Toute âme en puissance est divine. Notre but est de manifester le Divin qui est en nous, en maîtrisant la nature extérieure et intérieure, (...) La doctrine, les dogmes, les rites, les livres, les temples et les formes ne sont que des détails secondaires"
Swami Vivekananda, "Raja-Yoga"
mardi 9 août 2011
lundi 18 juillet 2011
Le bien et le mal
"La douleur [personnelle et celle qu'on inflige aux autres] constitue la ligne de démarcation entre le bien et le mal".
Sa Sainteté le 14ème Dalaï-Lama, cité par Fabien Ouaki dans "La vie est à nous", p. 184, Pocket.
La véritable nature de l'esprit
"Trois jours durant, je restai dans ma chambre à méditer, en ayant recours à un certain nombre de techniques que je décrirai plus avant dans ce livre. Peu à peu, je commençais à reconnaître la fragilité et le caractère éphémère des pensées et des émotions qui m’avaient perturbé pendant des années, et je compris comment, en me crispant sur de petits ennuis, je les avais transformés en problèmes énormes. Du seul fait de rester assis à observer à quelle vitesse et, sous bien des aspects, avec quel illogisme mes pensées et mes émotions allaient et venaient, je commençai à voir directement qu’elles n’étaient pas aussi solides et réelles qu’elles en avaient l’air. Puis, une fois que j’eus commencé à lâcher prise sur ma croyance à l’histoire qu’elle avaient l’air de me raconter, je perçus peu à peu l’« auteur» qui se cachait derrière : la conscience infiniment vaste, infiniment ouverte, qui est la nature même de l’esprit".
YONGEY MINGYOUR Rinpotché, « Bonheur de la méditation », préfacé par Matthieu Ricard, Le livre de poche n°31 349, 2009, p. 51-52
YONGEY MINGYOUR Rinpotché, « Bonheur de la méditation », préfacé par Matthieu Ricard, Le livre de poche n°31 349, 2009, p. 51-52
La perception déformée de la réalité
"Vous êtes-vous déjà regardé dans un miroir déformant ? Votre visage y est tout allongé, vos yeux énormes et vos jambes toutes petites. Ne soyez pas comme ce miroir. Soyez plutôt comme l’eau calme du lac de montagne. Souvent, nous ne reflétons pas clairement les choses, notre perception est fausse et cela nous fait souffrir. Dans Being Peace, j’utilise l’exemple suivant : imaginez que vous êtes en train de marcher dans la pénombre et que vous voyez soudain un serpent. Vous poussez un cri et partez en courant chercher des amis. Munis d’une lampe de poche, vous revenez à l’endroit où vous avez vu le serpent. Mais lorsque vous l’éclairez, vous découvrez qu’il ne s’agissait pas du tout d’un serpent, mais d’un simple bout de corde. C’est ce que j’appelle une perception déformée.
Il nous arrive souvent de ne pas voir clairement les choses ou de ne pas vraiment écouter ce que nous disent les autres. En réalité, nous voyons et entendons nos propres projections et nos propres préjugés. Nous ne sommes pas assez clairs et ne percevons pas les choses telles qu’elles sont. Il peut même nous arriver de nous disputer avec un ami qui vient de nous faire un compliment, simplement parce que nous avons déformé ses paroles. Si nous ne sommes pas calmes, si nous écoutons juste nos propres espoirs et notre colère, nous ne sommes pas en mesure de recevoir la vérité qui essaie de se refléter. Pour percevoir la réalité telle qu’elle est, il nous faut avant tout calmer l’eau de notre lac. Quand vous vous sentez agité, ne faites rien et ne dites rien. Respirez. Une fois calme, demandez à votre ami de répéter ce qu’il vient de dire. Cela permettra d’éviter bien des désagréments. Le calme est la base de la compréhension et de la perception juste. Le calme est force.
Si nous voulons nous détacher et retrouver notre calme, il nous faut apprendre à voir les choses telles qu’elles sont. Les arbres, la montagne, le vent, les oiseaux ... tout ce qui est veut se refléter en nous. Pour trouver la vérité, il n’est pas nécessaire d’aller la chercher. Il nous suffit d’être calme et les choses se révéleront d’elles-mêmes sur l’eau tranquille de notre cœur".
