samedi 21 janvier 2012

Vivre "à côté de ses pompes"

"Souvent, nous passons à côté de nos vies.
Si souvent, il nous arrive de ne pas être dans ce qu’on fait ! D’être à côté …
À côté de nos bonheurs. Tous ces dimanches où on pense au lundi et où on ne profite pas du repos et de ses proches. Puis ces lundis où l’on regrette de ne pas avoir savouré son repos, et où du coup on n’est pas disponible pour ce qu’on a à faire ; alors on le fait avec difficulté et sans plaisir. Ce qui entraîne des retards, des complications, du déplaisir, et de nouveaux états d’âme désagréables.
À côté des petites choses pas importantes. Toutes les fois où on n’écoute pas ce qu’on nous dit, où l’on est absent, ailleurs. Toutes les fois où l’on ne sait plus où on a rangé quelque chose. Toutes les fois où on est allé quelque part sans y penser, en « pilotage automatique », On arrive et on s’aperçoit qu’on a marché ou conduit dans un état second, dans un autre univers : pas dans la réalité mais dans nos états d’âme.
À côté des moments importants. Combien de mariages, de cérémonies, de « grands moments » traversés dans un état second, où on se focalise sur tout sauf sur l’essentiel : l’instant présent. Parce que notre esprit est encombré de tant de choses et de soucis que l’on n’est capable ni de contrôler ni d’écarter.
Par moments, c’est presque toute notre vie qui prend l’habitude de s’écouler comme ça, hors de nous, à côté de nous, devant nous. Et nous suivons en trottinant derrière, en essayant de ramasser les morceaux, et d’en faire une construction cohérente après coup, en recollant souvenirs, photos, et réflexions éparses. Nous sommes victimes de la rémanence : l’instant d’avant dévore l’instant présent. Ou de l’anticipation et de l’inquiétude : l’instant d’après occupe nos pensées. L’instant présent n’existe plus : noyé dans le néant.
Mais passer à côté du présent, est-ce que ce n’est pas passer à côté de sa vie ?"

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009 [2011 pour l’édition poche, n°295], p.318-319


Le scan corporel

"Le scan corporel est une forme de méditation extrêmement puissante et curative. Il est au cœur même des pratiques couchées auxquelles les gens s’exercent en MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction). Il s’agit systématiquement de balayer le corps avec l’esprit, en appliquant une attention affectueuse sincère et intéressée à ses différentes régions… C’est également l’occasion de nous mettre à l’écoute des remarquables structures anatomiques, fonctions biologiques et autres dimensions plus poétiques, métaphoriques et émotionnelles des différentes régions du corps, mais également de l’histoire et du potentiel individuel de chacune d’elles…
Le balayage peut être réalisé avec force précisions et détails, en visualisant successivement par l’esprit les différentes régions corporelles, en les « habitant » avec conscience et en s’attardant en leur compagnie, en dehors du temps. Il peut s’agir également de sentir le souffle pénétrer et traverser chaque région (ce qui est le cas, bien entendu, puisque chacune d’elles est atteinte et immergée par l’énergie du souffle grâce au sang oxygéné). Si vous pratiquez seul, vous pouvez aller calmement à votre rythme, en prenant le temps d’habiter chaque région et d’entretenir une intimité profonde avec elle telle qu’elle est à ce moment même, à travers votre souffle et l’attention directe et instantanée aux sensations brutes émanant d’elle. Une fois prêts, vous pouvez la laisser être et la relâcher tout en choisissant de passer à la région suivante.
… L’usage intensif de cette pratique est recommandé lorsqu’on est confronté à des problèmes de santé et/ou à des douleurs chroniques en tout genre. Le scan corporel ne s’adresse pas à tout le monde et n’est pas forcément la méditation la plus pratiquée, y compris chez ceux qui l’apprécient particulièrement. Mais il est très bon de le connaître et de s’y adonner de temps en temps, peu importe votre situation ou votre état. Si vous considérez votre corps comme un instrument de musique, le scan corporel est un moyen de l’accorder. Si vous le considérez comme un univers, c’est un moyen de le connaître. Si vous le considérez comme une maison, c’est un moyen d’ouvrir toutes ses portes et ses fenêtres à la volée afin de laisser l’air frais de la claire conscience faire place nette.
On peut également balayer son corps bien plus rapidement, selon le temps dont on dispose et la situation dans laquelle on se trouve. Le balayage peut se réaliser l’espace d’une inspiration et d’une expiration, ou pendant une, deux, cinq, dix ou vingt minutes. Il va sans dire que le niveau de précision et de détail variera en fonction du rythme auquel on se déplace dans son corps, mais chaque vitesse a ses vertus, et, en définitive, il s’agit d’être en contact avec l’intégralité de son être et de son corps de toutes les manières possibles, tout en restant complètement en dehors du temps.
On peut pratiquer des scans corporels longs ou, courts, le soir ou le matin, allongé sur son lit. On peut également se mettre assis ou même debout. Comme pour toutes les autres formes de méditation couchée, il existe d’innombrables façons créatives de l’intégrer à sa vie. Si vous avez recours à l’une d’elles, il est très probable que vous éprouviez une énergie nouvelle, que vous soyez conduits à apprécier votre corps d’une manière également nouvelle et à découvrir à quel point il peut être le moyen d’incarner ici et maintenant ce qu’il y a de plus profond et de meilleur en vous, y compris votre dignité, votre beauté, votre vitalité et votre esprit quand il est ouvert et serein."

