, vous allez vers lui en étant convaincu que, même si ce qu’il a fait ou dit est désastreux, il est, au fond de lui, quelqu’un de bien et qu’il avait une intention positive en le faisant, vous l’amenez à se détendre et à s’ouvrir à ce que vous voulez lui dire. C’est la seule façon de lui offrir une chance de changer.
(…) Les gens ont tendance à se comporter selon la façon dont on les voit, à s’identifier à ce que l’on perçoit d’eux. Il faut comprendre que chacun de nous a des qualités et des défauts ; ce sur quoi l’on focalise son attention a tendance à prendre de l’ampleur, à s’étendre. Si vous braquez les projecteurs sur les qualités d’une personne, même si elles sont infimes, elles s’accentueront, se développeront jusqu’à devenir prépondérantes. D’où l’importance d’avoir dans votre entourage des gens qui croient en vous, en vos qualités et en vos capacités".

GOUNELLE Laurent, « L’homme qui voulait être heureux », Pocket n°13 841, 2010, p. 125-127

village de Vaux, Moselle

lundi 14 février 2011

Penser moins

"Quand nous pratiquons la respiration consciente, nos pensées ralentissent. Nous pouvons nous reposer vraiment. La plupart du temps, nous pensons trop. La respiration consciente nous aide à nous calmer, à nous détendre, à être paisible. Elle nous aide à ne pas penser autant et à ne pas être possédé par la tristesse du passé et les angoisses du futur. Elle nous relie à la vie, merveilleuse au moment présent.
Bien sûr, penser est important. Mais bon nombre de nos pensées sont inutiles. C’est comme si, dans la tête, chacun d’entre nous avait une cassette qui n’en finit pas de tourner, jour et nuit. On pense à ceci, à cela et c’est difficile d’arrêter. Avec une cassette, on n’a qu’à appuyer sur le bouton. Mais avec nos pensées, il n’y a pas de bouton. Parfois, on pense et on s’inquiète tellement qu’on n’arrive plus à dormir. Si le médecin nous donne des tranquillisants et des somnifères, cela va peut-être aggraver la situation – ce type de sommeil n’étant pas vraiment réparateur. Et si l’on continue à utiliser ces drogues, on devient dépendant. On continue à vivre dans la tension et on fait parfois des cauchemars.
Avec la méthode de respiration consciente, on inspire et on expire… et on arrête de penser ! Car dire « inspire » et « expire », ce n’est pas penser : « inspire » et « expire » ne sont que des mots qui nous aident à nous concentrer sur notre respiration. Si l’on continue à inspirer et expirer de cette façon pendant quelques minutes, nous nous sentons vraiment revigorés. Nous, nous retrouvons. Nous découvrons les belles choses du présent qui nous entourent. Le passé n’est plus là, le futur n’est pas encore. Si l’on ne revient pas à soi au moment présent, on ne peut pas être en contact avec la vie.
Quand nous sommes en contact avec les éléments de régénération, d’apaisement et de guérison qui sont en nous et à l’extérieur de nous, nous apprenons à chérir, à protéger ces choses et à les faire grandir. Ces éléments propices à la paix nous sont accessibles à chaque instant".

Thich Nhat Hanh, « La sérénité de l’instant », préface du XIVème Dalaï-lama, J’ai Lu n°8863, 2009, p. 25-26



Changer, c'est vivre...

"-La résistance au changement, c’est la principale différence entre l’enfant et l’adulte : l’enfant a envie d’évoluer. L’adulte fait tout pour ne pas changer.
- Peut-être.
– Je vais te donner mon sentiment…
Il se pencha légèrement vers moi et prit le ton de la confidence.
- Quand on n’a plus envie d’évoluer, c’est que l’on commence tout doucement à mourir…
- Je me suis rendu compte d’une chose troublante, reprit-il. Chez la plupart des gens, cette volonté de ne plus faire évoluer son comportement apparaît aux alentours de vingt ou vingt-cinq ans. Tu sais à quoi correspond cet âge, biologiquement ?
– Non.
– C’est l’âge auquel le processus de développement du cerveau se termine.
– Alors, ce n’est peut-être pas un hasard si c’est l’âge auquel on n’a plus envie d’évoluer. C’est donc peut-être naturel…
- Oui, mais l’histoire ne s’arrête pas là. On a longtemps cru que le nombre de nos neurones diminuait alors de façon irréversible jusqu’à la fin de notre vie. Mais on a très récemment prouvé que l’on pouvait continuer d’en créer, étant adulte.
– Vous me remontez le moral je commençais à me sentir vieux...
– Plus précisément, ce processus de régénération peut survenir sous l’effet de différents facteurs, parmi lesquels… l’apprentissage. Bref, si l’on décide de continuer à apprendre et à évoluer, on reste jeune. Le corps et l’esprit sont intimement liés. Tu en veux une preuve ?
– Oui.
– Statistiques officielles du ministère de la Santé : au moment où la plupart des gens prennent leur retraite, leur santé décline brutalement. Pourquoi, d’après toi ? Tant qu’ils sont en activité, ils sont plus ou moins tenus de s’adapter, d’évoluer au moins un peu pour ne pas être considérés comme de vieux ringards. Dès qu’ils prennent leur retraite, ils ne font plus d’efforts sur ce point. Ils se figent dans leurs habitudes, et c’est le déclin qui commence…
- C’est gai…
- Pour rester en vie, il suffit de rester dans la vie, c’est-à-dire d’être dans le mouvement, d’évoluer. Je connais une femme qui s’est mise au piano à quatre-vingt-un ans. C’est fabuleux ! Tout le monde sait qu’il faut des années d’apprentissage avant de savoir vraiment en jouer. Ça veut dire qu’à quatre-vingt-un ans, elle considère que ça vaut quand même le coup d’investir quelques années à apprendre un instrument de musique pour ensuite savoir en jouer ! Je parierais gros sur ses capacités de vivre encore longtemps.
Si tu veux rester jeune toute ta vie, continue d’évoluer, d’apprendre, de découvrir, et ne t’enferme pas dans des habitudes qui sclérosent l’esprit, ni dans le confort engourdissant de ce que tu sais déjà faire".

GOUNELLE Laurent, « Dieu voyage toujours incognito », éd. Anne Carrière, 2010, p. 125-128