Thich Nhat Hanh, « La sérénité de l’instant, vivre en pleine conscience », Marabout n°3655, 2011, p. 23-25
| Gerris lacustris - Araignées d'eau |
Retrouver la paix
"La méditation est faite pour apporter la paix, la joie et l’harmonie en nous et autour de nous. Pour que notre florescence reste épanouie, pour retrouver la paix, le bonheur et le sourire, nous devons avant tout apprendre à « arrêter ». Arrêter nos angoisses, nos soucis, notre agitation et notre tristesse. C'est la base de toute méditation. Quand les choses ne vont pas très bien, il est bon de savoir arrêter afin d’empêcher les énergies désagréables ou destructrices d’agir. Arrêter ne signifie pas réprimer, mais calmer. Si nous voulons que l’océan se calme, nous n’allons pas essayer de le vider de son eau. Sans eau, il n’y a plus d’océan. Lorsque nous sentons que la peur, la colère ou l’agitation sont en nous, nous n’avons pas besoin de les rejeter. Pour calmer la tempête, il nous suffit simplement d’inspirer et d’expirer consciemment. Nous n’avons pas non plus besoin d’attendre que la tempête arrive pour commencer à faire cet exercice. Si nous pratiquons quand nous allons bien, nous irons encore mieux. C’est la meilleure manière de nous préparer à vivre les difficultés au moment où elles apparaissent".
Thich Nhat Hanh, « La sérénité de l’instant, vivre en pleine conscience », Marabout n°3655, 2011, p. 19
| Le pic de Bure, vu depuis les hauteurs de Glaise (Hautes-Alpes) |
dimanche 17 juillet 2011
Voir tout ce qui va bien
"Lorsque nous avons une rage de dents, nous savons combien le fait de ne pas avoir mal aux dents est appréciable. « J’inspire, et je suis conscient de ne pas avoir mal aux dents. J’expire, et je souris à mon absence de mal de dents. » Nous pouvons toucher notre absence de mal de absence de mal de dents en pleine conscience. Quand nous avons de l’asthme ou simplement le nez bouché, nous pouvons à peine respirer. A ce moment-là, nous comprenons à quel point il est merveilleux de respirer librement.
Chaque jour, nous touchons ce qui ne va pas et notre santé ne fait que faiblir. C’est pour cela que nous devons apprendre à toucher ce qui va bien – à l’intérieur et à l’extérieur de nous. Lorsque nous sommes en contact avec nos yeux, notre cœur, notre foie, notre respiration et notre absence de mal de dents, et que nous savons vraiment les apprécier, nous constatons que les conditions nécessaires à la paix et au bonheur sont déjà présentes. Lorsque nous touchons la terre de nos pieds, lorsque nous prenons le thé avec des amis dans la pleine conscience, nous pouvons nous guérir et apporter cette guérison à la société. Plus nous avons souffert dans le passé, plus nous avons la capacité de nous guérir. Nous pouvons apprendre à transformer notre souffrance en une compréhension qui aidera nos amis et la société".
Thich Nhat Hanh, « La sérénité de l’instant, vivre en pleine conscience », Marabout n°3655, 2011, p. 15
Nos films intérieurs
"Selon la psychologie bouddhiste, notre conscience est divisée en deux parties, comme une maison à deux étages : au rez-de-chaussée le salon, que nous appellerons la « conscience immédiate », et sous le rez-de-chaussée le sous-sol, que nous appellerons la « conscience enfouie ». Notre conscience enfouie stocke tout ce que nous avons fait, expérimenté ou perçu sous forme de graines ou de films. Notre sous-sol est un véritable entrepôt qui renferme toutes sortes de films enregistrés sur des DVD. Et à l’étage, dans le salon, nous regardons les films projetés depuis le sous-sol.