Jon Kabat-Zinn John, « L’éveil des sens : vivre l’instant présent grâce à la pleine conscience », 2005, Pocket n°14 424, 2011, p. 250-254

Niger, ombres et lumières



dimanche 15 janvier 2012

Simple mais pas facile

"La plupart des conseils de sagesse que l’on retrouve en tout temps et en tout lieu ont un côté simple et évident : certains les ont appelés les « grandes platitudes ». Grandes parce que, tout de même, elles ont été énoncées par de grands esprits, et ont traversé les siècles pour continuer de nous concerner aujourd’hui encore. Platitudes parce que effectivement, à les lire, on a le sentiment de ne rien découvrir. Mais c’est finalement très bien qu’il en soit ainsi, puisqu’il s’agit d’attitudes à appliquer quotidiennement : il faut bien que cela soit simple, pour être pratiqué par des humains ordinaires. Car la sagesse a pour vocation d’être une valeur et une pratique universalisables, et non élitistes, D’où l’importance, comme le notait Marc Aurèle, de disposer de « maximes brèves pour aider à la vie ». Qu’il s’agisse de celles des stoïciens, du zen, ou du tao, les paroles de sagesse vont d’ailleurs toujours au-delà de ce qu’elles semblent dire au premier abord. On le réalise en s’attachant à les mettre en œuvre chaque jour de notre vie : on découvre bien vite que ce n’est pas chose facile. On sort alors de ce qui n’était en mots qu’une platitude, et qui devient en actes un exercice de sagesse. Pratiquons donc les grandes platitudes, avant de les juger si plates…"

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009 [2011 pour l’édition poche, n°295], p.421

Formations rocheuses, vallée de l'Indus, Ladakh

Parole du Dalaï-Lama

« Nous sommes des visiteurs sur cette planète, de passage pour quatre-vingt-dix ou cent ans au plus. Une période pendant laquelle on doit tâcher de faire de sa vie quelque chose de bien, d’utile. Efforcez-vous d’être en paix avec vous-même, et aidez les autres à partager cette paix. Si vous contribuez au bonheur des autres, vous trouverez le véritable but, le vrai sens de la vie. »

Sa sainteté, le XIVème Dalaï-lama, cité par Lama SURYA DAS, « Éveillez le Bouddha qui est en vous », Pocket n°10736, 2005, p.190

Niger, dune

Derrière la cascade

"L’esprit en cascade est une autre image que les méditants trouvent souvent utile, comme si le flux de nos pensées et de nos émotions s’écoulait d’une falaise élevée, provoquant une énorme chute. Imaginez une caverne derrière le rideau d’eau et d’embruns, à l’intérieur de laquelle nous pouvons nous asseoir, observer et écouter le flux de pensées et d’émotions, en percevant peut-être au moins certaines d’entre elles comme des gouttelettes individuelles, comme de discrets événements au sein de la chaotique complexité de l’eau qui tombe, des événements individuels que nous pouvons voir, percevoir et connaître sans pour autant tomber dans le torrent et être emportés, sans même être mouillés par les embruns. Nous restons confortablement au sec, en nous contentant d’être, de connaître chaque événement mental, chaque glouglou, tel qu’il survient, se prolonge et se dissout."

Jon Kabat-Zinn John, « L’éveil des sens : vivre l’instant présent grâce à la pleine conscience », 2005, Pocket n°14 424, 2011, p.264

Cascade

Reposez-vous : souriez !