Certains films – tels la colère, la peur ou le désespoir semblent avoir la capacité de surgir du sous-sol sans y avoir été invités. Que nous le voulions ou non, ils ouvrent la porte du salon, s’installent dans notre lecteur et nous avons alors le sentiment de n’avoir pas d’autre choix que de les regarder. Heureusement, chaque film a une durée limitée et, une fois fini, retourne au sous-sol. Mais le simple fait d’avoir regardé ce film lui donne plus d’importance, et nous savons alors que nous serons amenés à le revoir. Parfois, un stimulus extérieur – par exemple des paroles qui heurtent nos sentiments – déclenche la projection du film sur notre écran de télévision. Nous passons une grande partie de notre temps à regarder des films qui nous détruisent. Pour notre bien-être, il est important de savoir comment les arrêter.
Les textes traditionnels décrivent la conscience comme un champ, une parcelle de terre où l’on peut planter toutes sortes de graines – des graines de souffrance, de bonheur, de joie, de tristesse, de peur, de colère, d’espoir… La conscience enfouie est également décrite comme un entrepôt contenant toutes nos graines. Or, la qualité de notre vie dépend de la qualité des graines entreposées dans notre conscience enfouie.
Peut-être avons nous pris l’habitude de manifester dans notre conscience immédiate des graines de colère, de tristesse et de peur, et de rarement laisser germer les graines de bonheur et de paix".
Thich Nhat Hanh, « La sérénité de l’instant, vivre en pleine conscience », Marabout n°3655, 2011, p. 30-31
Courage et sollicitude
"La sollicitude envers les autres est un acte de courage. Être renfermé sur soi, avec son « moi », apporte peur et anxiété. Il en découle un sentiment d’insécurité, un mal-être dans un corps vulnérable aux incidents de santé. Or, se plonger profondément dans la pratique de l’altruisme donne du courage. La peur recule. Le stress intérieur diminue, avec des répercussions positives sur la tension sanguine : un bien-être général s’installe.
Récemment, j’ai assisté à une rencontre scientifique à New York. Un médecin a signalé que les individus qui usent fréquemment du pronom « je » souffrent de maux cardiaques. Il n’a pas étayé son propos, mais il me semble que l’emploi excessif de « je » centre la personne sur elle-même et limite ainsi ses perspectives. Elle se replie intérieurement. Une situation peu favorable pour un cœur sain. Or, avoir de l’empathie pour les autres est essentiel. Cela procure une large ouverture d’esprit qui modifie complètement nos perspectives. Si j’étais médecin, je prescrirais probablement à mes patients : « Soyez altruiste pour aller mieux ! »
Nous appartenons à ce monde et, chacun, nous avons des opportunités pour aider les autres. Par exemple, des marques de sollicitude envers ceux qui partagent votre vie professionnelle auront des conséquences. Car, même s’ils ne sont qu’une dizaine, l’ambiance générale sera plus agréable avec moins de dissensions. Imaginons qu’à leur tour, ils agissent de la même manière avec leurs partenaires. Les effets seront progressifs, mais finalement ils auront une action transformative. Voilà comment changer le monde".
Dalaï-lama, "Cheminer vers l'éveil", Éditions Plon, Points Sagesse 2009, p. 192-193
Le sens de la religion
"En langue tibétaine, "religion" se dit "chö", qui signifie adapter, se perfectionner, progresser".
Dalaï-lama, "Cheminer vers l'éveil", Éditions Plon, Points Sagesse 2009, p. 31
Dalaï-lama, "Cheminer vers l'éveil", Éditions Plon, Points Sagesse 2009, p. 31
| Mantra tibétain "OM MA NI PADME HOUNG" |
lundi 27 juin 2011
Prière quotidienne
"Dalaï-lama : L’une des prières clés, source d’inspiration, que les bouddhistes récitent chaque jour est : « Puisse toute personne qui entre en contact avec moi, soit qu’elle entende parler de moi, soit qu’elle me voie, soit qu’elle pense à moi, en tirer un bénéfice et connaître le bonheur".C’est une partie importante de la prière quotidienne".
Dalaï-lama, entretien avec Paul Ekman, « La voie des émotions », City Poche, 2008, p. 417-418
Dalaï-lama, entretien avec Paul Ekman, « La voie des émotions », City Poche, 2008, p. 417-418
Dialogue avec le Dalaï-Lama sur les émotions
"Dalaï-lama : ... Quand on étudie les émotions et qu’on essaie de comprendre celles qui sont destructrices (afflictives) et celles qui ne le sont pas, il ne s’agit pas tant de la nature des émotions elles-mêmes, mais plutôt de savoir dans quelle mesure ces émotions sont réalistes et appropriées aux conditions données, et dans quelle mesure elles sont irréalistes. Quand une émotion devient irréaliste, elle tend à être afflictive, ce qui est destructeur.
Paul Ekman : Je conviens tout à fait que chaque émotion peut être exprimée de manière constructive ou destructrice.
Pour avoir un choix sur la manière d’exprimer une émotion, il faut être conscient de l’émotion au moment où elle monte, de «l’étincelle avant la flamme », ou, en termes occidentaux, de l’impulsion avant l’action. Alors, si vous êtes pleinement conscient qu’une émotion est en train de naître, vous devriez être capable d’ajuster votre réaction tant dans son ampleur que dans le mode de réponse.
Dalaï-lama : (Traduit du tibétain) C’est très vrai, parce qu’on trouve dans les textes de méditation le rôle des deux principales facultés qui sont appliquées en permanence – la première est la pleine conscience et l’autre est ce qu’Alan Wallace appelle la « méta-attention », une forme de conscience de soi.
Le rôle de la conscience de soi, cette méta-attention, est de former le pratiquant pour qu’il arrive à un point où il est capable de détecter, avant même que l’émotion réelle ne se développe, une tendance vers cette émotion. Plus vous êtes entraîné, plus vous êtes capable de déceler tôt le potentiel de naissance de cette émotion.
Paul Ekman : Nous sommes d’accord sur le fait que les émotions peuvent être afflictives ou non afflictives. Si elles sont afflictives, il y a distorsion ; elles ne sont pas en phase avec la réalité. Vous êtes d’accord ?
Dalaï-lama : Oui.
Paul Ekman : Et si elles sont non afflictives, elles sont adaptées à la réalité ; pas de distorsion.
Dalaï-lama : Oui. C’est ça.
Paul Ekman : Qu’est-ce qui fait que l’émotion se présente comme afflictive ou non ? Ce que je propose est qu’à la première apparition d’une émotion, un étrécissement de l’attention survient, et des informations vitales qui ne semblent pas être en rapport avec l’émotion qui a surgi sont écartées de la perception de la personne. Chez quelqu’un de très compétent émotionnellement, cet étrécissement de l’attention ne dure que quelques fractions de seconde. Chez la plupart des gens, il perdure tout au long de l’émotion, de sorte qu’ils ressentent une émotion déformée, afflictive.
Vous agissez sur la base d’informations insuffisantes, seulement une partie de ce qui se passe. La clé, en termes occidentaux, est la « conscience active », être conscient de ce dont vous avez conscience".
Dalaï-lama, entretien avec Paul Ekman, « La voie des émotions », City Poche, 2008, p. 73-75
Compassion envers nos semblables et envers les animaux
"A mesure que l’homme avance en civilisation et que les petites tribus se réunissent en communautés plus nombreuses, la simple raison indique à chaque individu qu’il doit étendre ses instincts sociaux et sa sympathie à tous les membres de la même nation, bien qu’ils ne lui soient pas personnellement connus. Ce point atteint, une barrière artificielle seule peut empêcher ses sympathies de s’étendre à tous les hommes de toutes les nations et de toutes les races. L’expérience nous prouve, malheureusement, combien il faut de temps avant que nous considérions comme nos semblables les hommes qui diffèrent considérablement de nous par leur aspect extérieur et par leurs coutumes. La sympathie étendue en dehors des bornes de l’humanité, c’est-à-dire la compassion envers les animaux, paraît être une des dernières acquisitions morales. …
... Cette qualité, une des plus nobles dont l’homme soit doué, semble provenir incidemment de ce que nos sympathies, devenant plus délicates à mesure qu’elles s’étendent davantage, finissent par s’appliquer à tous les êtres vivants. Cette vertu, une fois honorée et cultivée par quelques hommes, se répand chez les jeunes gens par l’instruction et par l’exemple, et finit par faire partie de l’opinion publique".