"Sourire et serrer les dents
Nous avons évoqué tout à l’heure un phénomène bien connu des spécialistes des émotions : le feed-back facial, qui fait que sourire augmente légèrement les états d’âme positifs. Ainsi, la petite feuille photocopiée que l’on voit dans tant de secrétariats et d’administrations : « Sourire mobilise quinze muscles mais faire la gueule en sollicite quarante. Reposez-vous : souriez ! », s’appuierait donc sur des bases neuropsychologiques approfondies. …
Les plus amusantes études de ce type consistent à vous faire regarder des dessins animés tout en tenant un crayon soit entre les dents (essayez : vous verrez que cela vous force à une grimace qui ressemble à un sourire), soit entre les lèvres (la grimace devient une mimique triste). Les dessins vus sous sourire, même un peu forcé, sont jugés plus drôles que ceux vus avec les commissures labiales rabaissées. Nous apprécions davantage la vie en souriant qu’en nous renfrognant..."

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009 [2011 pour l’édition poche, n°295], p.380-381

Petite fille à la fenêtre, Leh, Ladakh

La maîtrise de soi

"La faculté de ramener volontairement une attention vagabonde, encore et encore, est à la source même du jugement, du caractère et de la volonté. Quiconque ne la possède pas n’est pas « compos sui » [maître de soi]. Une éducation vouée à améliorer cette faculté serait l’éducation par excellence. Mais il est plus aisé de définir cet idéal que d’indiquer la marche à suivre pour y parvenir."

William JAMES, Principes de psychologie (1890) (Cité par Jon Kabat-Zinn, « L’éveil des sens : vivre l’instant présent grâce à la pleine conscience »,2005, Pocket n°14 424, 2011, p.127)

Torrent, Alpes françaises



mercredi 4 janvier 2012

Accéder à la compassion par la gratitude

"En prêtant encore et toujours attention aux efforts faits par les autres pour embellir nos vies. C’est la démarche de la gratitude : en écoutant de la musique, penser à Bach qui, au lieu d’aller à la pêche ou de se promener un peu plus longtemps avec ses enfants, s’est installé à son pupitre pour composer tous ces déluges de beauté métronomique, dont je profite plusieurs siècles plus tard. Se réjouir qu’il ait existé et travaillé. Car la compassion doit aussi déboucher sur un intérêt pour les autres, même non souffrants, sur un intérêt pour leurs réalisations. Et sur la joie d’être un humain, et sur la gratitude pour ceux qui ont permis que cette joie existe en nous. La démarche est la même pour nous : pratiquer l’autocompassion à notre égard, la reconnaissance et la compréhension de nos souffrances, mais aussi la conscience de tous les biens, grands et petits, que nous avons faits aux autres. Conscience de nos milliers de sourires, de paroles et de gestes de réconfort ; ceux dont nous étions conscients, et ceux, plus nombreux et plus beaux encore, que nous avons dispensés sans nous rendre compte qu’ils faisaient du bien à quelqu’un, quelque part."

Christophe ANDRÉ, « Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité », Éd. Odile Jacob, 2009 [2011 pour l’édition poche, n°295], p. 366

Niger, enfant

La non-maîtrise de soi

"La naissance d’une émotion aliénante annihile l’indépendance. Pendant cette période où elle interfère, l’esprit est perturbé. La capacité d’appréciation est restreinte. Un violent désir ou une haine intense bloque notre aptitude à analyser si un acte est opportun ou fâcheux. Des paroles extravagantes sont lancées, et nous devenons agressifs. Dès que l’émotion retombe, nous sommes embarrassés et cherchons à nous excuser. Cela montre notre incapacité, en cas de forte situation émotive, à trancher entre le bon et le mal, le correct et le déplacé. Le contrôle de nous-mêmes est perdu sous l’emprise de la haine et du désir.
Sous l’emprise de cet état d’irritation, vous créez un profond malaise chez les personnes à proximité. Face à un individu en colère, le spectateur éprouve un mal-être et les parents et amis sont accablés et perturbés. Le trouble redouble avec la manifestation d’actes hostiles mentaux ou physiques. Ainsi, les émotions aliénantes ruinent votre vie, anéantissent les membres de la famille, les proches, une communauté, la société. … Tsongkhapa (1357-1419) dit : « Dès qu’une émotion aliénante surgit, elle affecte le mental entièrement, fausse le jugement sur les événements, et renforce un penchant latent qui facilitera à son tour la résurgence d’autres émotions perturbatrices. Elle est nuisible pour vous comme pour les autres.» 

Dalaï-lama, "Cheminer vers l'éveil", Éditions Plon, Points Sagesse 2009, p.166

Niger, arbre mort

Dormir moins longtemps

"Qui ne s'est écrié: "Ah! ne plus penser!" et n'a pas béni le sommeil qui le délivre du poids du mental. Cette paix et ce repos du sommeil sont possibles à l'état de veille, avec cette conséquence qu'au lieu de dormir huit heures chaque nuit, deux à trois heures deviennent suffisantes."

"Les Chemins de la Sagesse" d'Arnaud Desjardins,  Ed. La Table Ronde, p. 138

Niger, lever de lune