Charles Darwin, La descendance de l’homme et la sélection sexuelle, Traduit de l’anglais par Edmond Barbier d’après la seconde édition anglaise revue et augmentée par l’auteur, 1874, Paris, Librairie C. Reinwald, Schleicher Frères, Éditeurs, 1876, p. 132
Contrôler ses pensées
"Nous atteignons le plus haut degré de culture morale auquel il soit possible d’arriver, quand nous reconnaissons que nous devons contrôler toutes nos pensées et « que nous ne regrettons plus, même dans notre for intérieur, les errements qui nous ont rendu le passé si agréable. » Tout ce qui familiarise l’esprit avec une mauvaise action en rend l’accomplissement plus facile, ainsi que l’a dit il y a fort longtemps Marc-Aurèle : « Telles sont tes pensées habituelles, tel sera aussi le caractère de ton esprit ; car les pensées déteignent sur l’âme. »
Charles Darwin, La descendance de l’homme et la sélection sexuelle, Traduit de l’anglais par Edmond Barbier d’après la seconde édition anglaise revue et augmentée par l’auteur, 1874, Paris, Librairie C. Reinwald, Schleicher Frères, Éditeurs, 1876, p. 132; Marc-Aurèle, « Pensées pour moi-même », Livre V, XVI
Charles Darwin, La descendance de l’homme et la sélection sexuelle, Traduit de l’anglais par Edmond Barbier d’après la seconde édition anglaise revue et augmentée par l’auteur, 1874, Paris, Librairie C. Reinwald, Schleicher Frères, Éditeurs, 1876, p. 132; Marc-Aurèle, « Pensées pour moi-même », Livre V, XVI
Un état de paix, sans pensées
"Demandez à plusieurs personnes de raconter des épisodes de « parfait » bonheur : certains parlent de moments de paix profonde ressentie dans un environnement naturel harmonieux, dans une forêt où filtrent des rayons de soleil, au sommet d’une montagne face un vaste horizon, au bord d’un lac tranquille, lors d’une marche de nuit dans la neige sous un ciel étoilé, etc. D’autres mentionnent un événement longtemps attendu : la réussite d’un examen, un triomphe sportif, la rencontre avec une personne qu’ils ont ardemment souhaité connaître, la naissance d’un enfant. D’autres enfin parlent d’un moment d’intimité paisible vécu en famille ou en compagnie d’un être cher, ou le fait d’avoir rendu quelqu’un heureux.
Il semble que le facteur commun à ces expériences fertiles mais fugitives soit la disparition momentanée de conflits intérieurs. La personne se sent en harmonie avec le monde qui l'entoure et avec elle-même. Pour celui qui vit une telle expérience, comme de se promener dans un paysage enneigé, les points de référence s'évanouissent : en dehors de l'acte simple de marcher, il n'attend rien de particulier. il « est » simplement, ici et maintenant, libre et ouvert. L'espace de quelques instants, les pensées du passé ne surgissent plus, les projets du futur n'encombrent plus l'esprit, et le moment présent est affranchi de toute construction mentale. Ce moment de répit durant lequel tout état d'urgence émotionnel disparaît est ressenti comme une paix profonde. Pour celui ou celle qui a atteint un but, achevé une œuvre, remporté une victoire, la tension longtemps présente cesse. Le lâcher-prise qui s’ensuit est ressenti comme un profond apaisement, libre de toute attente et de tout conflit.
Mais il ne s’agit là que d’une éclaircie éphémère provoquée par des circonstances particulières. On parle alors de moment magique, d’état de grâce. … Il est possible, toutefois, de tirer profit de ces instants fugitifs, ces répits dans nos luttes incessantes, dans mesure où ils nous donnent une idée de ce que peut être la véritable plénitude et nous incitent à reconnaître les conditions qui la favorisent".
Matthieu RICARD, « Plaidoyer pour le bonheur », Pocket n°12 276, 2005, p. 14-15
Il semble que le facteur commun à ces expériences fertiles mais fugitives soit la disparition momentanée de conflits intérieurs. La personne se sent en harmonie avec le monde qui l'entoure et avec elle-même. Pour celui qui vit une telle expérience, comme de se promener dans un paysage enneigé, les points de référence s'évanouissent : en dehors de l'acte simple de marcher, il n'attend rien de particulier. il « est » simplement, ici et maintenant, libre et ouvert. L'espace de quelques instants, les pensées du passé ne surgissent plus, les projets du futur n'encombrent plus l'esprit, et le moment présent est affranchi de toute construction mentale. Ce moment de répit durant lequel tout état d'urgence émotionnel disparaît est ressenti comme une paix profonde. Pour celui ou celle qui a atteint un but, achevé une œuvre, remporté une victoire, la tension longtemps présente cesse. Le lâcher-prise qui s’ensuit est ressenti comme un profond apaisement, libre de toute attente et de tout conflit.
Mais il ne s’agit là que d’une éclaircie éphémère provoquée par des circonstances particulières. On parle alors de moment magique, d’état de grâce. … Il est possible, toutefois, de tirer profit de ces instants fugitifs, ces répits dans nos luttes incessantes, dans mesure où ils nous donnent une idée de ce que peut être la véritable plénitude et nous incitent à reconnaître les conditions qui la favorisent".
Matthieu RICARD, « Plaidoyer pour le bonheur », Pocket n°12 276, 2005, p. 14-15
La méditation, un analgésique efficace ?
"Les adeptes de la méditation zen seraient moins sensibles à la douleur. Une étude canadienne a confronté deux groupes de personnes, les unes pratiquant régulièrement la méditation, les autres non. Les participants ont été soumis à un test de résistance à la douleur. Une plaque chauffante a été appliquée sur leurs mollets. La température a été augmentée progressivement jusqu’à la limite du tolérable pour chacun. Les personnes du groupe pratiquant la méditation avaient un seuil de tolérance plus élevé que celles du groupe témoin. C’est en maîtrisant leur respiration (environ douze inspirations par minute) qu’ils ont pu réduire de 18 % l’intensité de la douleur. Ces résultats montrent que la méditation telle que l’enseigne le bouddhisme pourrait avoir de réels effets analgésiques. " (1)
"Pain sensitivity and analgesic effects of mindful states in zen meditators" de Joshua A. Grant et Pierre Rainville, in Psychosomatic Medicine, janvier 2009.
vendredi 17 juin 2011
La persévérance
« On ne se construit que sur les projets que l’on réalise. Aller au pôle Nord, c’est l’extrême. Mais poser des étagères dans ses toilettes, c’est pareil. Pendant des mois, vous traînez avec l’idée qu’il faut les poser, et un samedi matin, vous vous décidez, vous achetez les planches et vous le faites. Et tout le monde connaît ce sentiment de satisfaction qui suit cette réalisation. Le pire avec les listes [de choses à faire], c’est de ne pas les suivre, c’est d’investir un champ, de ne pas aller au bout et d’en conserver une cicatrice de frustration. Il faut fermer le cycle des choses que l’on entreprend. Quand je vais dans les écoles, je demande toujours : « Qui a commence un modèle réduit et ne l’a jamais fini ? » La plupart des garçons lèvent la main. Je leur dis : « Vous allez rentrer chez vous et le terminer ! »
Dr Jean-Louis Étienne, Psychologies magazine avril 2010 p. 112
« Je suis issu d’une formation de chirurgien, donc face à la douleur, mon premier réflexe est de soulager. Souffrir vous pompe vos énergies, vous coupe du monde, vous blesse. Après, il est possible d’apprendre à mentaliser, à visualiser pour faire baisser la diffusion de la douleur. Mais si j’explore ces méthodes pour moi-même, je ne Ies impose pas. Par exemple, j’ai suivi beaucoup de thérapies comportementales pour arriver à m’adapter au froid. J’ai ainsi développé une aptitude à faire descendre ou remonter ma température, c’est-à-dire à agir sur mon flux sanguin. Le mental a une influence colossale sur le corps, et la pensée peut peser sur la physiologie. Je le vérifie tous les jours. »
Dr Jean-Louis Étienne, Psychologies magazine avril 2010 p. 155
jeudi 16 juin 2011
Pouvoir nommer ses émotions
"-Dalaï-lama : En tibétain nous avons deux termes différents [pour désigner le concept d’orgueil]. Cet état est appelé « popa », qui correspond l’anglais « pride ». Puis la suffisance, plus négative, appelée « ngagyal », qui signifie littéralement « victoire personnelle ».
-Paul Ekman : Je ne connais pas assez bien les autres langues pour en parler, mais l’anglais me semble assez pauvre dans sa dénomination des différentes émotions. Si nous n’avons pas de mots pour décrire les états différents, comme ces deux mots en tibétain, alors on ne peut pas y penser et les anticiper. On ne peut pas se discipliner autant parce que nous ne disposons pas des mots qui se réfèrent à ces émotions. Sans mots, on ne peut pas réfléchir sur ce qui s’est passé ou pourrait se passer.
Nous sommes, en un certain sens, des animaux qui ne disposent pas, au moins en anglais, d’assez de mots pour décrire la diversité de notre expérience émotionnelle, notamment quand ces émotions sont destructrices contre constructives. Sans les noms différents pour chaque état mental, il est difficile de pouvoir réfléchir à leur nature et à notre façon de s’exprimer dans des épisodes émotionnels futurs.
À l’automne 2000, B. Alan Wallace, Matthieu Ricard, Richard Davidson et moi avons passé cinq jours dans un cabanon à la campagne, à écrire un article intitulé « Buddhist and Psychological Perspectives on Emotions and Well-Being » (Bouddhisme et perspectives psychologiques sur les émotions et le bien-être) ». L’un des premiers points de cet article est le concept de « sukha ». Dans la littérature bouddhiste, le « sukha » est défini comme un état d’épanouissement qui émane d’un équilibre mental et d’une compréhension de la nature de la réalité. Plutôt qu’une émotion ou une humeur fugitive provoquée par des stimuli sensoriels et conceptuels, le « sukha » est un trait durable qui provient d’un esprit dans un état d’équilibre et qui implique une conscience non structurée et non filtrée de la vraie nature de la réalité. Nous n’avons rien qui ressemble à ce concept en anglais. Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas, mais nous n’avons pas de nom pour ça".
Dalaï-lama, entretien avec Paul Ekman, « La voie des émotions », City Poche, 2008, p. 89-90
Garder nos trois portes
"L'attention est très importante : il faut être constamment « en alerte », attentif à ses actes, ses réactions, sa conduite, pour pouvoir donner le « coup de barre nécessaire ».... Pensons toujours à garder nos « trois portes » : corps, parole, esprit."
Dalaï-lama, « Enseignements essentiels », Albin Michel 1989, p. 122
Comment supporter la douleur?
"Une synthèse des résultats publiés dans une cinquantaine d’articles scientifiques (1) a montré que, dans 85 % des cas, le recours aux méthodes mentales augmente la capacité à supporter la douleur. Parmi ces diverses techniques, l’imagerie mentale s’est avérée la plus efficace, encore que cette efficacité varie en fonction des supports visuels. On peut ainsi visualiser une situation neutre (imaginer que l’on écoute attentivement une conférence) ou agréable (se voir dans un endroit plaisant, devant un superbe paysage). Il existe d’autres méthodes destinées à distraire le patient de sa douleur, telles que la concentration sur un objet extérieur (regarder une projection de photographie), la pratique d’un exercice répétitif (compter de cent à zéro, de trois chiffres en trois chiffres), ou l’acceptation consciente de la douleur ; toutefois ces trois dernières méthodes ont donné de moins bons résultats. L’interprétation proposée pour expliquer cette disparité est que l’imagerie mentale mobilise davantage l’attention et est ainsi plus apte à distraire le malade de sa douleur que les méthodes fondées sur des images extérieures, un exercice intellectuel ou une attitude. Un groupe de chercheurs a établi qu’au terme d’un mois de pratique guidée d’imagerie mentale, 21% des patients attestent une amélioration notable de leur migraine chronique, contre 7% du groupe contrôle, qui n’a pas suivi l’entraînement (2)."
Matthieu RICARD, « Plaidoyer pour le bonheur », Pocket n°12 276, 2005, p. 79
(1) Voir Ephrem Fernandez et Dennis C. Turk : « The utility of cognitive coping strategies for altering pain perception : a meta-analysis. » in Pain, 38 (1989) 123-135.
(2) 2. Lisa K. Mannix, Rohit.S. Chadurkar, Lisa A. Rubicki, Diane L. Tusek et Glen D. Solomon : « Effect of guided imagery on quality of life for patients with chronic tension-type headache », in Headache, 1999, 39 : 326-334. Les mêmes techniques ont été utilisées pour réduire les symptômes postopératoires, les douleurs intenses dues au cancer et les nausées provoquées par la chimiothérapie.
Du sommeil à l’éveil
"Un professeur de sciences Politiques me demanda un jour à quoi je pensais quand je méditais. Je lui répondis : « Je ne pense à rien. » Je lui dis que j’étais seulement attentif à ce qu’il y avait autour de moi, à ce qui se passait en moi. Il se montra sceptique, mais c’est la vérité. Quand je pratique la méditation assise, je n’utilise pratiquement pas mon intellect. Je n’essaye pas d’analyser les choses ou de résoudre des problèmes complexes, comme des questions mathématiques ou des énigmes. Même si j’examine un kung-an (koan en japonais), je lui permets juste d’être là et je le contemple, sans chercher à l’expliquer ou à l’interpréter, parce que je sais qu’un kung-an n’est pas une devinette dont il faut trouver la solution. Examiner, quand on parle de la Pleine Conscience, ne veut pas dire analyser. Cela signifie simplement une reconnaissance continuelle. Penser demande un travail mental exténuant, et nous fatigue. Ce n’est pas le cas quand on s’établit dans la Pleine Conscience ou « reconnaissance ». Nous avons tendance à penser que la méditation demande une grande mobilisation de « matière grise ») mais ce n’est pas vraiment le cas. Un méditant n’effectue aucun labeur mental. Au contraire, la méditation repose l’esprit.
Depuis le début de notre conversation, à aucun moment je n’ai demandé à mon ami d’utiliser sa « matière grise ». Je l’ai seulement invité à « voir », à « reconnaître » des choses avec moi. Pour arriver à cela, nous avons à nous concentrer mais pas à analyser. Nous devons rester attentifs, sans spéculer ni interpréter. Être attentif signifie porter simplement attention. C’est un véhicule qui peut vous mener du sommeil à l’éveil. Si vous ne savez pas que vous êtes en colère, que vous éprouvez quelque chose, que vous pensez, que vous êtes assis, et ainsi de suite, vous êtes endormi. Dans son roman L’Étranger, Albert Camus décrit son anti-héros comme un homme qui « vit comme un mort ». C’est comme vivre dans une pièce sombre sans la lumière de la Pleine Conscience. Quand vous allumez la lampe de la Pleine Conscience, vous passez du sommeil à l’éveil. Le verbe buddh en sanscrit signifie « s’éveiller », et celui qui s’éveille est appelé un Bouddha. Un Bouddha est une personne qui est toujours éveillée. De temps en temps, nous accédons à cette conscience, aussi nous sommes des Bouddhas « occasionnels ».
Thich Nhat Hanh, « La vision profonde, De la pleine conscience à la contemplation intérieure », Albin Michel n°131, 2009, p. 47-49
Depuis le début de notre conversation, à aucun moment je n’ai demandé à mon ami d’utiliser sa « matière grise ». Je l’ai seulement invité à « voir », à « reconnaître » des choses avec moi. Pour arriver à cela, nous avons à nous concentrer mais pas à analyser. Nous devons rester attentifs, sans spéculer ni interpréter. Être attentif signifie porter simplement attention. C’est un véhicule qui peut vous mener du sommeil à l’éveil. Si vous ne savez pas que vous êtes en colère, que vous éprouvez quelque chose, que vous pensez, que vous êtes assis, et ainsi de suite, vous êtes endormi. Dans son roman L’Étranger, Albert Camus décrit son anti-héros comme un homme qui « vit comme un mort ». C’est comme vivre dans une pièce sombre sans la lumière de la Pleine Conscience. Quand vous allumez la lampe de la Pleine Conscience, vous passez du sommeil à l’éveil. Le verbe buddh en sanscrit signifie « s’éveiller », et celui qui s’éveille est appelé un Bouddha. Un Bouddha est une personne qui est toujours éveillée. De temps en temps, nous accédons à cette conscience, aussi nous sommes des Bouddhas « occasionnels ».
Thich Nhat Hanh, « La vision profonde, De la pleine conscience à la contemplation intérieure », Albin Michel n°131, 2009, p. 47-49
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